L'opinion - Tribune Libre
« Saint-Jean-Le-Vieux : paysan avec terres, il refuse d’être stigmatisé »
24/10/2012
Eugène Berhouet, exploitant agricole à Saint Jean Le Vieux, le 22 octobre
Le propriétaire du Domaine d’Harrieta répond aux accusations portées contre lui dans l’article “Saint-Jean-le-Vieux : bergers sans terre, ils refusent d’être expulsés” publié dans le Journal du Pays Basque, le 18 octobre.
C’est avec stupéfaction que j’ai pris connaissance de cet article traitant du différend qui m’oppose à un berger sans terre, M. Ttalé Ouret. L’article présente de manière partisane voire caricaturale un certain nombre de faits, affirme des contre-vérités, et occulte des éléments d’information m’étant favorables.
Au préalable, et pour éviter d’être stigmatisé comme “l’étranger” insensible à la richesse de notre terroir et de notre région, permettez-moi de me situer. Mes racines, ma vie et mes projets sont profondément ancrés au Pays Basque. Bien que né à San Francisco, j’ai à cœur depuis trente ans, de protéger et de valoriser les terres d’Harrieta, le berceau séculaire de ma famille paternelle.
Une stratégie de victimisation habilement orchestrée
“S’ils n’avaient pas été là, le terrain serait une ronceraie. Ils ont entretenu le lieu, ils ont fertilisé la terre et c’est ça qui permet aujourd’hui d’avoir un projet touristique.” “Ces projets touristiques sont possibles parce que les agriculteurs sont là pour préserver les paysages” (Le Journal du Pays basque, 18 octobre).
Appuyés par le syndicat agricole ELB, M. et Mme Ttalé Ouret présentent dans les médias locaux une version manichéenne de leur situation. Victimes, ils seraient en butte à la dureté d’un propriétaire terrien qui les empêche de travailler et de profiter du fruit de leur labeur. Le thème est porteur dans notre région, où le rôle du berger dans l’économie locale est, à juste titre, valorisé.
Que M. et Mme Ttalé Ouret parlent d’expulsion est une contre-vérité. Nous avions une entente orale, reconductible tacitement d’année en année, tel que le veut la tradition pastorale au Pays basque. Aucune des deux parties n’est liée ad vitam aeternam par cet accord.
Mettre un terme à une location de pâturages est une probabilité inhérente à la vie agricole. Il est toutefois d’usage d’observer un délai raisonnable pour que chaque partie puisse s’organiser en conséquence. C’est ce que j’ai fait pendant cinq ans, oralement, puis par courrier.
Clairement informés de ma volonté, M. et Mme Ouret ont eu largement le temps de trouver d’autres terres à louer.
L’autre vérité…
J’ai effectivement choisi de diversifier mes sources de revenu en misant sur le tourisme vert. À l’instar de nombreux fermiers, créateurs de gîtes ruraux, de chambres paysannes… je cherche à développer un volet touristique chez moi. Peut-on entretenir une campagne de désinformation et me jeter l’opprobre, si cela ne correspond pas aux intérêts personnels d’un berger sans terre ?
Exploitant agricole depuis 1987, j’ai travaillé dur pour valoriser le potentiel agricole d’Harrieta : par le creusement d’un lac artificiel (pour l’irrigation, puis pour les vacanciers et la population locale l’été), par la production de céréales et de fourrage. Je n’ai pas attendu l’arrivée d’un berger pour entretenir mes terres six mois par an, et encore moins pour déboiser des parcelles de terrain !
De quelles ronceraies remises en état par M. Ouret, parle-t-on ? Avant d’être dédiées au pâturage, mes terres étaient parfaitement entretenues et fertilisées pour la production de maïs semence et de fourrage.
Le maintien dans les lieux de ce berger, se justifierait également par un hangar qu’il aurait construit chez moi ?
Avec mon accord, il a effectivement ajouté un auvent métallique démontable à l’ancienne bergerie d’Harrieta. De mon côté, j’ai fait mettre des dalles en béton sous cet auvent.
Sortons de ce flou sciemment entretenu : l’ajout d’un auvent métallique récupérable à un bâtiment déjà existant, ne peut pas être assimilé à une “construction de hangar” !
A ce jour, les troupeaux de brebis de M. Ttalé Ouret occupent paisiblement mes terres. A leur retour d’estive, ils ont été introduits chez moi à mon insu, la nuit… sans que j’en sois avisé.
S’il advenait que ce coup de force soit entériné le 14 décembre par le Tribunal de Bayonne, nous serions face à un déni du droit de propriété.
Mais, je reste confiant en la justice et en la primauté du droit sur la force.
Effet de boomerang ?
Nous sommes au Pays basque dans un Etat de droit régi par une règle commune applicable à tous : le respect de la propriété privée.
Désormais, il est à craindre que cette regrettable affaire n’induise une réaction négative chez les propriétaires qui louent leurs pacages à des bergers sans terre. Accepteront-ils, en cas de cessation de location, qu’un berger fasse fi de leur volonté et se maintienne par la force sur leur propriété ? Prendront-ils le risque de se voir dénier la jouissance, comme bon leur semble, de leurs terres agricoles ?
Depuis de nombreuses années, M. Ttalé Ouret défend avec talent le pastoralisme et le maintien des pratiques ancestrales des bergers. C’est un combat légitime et respectable.
Seulement, l’action qu’il mène à Harrieta pour rester par la force sur mes terres, nonobstant mes droits de propriétaire, ne relève pas de ce combat. Il est fallacieux de faire un amalgame rapide entre des intérêts personnels et la défense d’une corporation fort honorable.
Qui gagnerait à entretenir cette confusion ? M. Ttalé Ouret.
Qui sera perdant, à long terme ? L’ensemble des bergers sans terre assurément !







