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Sujet à la une

Pas de négociations, mais des conditions pour avancer

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20/10/2012

Le communiqué est arrivé à la rédaction du Journal du Pays Basque. Le 20 octobre 2011, trois jours après la conférence internationale d’Aiete, la décision découle d’un “engagement clair, ferme et définitif”, selon les propres mots de l’ETA. L’organisation, qui pratriquait la lutte armée depuis 1960, met fin à ses activités armées. Après l’annonce, déjà historique, d’un cessez-le-feu “permanent, général et vérifiable par la communauté internationale” le 10 janvier 2011, l’organisation armée répond favorablement à la demande des acteurs internationaux.

En proclamant la fin des actions armées comme le préconise la déclaration internationale d’Aiete, la décision débloque la feuille de route du processus de paix. Ou aurait du la débloquer, diront certains. Car si, jamais depuis sa création en 1958, l’organisation armée ETA n’avait été si loin; elle attend, cette fois-ci, seule à la table des négociations. En témoigne la multiplication des communiqués de presse depuis l’annonce du 20 octobre 2011. Le 10 mars 2012, le 16 mai 2012, le 9 juillet 2012, etc. : en s’adressant tour à tour aux gouvernements, à la société basque ou à la communauté internationale, l’ETA a multiplié les alertes. Dans son dernier communiqué daté du 27 septembre 2012, jour de Gudari Eguna (“journée du combattant”), l’organisation armée dresse un bilan critique de la situation actuelle alors “que la roue de la souffrance continue de tourner” et appelle les deux gouvernements à emprunter les “chemins raisonnables”.

A Alger en 1989, pendant “Lizarra-Garazi” en 1998 ou “Loiola” en 2006 : à chaque fois, Madrid et l’ETA ont entamé des discussions officielles. Cette fois-ci, alors que l’organisation armée n’a jamais été si loin dans son engagement en faveur d’une issue pacifique du conflit, aucun contact officiel n’existe entre les deux parties. Un paradoxe.

Une situation qui nourrit une certaine frustration chez les acteurs politiques et sociaux présents à Aiete. Mais, pour le Groupe international de contact, notamment, il convient de relativiser l’absence de négociations officielles. A l’image de Pierre Hazan, il estime, en effet, que l’enchaînement des campagnes électorales et les changements gouvernementaux à Paris et Madrid n’ont pas favorisé le rapprochement entre les parties du conflit vers un “objectif commun.” [cf édition du 18/10/2012]. “Le plus important c’est que le gouvernement espagnol n’a pas inversé une dynamique.” L’expert en résolution de conflit préconise d’attendre “les mois à venir”, une fois la tension des élections dans la CAB retombée : “les choses vont se clarifier”.

La légalisation de Sortu

Et puis, si les discours officiels font état d’une situation figée, l’ouverture d’un nouveau cycle dans la résolution du conflit par la conférence d’Aiete et l’annonce d’ETA s’est tout de même concrétisée par des changements notables. Parce que l’arrêt de la lutte armée s’est progressivement installé comme une décision irréversible, parce que les discours faisant état d’un possible retour des actions militaires se sont durablement effacés, certaines positions ont évolué.

Le parti Sortu, interdit dans un premier temps par le Tribunal suprême espagnol, est légalisé, le 20 juin 2012 par le Tribunal constitutionnel. Dix ans après son illégalisation (le parti Batasuna suspendu le 26 août 2002 est interdit le 17 mars 2003), la gauche abertzale retrouve le droit de s’exprimer, rendant ainsi effective une situation déjà tolérée depuis la participation de Bildu aux élections de mai 2011.

Les conséquences du conflit

Et puis, l’arrêt de la lutte armée a propulsé au cœur des débats la question des conséquences du conflit. Situation des prisonniers dans les geôles françaises et espagnoles, sort des réfugiés au Pays Basque nord et dans le monde entier, reconnaissance des centaines de victimes “des deux côtés”, etc. A l’image des 100 000 personnes qui ont parcouru les rues de Bilbo, le 7 janvier 2012, pour le “respect des droits des prisonniers politiques basques”,  des milliers de citoyens  qui ont revendiqué, en août dernier, pour la libération de Iosu Uribetxebarria, la société basque se mobilise comme jamais.


Antton ROUGET

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