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Sujet à la une

Bizi Garbia un syndicat en sursis

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22/11/2012

Pierre MAILHARIN

Il a sauvé sa tête une première fois. C’était au début des années 2000, lors de la création du syndicat Bil Ta Garbi, vouée au traitement des déchets du Pays Basque Nord.

Structure de la région luzienne, Bizi Garbia était alors le seul regroupement intercommunal “à se trouver à peu près dans les clous par rapport au calendrier de la loi de gestion des déchets de juillet 1992”, rappelle son directeur Michel Soulé. Compte tenu de cette avance, le président de l’entité, Christian Sauvé, avait demandé “à ce qu’elle reste indépendante”. Requête finalement acceptée. “Bizi Garbia a été autorisé à continuer d’exister”, résume l’administrateur en chef.

Rescapé de cette mise sur l’échafaud, le syndicat en traverse aujourd’hui une deuxième, consécutive à la rationalisation de la carte intercommunale souhaitée par l’ex-président Sarkozy. Objectif affiché : former des ensembles plus grands, censés mieux résister à la mondialisation et fonctionner à moindre coût. “En mai 2011, nous avons reçu les propositions préfectorales. Pour Bizi Garbia, il s’agissait d’une disparition pure et simple, avec démembrement de ses compétences entre la Communauté de communes sud Pays Basque (CCSPB) pour la collecte et Bil Ta Garbi pour leur traitement”, détaille Michel Soulé.

Pas sûr de faire des économies

Cette fois, c’est l’actuel président Philippe Juzan, appuyé par les communes adhérentes, qui s’érige contre la dissolution. Avec un argument de poids : si la réforme repose sur une volonté d’économies, il n’est pas sûr que la solution envisagée permettre d’y parvenir. “Rien ne nous montre qu’on pourrait faire autant pour moins cher ou mieux pour le même prix”, résume Michel Soulé.

Afin d’obtenir des réponses, un audit a été lancé par la CCSPB, avec comparatif coût/réalisation de trois scénarii : le plan préfectoral, une prise par la CCSPB de la totalité des compétences, collecte et traitement (ce qui induirait la suppression de Bizi Garbia), une extension de Bizi Garbia au SIED Côte basque sud et à Hendaye, aujourd’hui avec Bil Ta Garbi. Le rendu de l’expertise est attendu “avant la fin de l’année”.

Un centre de stockage pour 20 ans

Un deuxième sauvetage (option 3) n’est pas à exclure, tant le syndicat cultive son originalité depuis des années. Émanation d’une structure constituée dans les années 1970, après la première loi sur la gestion des déchets (voir chronologie), Bizi Garbia, baptisé ainsi en 1997 dans un souci de lisibilité (littéralement la vie propre), dispose d’une longueur d’avance sur les autres territoires basques. Qui lui permet tout à la fois de revendiquer sa singularité et de bénéficier de ressources financières supplémentaires.

Basé à Saint-Pée-sur-Nivelle, le syndicat possède sur place un centre de stockage des déchets ultimes homologués pour 20 ans, Zaluaga Bi. D’une superficie de 5 hectares, il accueille à ce jour 17 000 tonnes d’OMR par an, auxquels s’ajoutent 5 000 tonnes/an de déchets non valorisables des déchetteries (tout-venant), des municipalités et des entreprises.

Mais le site, d’une capacité de 50 000 tonnes/an, réceptionne aussi les OMR du reste du Pays Basque, hors BAB, soit entre 25 000 et 30 000 t. Un partenariat est conclu avec Bil Ta Garbi, qui rapporte à l’entité entre 1,5 et 1,8 million d’euros par an, sur un budget total d’environ 14. Une manne qui facilite l’allégement de la facture pour les contribuables : “Notre taux de taxe est de 7,20 %, quand les autres sont plutôt entre 9 et 13”, vante Michel Soulé.

En parallèle, le syndicat s’apprête à remplir les deux objectifs du Plan départemental des déchets : la valorisation énergétique des déchets avec la production d’électricité en 2013 et la prise en charge des biodéchets (déchets organiques ou biodégradables) des gros producteurs, type supermarchés et cantines scolaires, en cours de mise en œuvre.

Le tri, les oiseaux, les odeurs

Ce tableau idyllique souffre tout de même quelques bémols. Si la réduction des déchets à la source est favorisée (28 % des maisons individuelles équipées de composteurs en 2012), et le tri sélectif encouragé, via le travail d’un ambassadeur et des campagnes de communication - 3 849 tonnes triées en 2011 - le gain pour la poubelle noire (20 %) est jugé insuffisant par certains, qui souhaitent une collecte en porte-à-porte. “Nous avons fait le choix de l’apport volontaire pour l’implication de l’usager et car il est nettement moins onéreux d’organiser une collecte par apport volontaire sur des points de proximité. Généraliser le porte-à-porte coûterait le double du prix pour une augmentation de la performance de 20 %”, se défend M. Soulé.

Par ailleurs, le centre de stockage des déchets est victime de surpopulation d’oiseaux, notamment des goélands, dont les fientes polluent le bassin de réception des eaux de pluie. Or, explique Michel Soulé, l’espèce étant protégée, elle ne peut être éliminée du site. Le directeur espère une dérogation. À défaut, des techniques d’effarouchement sont testées.

Enfin, demeure la question des nuisances olfactives. Ahetze serait plus touché que Saint-Pée, affirme un habitant, ex-membre de l’Observatoire permanent des nuisances olfactives (Opno) : “Après des améliorations cette année, c’est de nouveau moins bien depuis cinq semaines. À Saint-Pée, ils ne le sentent pas, ils ne sont pas sous le vent”, explique Manuel Rodriguez. Et de regretter l’absence de “communication” de sa commune et du syndicat.

Michel Soulé promet de remédier à ce dernier point. Et reconnaît : “ça allait beaucoup mieux, avec un événement olfactif par mois, mais ces dernières semaines, on en a eu plusieurs. Ils s’expliquent par les travaux en cours, qui décompactent les déchets et libèrent des odeurs. Mais aussi à l’évaporateur qui doit être remplacé dans les prochains jours”.

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