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L’agriculture : ennemie ou amie de l’eau potable ?

02/11/2012
Carole SUHAS
Bête noire de la qualité de l’eau, l’agriculture est souvent pointée du doigt pour ses pratiques polluantes. Nitrates, engrais chimiques ou autres pesticides se retrouvent naturellement intégrés au cycle de l’eau. Pourtant, pour certains paysans, cette réalité n’est pas une fatalité et son éradication ferait du bien à tout le monde, tant écologiquement qu’économiquement. Explications par Iker Elosegi, membre d’Euskal Herriko Laborantza Ganbara (EHLG). Il recoupe la question en deux grands thèmes, le qualitatif et le quantitatif.
La qualité bactériologique de l’eau est altérée par diverses sources, l’une agricole avec la présence de fumier, de lisier ou de produits chimiques selon les pratiques paysannes ; l’autre liée aux exigences quotidiennes d’épuration et d’assainissement. Entre les deux, il est parfois “difficile de faire la part”. Torts partagés alors, mais qui n’excuse pas, pour Iker Elosegi, certaines pratiques. “Soit on persiste sur ce modèle, soit je fais attention à ce que je répands, au moment où je le fais et où je le fais” argue-t-il.
Un “cliché” persistant
La législation française interdit par exemple aujourd’hui d’épandre quoi que ce soit sur des bandes de cinq mètres aux abords des cours d’eau. Évidemment, “si au sixième mètre on fait des apports énormes d’un produit ce n’est probablement pas suffisant” précise-t-il. La réalité de terrain face à la législation en vigueur, certains y font appel pour attirer l’attention sur des normes de plus en plus strictes qui compliquent le quotidien des agriculteurs.
Pourtant, “qui mieux qu’un agriculteur peut savoir qu’il faut préserver les sols et l’eau ? interpelle Jean-Jacques Lateulère, président de la FDSEA, qui en a un peu marre de ce “cliché qui colle à la peau” des agriculteurs. Il estime de son côté que les pratiques agricoles ont aujourd’hui beaucoup évolué, et que l’on ne peut pas affirmer que “les excédents structurels dans les cours d’eau” proviennent de l’agriculture.
En effet, pour le président du syndicat agricole FDSEA, l’accusation d’usage de produits phytosanitaires à outrance est irrecevable, pour la simple et bonne raison qu“un agriculteur n’a pas les moyens de gaspiller son épandage, il n’a donc aucun intérêt à en mettre toujours plus”. Et de parler de “responsabilisation du monde professionnel” notamment apparue avec la mise en place de suivis approfondis des pratiques et avec la conditionnalité des aides européennes.
Pour Iker Elosegi, un mouvement se dessine de façon très claire depuis cinq ou six ans en Pays Basque, où “on utilise de moins en moins d’engrais chimiques”. Non seulement parce que “ça coûte cher”, mais aussi “parce qu’il y a une prise de conscience qu’ils ne sont pas forcément nécessaires”, par exemple pour les cultures fourragères. A contrario, la culture du maïs reste le point noir. Cours du marché mondial oblige, la rentabilité pour les maïsiculteurs se doit d’être au rendez-vous, et plus si affinités.
Alternatives
Ce qui les rendrait “moins regardants” selon I. Elosegi, qui ajoute que “les nitrates et les pesticides sont directement liés aux maïsiculteurs”. Pour Jean-Jacques Lateulère, l’usage de ces produits se justifie : “les plantes et les animaux, c'est du vivant. Quand il est malade on lui donne des antibiotiques et on le soigne”.
Dans ce contexte, Euskal Herriko Laborantza Ganbara s’est lancé dans un dispositif d’aides à portée environnementale au secteur maïsicole en Amikuze. L’association propose d’apporter un soutien financier “aux agriculteurs qui vont s’engager pour limiter leur impact sur les cours d’eau, en utilisant moins d’azote et moins de pesticides, ainsi qu’en stoppant l’irrigation”.
Pris sur cinq ans, cet engagement doit faire “diminuer les pollutions dans les cours d’eau” explique Iker Elosegi. Une politique volontariste, impulsée par quelques agriculteurs qui ont voulu mettre un terme à ces pratiques, trop coûteuses d’une part, et nuisibles à l’environnement d’autre part. “Nous les aidons alors à trouver d’autres cultures moins gourmandes en eau, à faire des rotations de culture”.
Et à ceux qui s’inquiéteraient de la viabilité d’un tel système, Iker Elosegi répond que “la rentabilité existe pour le paysan, mais pas forcément par la monoculture du maïs”. Des propositions qui peuvent aussi s’appliquer à l’élevage, car le maïs peut être remplacé par le tourteau de tournesol pour nourrir les troupeaux ; ou encore à l’énergie car l’huile de tournesol est transformée par certains agriculteurs en carburant pour tracteur. Pistes multiples de développement dans un contexte économique mondial où les matières premières et les hydrocarbures sont de plus en plus chers.
La réponse à tout ? Peut-être. C’est en tout cas une nécessité absolue pour Iker Elosegi qui rappelle que le Pays Basque a une particularité, ses eaux sont superficielles. “Il pleut beaucoup mais la plus grande partie de l’eau potable est une eau de surface donc très sensible à la pollution”. Pollution ponctuelle d’un camion accidenté dont l’hydrocarbure se déverse ou pollution diffuse du lisier et du fumier, tout se retrouve dans cette eau fragilisée par son exposition. “Bien sûr on peut aller chercher de l’eau de profondeur plus loin dans les Pyrénées, ce qui est actuellement étudié”, mais “on peut aussi prendre le temps de rendre son eau propre”.







