Sujet à la une
LGV Tours-Hendaye, un seul projet coûteux

24/10/2012
Le contribuable basque anti-LGV peut légitimement trouver la note salée : ces derniers mois, sa participation financière a été sollicitée par plusieurs collectivités locales pour un projet qui ne le concerne pas (Tours-Bordeaux, chantier en cours). Si cette voie ferroviaire se prolonge un jour entre Bordeaux et Hendaye, il devra à nouveau mettre la main à la poche, cette fois au nom d’un tracé qu’il ne cautionne pas. Se pencher sur le coût de la LGV Bordeaux-Hendaye, c’est en fait examiner le montant du tronçon global Tours-Hendaye.
“La malignité de Bussereau”
Les lignes Tours-Bordeaux et Bordeaux-Hendaye, que l’on aurait pu croire indépendantes, sont intimement liées. Député de Gironde et membre du Conseil d’administration de l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF), Gilles Savary décrypte le mécanisme : “Il tient à la redoutable malignité de Dominique Bussereau (secrétaire d’Etat aux transports de 2007 à 2010, aujourd’hui député de Charente-Maritime). Il voulait absolument la Tours-Bordeaux. Comme il n’y avait pas suffisamment d’argent, il a promis deux lignes, l’une vers l’Espagne, l’autre vers Toulouse. En contrepartie, les financements géographiquement croisés ont été inventés, c’est-à-dire le fait pour une collectivité de financer un projet qui ne la concerne pas géographiquement. Toulouse et les collectivités du sud de l’Aquitaine participent ainsi au financement de Tours-Bordeaux. pour 540 millions euros”.
La Convention de financement de Tours-Bordeaux, ficelée fin 2010, précise la répartition des montants. Localement, l’Agglomération côte basque Adour (Acba) est appelée à injecter 26,1 millions, le Conseil général des Pyrénées-Atlantiques 79,8 millions et la Communauté de Communes Sud Pays Basque (CCSPB) 9,2 millions (1). Sans compter les 306,3 millions engagés par la Région Aquitaine.
Bordeaux-Hendaye, 4,05 milliards
La facture pour le contribuable, déjà chargée, s’alourdirait bien sûr en cas de réalisation de Bordeaux-Hendaye (et Bordeaux-Toulouse). RFF n’ayant pas souhaité nous répondre sur le coût du projet, on s’en tiendra aux chiffres présentés lors du débat public de 2006.
L’option retenue, par l’Est des Landes, s’élevait à 4,05 milliards d’euros. A raison de 22 à 27 millions d’euros par kilomètre, la traversée du Pays Basque était, elle, estimée entre 770 et 945 millions (plus 10 à 15 millions pour l’aménagement de la gare de Bayonne).
Ces évaluations, produites en “valeur 2 004”, doivent être rapportées au niveau de l’euro actuel. Et intégrer les surcoûts prévisibles (cf encadré), mettent en garde les opposants. Sur leur site (epine.urrugne.info), ils annoncent un coût en valeur 2 010 de 7,8 milliards.
L’équation de financement pourrait être sensiblement identique à celle de Tours-Bordeaux (7,8 milliards aussi), “50 % pour RFF, qui concède à Vinci, 50 % pour l’Etat et les Collectivités, 25 chacun”, énonce G. Savary. Au final, a calculé L’Epine, l’addition de “Tours-Hendaye” pour le Pays Basque (plus Bordeaux-Toulouse) atteindra “au minimum à 4 880 euros par foyer fiscal”.
Crise et financement “piégé”
Si le chantier de la LGV Tours-Bordeaux est parti, celui de Bordeaux-Hendaye peut-il encore ne jamais commencer (2) ? La crise oblige l’Etat à s’interroger. “Après la démagogie d’infrastructure de l’ère Sarkozy-Borloo, et l’annonce de 245 milliards d’euros d’investissements d’ici 2 030 (260 milliards valeur 2012, N.D.L.R.), le budget de l’Etat pour le financement d’infrastructure a été revu à 2,3 milliards par an (soit 41,4 milliards d’ici 2 030 valeur 2 012). Le ministre des Transports doit faire face à cette équation”.
Et arbitrer entre les 14 projets LGV hexagonaux en cours. “Il faut faire des choix et établir des priorités”, exhorte la Cour des Comptes dans un rapport de juillet 2 012. A l’écoute, Frédérique Cuvillier vient de mettre en place une commission pour trancher après de six mois d’expertise.
Pour Gilles Savary, Bordeaux-Hendaye sera épargné de la purge, de part son mode de financement imbriqué avec celui de Tours-Bordeaux et compte tenu de la menace de certaines collectivités de suspendre leur participation, en l’absence de garantie de réalisation de Bordeaux-Hendaye. L’Acba a pris une délibération en ce sens fin septembre. “Si l’ensemble des 540 millions viennent à manquer, Vinci les demandera à l’Etat, en disant c’est ça où j’arrête les travaux…”. Au regard de ses finances, ce dernier ne semble donc pas avoir le choix.
Voilà comment l’Etat se retrouverait “piégé”, selon G. Savary, par un système de financement unique dans l’Hexagone. “Il y a peu de chance que l’Etat renonce à GPSO (Grand projets du Sud-Ouest, Bordeaux-Hendaye et Bordeaux-Toulouse), avant que Tours-Bordeaux ne soit fini. On va vers un pourrissement du dossier, pronostique-t-il. Si le calendrier de la Déclaration d’utilité publique (2 013) n’est pas bousculé, on restera sur ce tracé. Si la DUP est repoussée, des variantes pourraient être étudiées. C’est peu probable, car la DUP permet de bloquer les permis de construire”.
Pierre MAILHARIN
(1) Opposée à la LGV, la CCSPB refuse de payer ce montant.
(2) Plusieurs collectivités ont déjà été sollicitées pour financer les études préalables.







