Pays Basque
M.Valls foule aux pieds le consensus local

30/10/2012
Antton ROUGET
Les élus du Pays Basque nord n’ont pas vraiment apprécié l’intervention. “Atterrés”, “indignés”, “scandalisés” : de tous les bords politiques - gauche, droite, des milieux abertzale jusqu’aux parlementaires de la majorité - tous ont montré leur désaccord avec les propos lapidaires de Manuel Valls. Dimanche, au soir de l’arrestation d’un énième “responsable de l’organisation ETA” (cf. page 6), les propos du ministre de l’Intérieur, dans un entretien accordé au quotidien El pais ont, en effet, détonné. Reconnaissance institutionnelle, processus de paix, situation des prisonniers : Manuel Valls s’est brutalement assis sur toutes les revendications locales. Des propos d’une fermeté inédite à l’heure où les élus locaux sont parvenus à un consensus historique sur ces questions.
“Il n’y aura pas de Pays Basque français dans la prochaine loi de décentralisation. Les choses sont très claires et tant qu’ETA ne dépose pas les armes, nous serons inflexibles”. La citation a eu l’effet d’une bombe. À l’heure où le conseil des élus a plébiscité (à plus de 80 %) la création d’une collectivité territoriale, l’actuel locataire de la Place Beauvau court-circuite le débat. Et ce, alors que les élus travaillent conjointement avec M. Lebranchu, ministre chargée de la Réforme territoriale.
“Je regrette le lien entre le travail mené localement et la lutte contre le terrorisme”. La députée de la majorité, Colette Capdevielle, plaide pour une méconnaissance du dossier et “souhaiterait qu’il [le ministre, ndlr] vienne voir ce qu’il se passe ici”. Même position pour l’autre députée socialiste, Sylviane Alaux : “je pense qu’il n’a pas tous les éléments de ce qu’il se passe en Iparralde”.
La sénatrice Frédérique Espagnac a elle aussi “regretté les propos de Manuel Valls”, à l’heure où une réflexion est engagée “pour trouver quelle sera la forme institutionnelle d’une reconnaissance du Pays Basque au sein de la République française”.
Il n’en fallait pas plus pour déclencher l’ire de Max Brisson et Jean-Jacques Lasserre qui ont fait de la critique des désaccords entre socialistes leur sport favori. “Qu’il fasse l’amalgame entre une position (...) majoritaire et l’action unanimement condamnée de l’ETA est plus qu'une maladresse, c'est une faute politique.” Le conseiller général UMP a vivement réagi, via un “communiqué de presse urgent”, aux propos du ministre estimant que “le travail collégial (...) méritait autre chose qu'une réponse à l'emporte-pièce.” Martine Bisauta, membre de Batera, a, elle, condamné des propos “totalement inacceptables”. “Des discours de cette rare violence peuvent déclencher des réactions inopportunes” s’est aussi inquiétée l’élue bayonnaise.
“Valls peut penser ce qu’il veut”
“Ce type de discours va absolument à l’encontre de ce que préconise Aiete.” Colette Capdevielle regrette aussi que la porte du dialogue soit toujours fermée. Frédérique Espagnac, présente à Aiete, a appelé à “faire le pari de la paix au Pays Basque” : “le processus sera long mais il ne doit en aucun cas être freiné.” “M.Valls s’est totalement aligné sur les thèses du Parti populaire en Espagne.” S’il condamne fermement l’attitude du ministre, Xabi Larralde, porte-parole de Batasuna reste convaincu que “nous ferons bouger l’Etat français (...) Valls peut penser ce qu’il veut, mais ce n’est pas ainsi que l’on résout les conflits. Des experts comme Jonathan Powell et Kofi Annan ont clairement expliqué que la résolution passe par le dialogue.”
Le ministre de l’Intérieur s’isole à propos du rapprochement
Après avoir annoncé qu’il n’y aurait pas de “structure administrative basque”, le sulfureux ministre de l’Intérieur s’est également prononcé contre le rapprochement des prisonniers basques.“Nous avons une attitude très ferme sur le sujet”, a expliqué Manuel Valls citant l’exemple de la Corse où “nous ne le [le rapprochement, ndlr] faisons pas”. Une vision ferme mais surtout erronée alors que certains prisonniers corses sont incarcérés sur l’île dans la prison de Borgo.
“Monsieur Valls fait totalement abstraction de la volonté des habitants du Pays Basque” a dénoncé le mouvement en faveur des droits des prisonniers Herrira qui a rendu publique, hier, une liste de 150 élus, de toutes les tendances politiques, soutenant la manifestation du 10 novembre (plus d’informations dans notre édition, demain).







