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Sujet à la une

Pauvreté et Précarité : le secours catholique alerte

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16/11/2012

Le constat est sans appel. “En dix ans, en Pays Basque la pauvreté n’a pas diminuée, elle s’est ancrée davantage. Les traditions du Pays Basque se fendillent comme ailleurs” affirme Philipe Elizalde président du Secours Catholique du Pays Basque qui achève de publier un rapport statistique (voir page 3) de dix ans d’actions de 2001 à 2011 auprès des personnes rencontrées sur leurs lieux d’accueil.

Sur la zone de la côte incluant aussi une petite partie du sud de l’Adour (226 153 habitants) 3 645 situations de pauvreté ont été recensées, à l’intérieur (97 368 habitants), 2576 situations de pauvreté. Par “situations de pauvreté” le Secours Catholique évoque des personnes ou des familles qui viennent solliciter une aide, envoyées le plus souvent par les services sociaux. Une donnée selon Philippe Elizalde qui renvoie à l’insuffisance des aides légales conduisant les travailleurs sociaux à diriger les personnes en difficulté vers une aide associative. Constat sans appel donc, la situation des familles rencontrées s’est considérablement dégradée au fil des années. Explication du Secours Catholique : les revenus augmentent sensiblement, mais les hausses de loyers et de charges explosent. Avec un problème spécifique en Pays Basque dû à l’extrême cherté des loyers. De fait, le crédit à la consommation baisse mais l’on s’endette de plus en plus pour se loger et se chauffer. Autre constatation, 35 % des familles accueillies sont des mères seules et l’âge des accueillis s’infléchit légèrement pour la tranche médiane des 25/49 ans mais double pratiquement pour les plus de 50 ans.

Un réseau de 300 bénévoles

Léon, professeur retraité et bénévole constate amèrement qu’il voit de plus en plus de personnes qu’il a connues tout au long de sa vie sociale et associative venir demander de l’aide : “c’est un nouveau public de retraités, comme par exemple des personnes qui ont travaillé toute leur vie.” Nouveau public certes, car 21 % des ménages accueillis perçoivent des revenus du travail, soit un tiers de plus qu’il y a dix ans.

Autre public, rue Daniel Argote à Bayonne, un point jour du Secours Catholique accueille aussi les personnes vivant dans la rue, elles peuvent le matin prendre un café et se doucher. En face une des boutiques solidaires parmi les vingt-trois ouvertes en Pays Basque permet de se vêtir. Mais aussi insistent les bénévoles de créer du lien en échangeant. Et cela ne rentre pas dans les statistiques. Recherche d’emploi, mise en place de micro-crédits permettant d’éviter l’exclusion bancaire, aide aux devoirs, accompagnement des personnes dans la rue, sorties et vacances sont les activités principales de l’association. Parmi les 300 bénévoles que compte l’antenne du Pays Basque vingt-deux viennent le mercredi et s’occupent de l’accompagnement scolaire. C’est le cas de Nicole, enseignante à la retraite qui remarque avec satisfaction que les élèves suivent régulièrement les cours chaque semaine : “Ici le mercredi, le local de Bayonne est plein de professeurs et de jeunes. C’est une ruche. Pour la plupart, nous les suivons pendant plusieurs années. C’est un travail en amont.”

Mais au-delà des chiffres et des statistiques le Secours Catholique financé à 95 % par les dons et qui organise sa collecte annuelle le 18 novembre souhaite évoluer et changer sa manière d’agir et sa philosophie : “certes nous allons continuer avec les mesures d’aides urgentes mais le Secours veut surtout redonner espoir par l’accompagnement, le goût de vivre, l’envie de révéler à chacun son potentiel. Qu’ils soient les acteurs de leurs vies !” lance Philippe Elizalde.

 

Témoignages de femmes mères de familles

Elles font partie des femmes qui sont accueillies par le Secours Catholique. Martine a cinq enfants, après son premier accouchement, elle est restée un an et demi dans un foyer pour jeunes mères. Puis viendra la galère pour avoir un logement en HLM et depuis dix mois Martine travaille 18 heures par semaine comme agent d’entretien. Lueur d’espoir. Entre-temps dit-elle “il y a eu dans ces dix dernières années des époques très dures, mais il faut tenir, prendre la main que l’on vous tend, celles des éducateurs, de la Caf, des assistantes sociales de l’école, des assos. Faire tout le temps ses comptes, gérer, remplir des papiers. Au Secours Catholique, je suis d’abord venue pour des vêtements à la cathédrale. Des années après j’ai entendu parler des vacances et je suis venue ici pour y participer. On rencontre d’autres personnes, on se fait des amis les enfants aussi rencontrent d’autres enfants et d’autres familles. Pendant une semaine on oublie tous les soucis. Je suis très contente de travailler et fière de mes enfants, ils sont dans une bonne école, les filles font de la danse, il y a aussi l’orthophoniste, ils progressent.”

Eliza est arménienne, mariée et mère de trois enfants, elle est accompagnée par son fils Haïk fervent supporteur de l’Aviron Bayonnais. Elle s’exprime en français, elle qui ne connaissait pas un mot de cette langue quelques années auparavant. Arrivée en France en 2009 à cause de problèmes politiques et religieux elle restera deux mois à Pau avant d’être transférée au Centre de demandeurs d’asile de Bayonne : “au début cela a été très difficile pour nous à cause de la langue. Il fallait effectuer les démarches administratives, se rendre chez le médecin, à l’école des enfants. Le Centre d’asile nous a inscrits aux cours de français. Nous y allons deux fois par semaine et nous avons été très bien accueillis. Il y a aussi l’accompagnement scolaire important surtout pour aider les enfants à l’école, car nous ne pouvons pas le faire à cause de la langue. Le Secours Catholique est pour nous une deuxième famille qui nous apporte beaucoup. Nos enfants font des sorties en montagne, du ski et assistent à des matchs de rugby.”

Son fils Haïk ne dément pas, il a mis six mois pour apprendre le français. Aujourd’hui ses parents parlent aussi la langue et souhaitent trouver un emploi. En attendant d’obtenir le statut de réfugié politique.

 

Contre la pauvreté : Secours populaire, Table du Soir

Impossible de citer toutes les associations qui se battent sur le terrain de la précarité et de la pauvreté. Parmi elles, le Secours Populaire qui est actuellement en plein déménagement et s’installera en début d’année dans un nouveau local. Sa responsable Nelly Darmancier explique que le travail du Secours populaire “est axé exclusivement sur le partenariat. Nous excluons l’assistanat.” Cet hiver l’association mènera sa campagne des Pères Noël Verts, via des activités de collectage ainsi que des ventes de houx, collectes de jouets et de chocolat. Le Secours Populaire propose aussi une aide vestimentaire et des sorties tout au long de l’année. Autre exemple de solidarité pour les plus démunis : La Table du Soir qui s’est installée à Bayonne il y a quelques jours, rue Sainte Ursule et ce jusqu’au 30 mars. Cela fait vingt années que la Table du Soir sert chaque soir des repas à partir de 18 h 30 et jusqu’à 19 h 30. L’an dernier 9 000 repas ont été servis. La Table du Soir cela représente entre 70 et 80 bénévoles qui cuisinent chez eux les repas qui seront distribués. Un des responsables Jean-Luc Prieto nous explique que depuis plusieurs années la dureté de la crise dans l’État espagnol se fait sentir : “nous avons beaucoup de migrants qui viennent et qui ont des problèmes d’hébergement. La mairie de Bayonne nous octroie une subvention de 8 000 euros et la Banque Alimentaire nous donne 10 tonnes de nourritures. La Communauté d’Emmaüs se charge de la plonge et du stockage.” La Table du Soir possède un algeco et ses responsables espèrent que le projet d’hôtel social verra prochainement le jour. 20 ans que cette association caritative a vu le jour. Un triste anniversaire dont les bénévoles se seraient bien passés. Témoignage que la pauvreté et la précarité n’ont pas disparu, loin s’en faut.

 

Quelques chiffres révélateurs

À partir des données de 2011, le Secours Catholique a choisi de faire le constat sur dix ans d’actions. 35 % des familles accueillies sont des mères seules. 19 % sont des femmes seules (progression de plus de 35 % sur 10 ans). Soit 54 % contre 47 % en Aquitaine et 44 % dans l’État français.  Les personnes de nationalité française arrivent très largement en tête dans les accueils du Pays Basque : 89 % en 2011, 92 % en 2001. Ce chiffre dépasse de 19 % la moyenne de l’État français.

Emploi : 21 % des ménages accueillis perçoivent des revenus du travail .14 % ont des contrats précaires, 4 % sont en CDI à temps plein.

Chômage : -35 % entre 2001 et 2011 s’expliquant par le doublement de la catégorie “inactivité” qui bondit de 28 % à 58 % et dans laquelle se retrouvent les retraités (+300 %), les sans-emploi non-chômeurs (+250 %) et les inaptitudes santé (+50%).

 

Béatrice MOLLE

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