L'opinion - Tribune Libre
“Quand les bilans peuvent s’écrire du point de vue des populations… et pas seulement du côté des décideurs”
26/10/2012
Eliane Pibouleau-Blain, conseillère municipale d’opposition à Bayonne
Lors du Conseil municipal du 18 octobre, les élus de Bayonne avaient pour lecture le bilan 2011 de l’ACBA.Si on peut s’étonner d’un examen tardif de ce bilan, pour autant, cette communication concerne tous les Bayonnais, soit parce que les actions de l’ACBA se situent sur Bayonne, ou plus généralement parce que les choix financiers de l’ACBA, fléchés pour n’importe quelle action, se font sur un budget alimenté, aussi, par les contributions des finances bayonnaises. C’est pourquoi il semble important de considérer ce bilan à l’aune des préoccupations des habitants de la communauté d’agglomération, et pas seulement à partir de celles des décideurs ; ce qui permet une tout autre réécriture.
Voici quelques extraits et commentaires de l’intervention, lors de ce conseil municipal, visant à cette réécriture de bilan, sans doute plus proche des analyses de la population : “Ce rapport me semble, mes chers collègues, un des plus importants à débattre ce soir, car il parle du quotidien des habitants dépendant de l’ACBA. Quelle ne sera pas la déception des Bayonnais de constater, qu’une année de plus, la délibération sur l’action de l’ACBA est noyée, dans le flot de 71 délibérations ? Il est vrai, la rentrée tardive d’un conseil municipal bayonnais qui ne s’est pas réuni depuis trois mois explique cela… J’y vois en fait un déficit démocratique, un manque d’appétit de votre part, Monsieur le Maire, pour que les élus de Bayonne se saisissent d’un examen attentif des orientations de l’agglomération : un conseil municipal entièrement dédié à la politique menée par l’ACBA serait nécessaire…
Car enfin, la situation au regard de la démocratie représentative est celle-là :
-Soit tous les Bayonnais sont représentés par la diversité politique de leurs élus à l’ACBA
-Soit, puisque vous ne l’avez pas voulu (pas d’opposition bayonnaise à l’ACBA !), vous avez le devoir de donner du temps aux dossiers de la communauté d’agglomération dans cette enceinte plus pluraliste. (...)
Alors, parlons-en de ce rapport et de l’action de l’ACBA :
Le 1er constat concerne sa présentation, éclaircie et synthétique par domaines de compétences, mais la lecture ainsi facilitée découvre un texte descriptif qui ne fait pas place aux problématiques humaines, écologiques, sociales. Cela vous aurait honoré, Monsieur le Président et Maire, vous le chantre d’un Agenda 21 bien compris, de poser les contradictions qui président à chaque projet, ne serait-ce que par honnêteté et permettre débat et réflexion. Eh bien! la dialectique, ce n’est pas votre tasse de thé. Vous voyez, c’est un peu comme l’enseignement de l’Histoire officielle, quand on présente le point de vue des seuls dirigeants, alors que l’Histoire c’est aussi le point de vue des dirigés, c'est-à-dire du peuple, ici des habitants de l’agglomération.
Donc, rendons ici justice aux Bayonnais et voici une réécriture qui rendra votre bilan plus proche des préoccupations citoyennes :
-Du côté de l’aménagement de l’espace :
-Marinadour est mis en vedette par vous, pour, je cite, “un développement harmonieux de l’espace”, moi j’ajoute “et responsable”, car rappelons une problématique à ne pas occulter, on se refile la patate chaude des terrains contaminés, de vendeurs en acheteurs ! Les citoyens ayant levé le lièvre, vous avez dû vous engager à considérer cette pollution ; toutefois, l’ACBA sera-t-elle transparente jusqu’à informer sur les quantités et la destination des terres contaminées ? Les pollutions, que nous avons accepté de voir non traitées par le vendeur-pollueur, nous concernent de ce fait, n’est-ce pas, jusqu’au bout… du fait de cette acceptation !
-L’école d’art, elle, se retrouve à St-Crouts, enfin… Mais en 2011, tout comme en 2012, à quelle politique de mixité sociale correspond l’offre de cette école ? Rien d’autre que des tarifs prohibitifs pour la plupart des habitants : certes il y a une forte demande ; or, seules les bourses aisées peuvent s’offrir ce loisir ; à quand la contractualisation avec l’école sur des objectifs de mixité sociale qui imposeraient une tarification différenciée selon les ressources, et je ne vois pas non plus dans ce bilan d’étude sociologique réalisée ? Allez voir, je connais bien ce lieu, où les mêmes personnes argentées squattent les cours d’année en année… un fonctionnement archaïque dont l’ACBA se fiche… et là aussi, ça proteste ferme chez les exclus ! L’ACBA n’a pas eu en 2011 le projet de démocratiser l’offre de l’école d’art ? Il serait temps, pourtant… comme cela se fait pour la Scène nationale. (...)
- Je terminerai l’examen du rapport de l’ACBA par la compétence transport : une sacrée cacophonie, due, comme pour les autres domaines, à un manque d’anticipation des besoins.
-Faute de concertation avec les entreprises et habitants pour des offres de transport attractives, le bus en site propre a provoqué l’engorgement des quartiers limitrophes, jamais autant d’embouteillages et partout !
-Vous revendiquez l’intermodalité mais pourquoi alors la création en 2011 d’un collectif “En train pays basque”, fait de cheminots, travailleurs et usagers, ulcérés de voir quel sort est fait à la complémentarité de leurs déplacements par l’ensemble des décideurs ; au lieu de vous concerter pour un maillage intermodal selon les besoins, c’est la pénurie ou le trop plein d’alternatives ! Sur l’agglomération, les habitants ont continué à prendre la voiture en conséquence, et ce ne sont pas les parkings payants qui résoudront le problème…
-Alors qu’elle est plébiscitée pour mieux relier les communes, on peut s’étonner de la non-extension de la navette gratuite à d’autres quartiers, alors qu’elle l’est à Bayonne pour amener aux très essentielles corridas.
-De son côté, la solution proposée par les associatifs d’utiliser la voie du soufre reliant hôpital, établissements scolaires et sortie routière encombrée de Bayonne, ne vous a guère mobilisés à l’ACBA en 2011 pas plus que l’urgence de mettre en place la navette fluviale citée dans le rapport, on l’attend toujours et 2012 se termine.
-En fait, les habitants veulent des solutions coordonnées de transport au quotidien, quand, par ailleurs, vous fléchez les crédits sur un autre projet, la LGV : impossible de faire l’impasse dans ce rapport sur le projet multimodal de la gare où vous voyez arriver la coûteuse et inutile LGV. (En fait, les TGV y arrivent déjà et perdront leur grande vitesse s’ils doivent s’y arrêter…) 2011 a connu une forte mobilisation contre ce projet de LGV dans lequel l’ACBA prend pour pain béni ce que raconte RFF dans un contexte budgétaire tendu pour les finances locales et des habitants. Donc nous payons ; et doit-on penser que votre oreille devient enfin attentive aux habitants qui continuent de protester contre ces choix puisque l’ACBA refuse aujourd’hui de payer ? Ce serait trop beau, chez vous, une telle prise de conscience ! (...)
Comme rien ne change dans le silence de votre présentation oublieuse du débat, nous verrons encore fleurir nombre de mobilisations citoyennes, la manifestation contre la LGV le 27 à Bayonne, par exemple.
Votre bilan n’est pas celui des populations ni le mien. Croyez pourtant qu’il serait plus simple de mieux associer les habitants, et leurs collectifs, à tous ces dossiers que de générer ainsi tant de suspicions et mécontentements citoyens : mais là, c’est d’une autre politique dont je parle… 2014, peut-être ?







