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Pays Basque

«On ne résout pas un conflit avec ses amis»

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27/10/2012

Pierre MAILHARIN

Entretien avec Laurence HARDOUIN, Christophe DESPREZ, Anaiz FUNOSAS / Bake Bidea

Le 10 octobre, Bake Bidea (le chemin de la paix) effectuait sa première sortie médiatique. Pour comprendre les enjeux de ce nouveau collectif du Pays Basque Nord, trois de ses membres, issus d’horizons différents - Christophe Desprez (Ligue des Droits de l’Homme), Laurence Hardouin (Cimade) et Anaiz Funosas (responsable) - se prêtent à un entretien croisé.

Comment définiriez-vous en quelques mots Bake Bidea ?

Christophe Desprez : Il s’agit d’un mouvement issu des mobilisations contre le Mandat d’arrêt européen (MAE), qui avaient permis la rencontre de syndicats, partis, associations, militants. A la suite du rassemblement à la Halle d’Iraty du 18 juin 2011, l’idée est venue d’Universités, de débats permanents. C’est comme ça qu’est né Bake Bidea, raccroché à la déclaration d’Aiete (conférence internationale pour la paix, ndlr).

Laurence Hardouin : C’est un lieu de débat, ouvert, pour le rapprochement des prisonniers, la libération de ceux susceptibles de l’être… On veut porter la voix de la société civile, pour qu’elle ait sa place dans la résolution du conflit.

Quelles sont vos revendications ?

C.D. : Bake Bidea n’est pas un mouvement revendicatif…

L.H. : …mais de sensibilisation, qui permet de s’exprimer, de participer, d’apprendre.

Anaiz Funosas : Il n’y a pas que l’aspect revendicatif, mais nous avons quand même la volonté de continuer à mobiliser la société civile pour la mise en place d’un processus de paix, l’obtention d’une paix juste et durable, le respect des libertés démocratiques.

La question des prisonniers ne fait-elle pas doublon avec Herrira ?

A.F. : Non car Herrira fait partie de Bake Bidea.

Le Collectif regroupe des associations de secteurs différents. Pourquoi la Cimade et la LDH ont-elles choisi de s’associer à la démarche?

L.H. : La Cimade aide les personnes en situation irrégulière. Elle est sensible à la question de l’enfermement de la liberté. Sa participation à Bake Bidea est logique, compte tenu aussi du travail sur le terrain avec les associations abertzale. En retour, on est partie prenante de la vie d’Euskal Herri. C’est la Cimade qui est engagée, pas Laurence Hardouin.

C.D. : La participation de la Ligue des droits de l’homme est issue de ses engagements en faveur des droits et les libertés.

Vous évoquez un lieu “ouvert”. Cherchez-vous l’élargissement de ce collectif ?

A.F. : On est en train de le mettre en place dans le cadre du grand événement du 15 décembre, qui sera l’occasion d’une rencontre entre les acteurs de la société civile du Pays Basque Nord. Cette première journée de réflexion, où l’on compte décortiquer la déclaration d’Aiete, sera le point de départ d’un cycle de débat d’un an. L’objectif étant de comprendre les nœuds de ce conflit.

L.H. : Plus il y aura de personnes qui nous rejoindront, dans leur diversité, plus le mouvement pourra apporter des solutions. Certaines associations vont proposer des choses que d’autres n’avaient pas imaginées.

Certaines organisations ne vous rejoignent pas car, justifient-elles, elles ne se trouvent en phase qu’avec une partie de vos revendications. Que leur dites-vous ?

L.H. : A partir du moment où il y a une feuille de route, une personne ou un parti qui veut intégrer Bake Bidea ne peut pas dire je prends la moitié et je jette le reste. S’il doit y avoir une adhésion nouvelle, elle doit être pleine et entière. Les discussions doivent se faire plus en amont, avant d’intégrer Bake Bidea.

A.F. : En même temps, on peut ne pas être d’accord avec l’ensemble et venir discuter. C’est pour cela qu’on met en place ce lieu de débat. Un conflit ne se résout pas seulement avec une feuille de route. C’est douloureux pour tout le monde. En un an, on a avancé. Il y a un peu plus d’un an, certains d’entre nous ne se connaissaient pas ou ne se saluaient pas.

C.D. : Le principe de la résolution d’un conflit, c’est de discuter avec des gens de tous bords. On ne résout pas un conflit avec ses amis.

Qu’attendez-vous à court terme ?

A.F. : Que les Etats se rattachent à la feuille de route d’Aiete, qu’ils prennent le témoin et commencent à faire des pas. Sur la question des prisonniers, que les droits soient respectés par rapport à leurs propres lois, que les premières libérations arrivent, que le rapprochement se fasse, qu’ils arrêtent la répression. On a dénoncé le premier MAE…

L.H. : …et depuis Aurore (Martin) on dénonce systématiquement tous les MAE…

C.D. : …qui sont caractéristiques de lois d’exception.

L.H. : Le code de procédure pénal ne fait pas de distinguo entre les prisonniers de droit commun et les prisonniers basques. On demande sa simple application de ce Code de procédure pénal pour le rapprochement des prisonniers.

A.F. : Des militants du Pays Basque Nord ont leurs comptes bloqués. Cela obéit là aussi à des procédures d’exception.

La résolution d’un conflit passe par une réconciliation. Celle-ci est-elle plus facile en Pays Basque Nord ?

A.F. : En se basant sur des chiffres, on pourrait dire que le conflit a été moindre en Pays Basque Nord. Beaucoup de gens défendent l’idée qu’il n’y a pas de conflit au Pays Basque Nord. Mais la souffrance, elle est là.

L.H. : La réconciliation est d’autant plus difficile que le conflit n’est pas reconnu. On est sur un non-dit. Tout va bien, on a le piment d’Espelette, les Dantzazpi… Une partie de la population est ignorante de la chose, et il y a une autre que ça arrange.

La clé du processus viendra-t-elle selon vous de la société civile ?

A.F. : Oui. Il faut qu’on soit le plus représentatif possible. C’est le grand enjeu de notre démarche. La première mobilisation pour une paix juste et durable, c’est le 10 novembre. On appelle la société civile à être présente.

 

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