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Sujet ŕ la une

Début d’un nouveau cycle au lendemain du 21 octobre

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19/10/2012

Béatrice MOLLE

La campagne des élections autonomiques qui se dérouleront dimanche 21 octobre dans la Communauté autonome basque (CAB) a mis au centre des revendications une volonté de changement du cadre institutionnel pour le Pays Basque. Les partis donnés favoris dans les sondages, PNV (Parti nationaliste basque) et EH Bildu (gauche abertzale, EA, Aralar, Alternatiba) coïncident sur le fait de la nécessité d’un nouveau cadre politique avec en ligne de mire le droit à décider de son futur. Cependant, sur la manière d’atteindre ce but, les divergences sont bien réelles. Pour EH Bildu, le cycle de l’autonomie est achevé, tandis que pour le PNV, avec le nouveau statut qu’il propose pour 2015, il s’agirait d’une “cohabitation responsable” avec l’Etat espagnol et de souveraineté partagée dans le cadre de l’Europe.

Mais le fait historique qui pourrait prendre corps si les sondages ne se trompent pas est que la CAB pourrait être aux deux tiers représentée par des souverainistes. Une situation inédite dans un pays où jusqu’à ces dernières années, les commentateurs remarquaient que le Pays Basque était divisé en deux blocs, les abertzale d’un côté et les constitutionnalistes espagnols de l’autre. Evénement historique majeur, donc, qui se produirait en plein processus d’émancipation en Ecosse, au Québec, en Flandres et en Catalogne. Des exemples concrets sur l’échiquier international qui permettent d’ouvrir un débat sur la souveraineté et l’indépendance au Pays Basque. Avec en plus en toile de fond une crise économique profonde dans l’Etat espagnol mettant en doute l’efficacité de l’Etat central à résoudre les problèmes économiques et sociaux. Face à ce débat et à ce raz-de-marée qui risque de déferler, les partis constitutionnalistes espagnols, PSE (Parti socialiste d’Euskadi) et PP (Parti populaire) ont sorti l’artillerie lourde. Discours basés sur la peur, assimilant la demande d’un référendum à la ruine du Pays Basque et autres avanies insurmontables. Avec des saillies verbales pour le moins surprenantes, telles celle du candidat socialiste, Patxi López, allant jusqu’à affirmer que “la démocratie, ce n’était pas seulement des majorités, mais le respect de la loi”. L’argument majeur des constitutionnalistes espagnols étant précisément que la tenue d’un référendum est anticonstitutionnelle. Un argument réfuté dernièrement par Rafa Díez, ancien secrétaire du syndicat LAB et artisan du processus de paix, qui rappelait, lors d’une interview depuis la prison où il se trouve, que l’Etat espagnol avait été capable de réformer en quelques jours sa Constitution à la demande de l’Europe. Et ce pour se mettre en adéquation avec les règles du marché.

Un processus en marche

Réformer l’actuel statut de la CAB, ouvrir la porte à l’indépendance, le débat était déjà lancé dans le quatrième point de la déclaration d’Aiete, feuille de route du processus de paix qui a abouti à l’annonce par l’organisation ETA de la fin de ses activités armées le 20 octobre 2011. Ce quatrième point suggérait que les acteurs non violents et les représentants politiques pourraient se réunir et discuter de questions politiques comme celle de l’organisation d’une consultation des citoyens, qui contribuerait à un nouveau cycle sans conflit. Un appel resté pour le moment lettre morte auprès du gouvernement central espagnol. Mais les quatre années de législature à venir au sein de la CAB, si les prévisions des sondages se confirment, mettront au centre du débat la souveraineté et le droit à décider. Avec forcément des conséquences en Navarre et en Pays Basque Nord.

 

EH Bildu : “Gagner pour une société plus juste”

Samedi 13 octobre, BEC de Bilbo, 17h30. EH Bildu réussit le pari de remplir la salle du Bilbo Exhibition Center (BEC). Avec deux moments forts : un message enregistré envoyé par Arnaldo Otegi depuis la prison de Logroño qui encourageait à gagner ces élections et l’édification par des militants catalans d’un castell, tour humaine de six étages symbolisant l’indépendance des peuples du monde. “Euskal presoak etxera” fut l’un des slogans les plus repris par la foule et le chant emblématique Izarren hautsa a été entonné par la foule.

Message d’A. Otegi

A. Otegi a rappelé qu’en 2007, le ministre de l’Intérieur, Alfredo Pérez Rubalcaba, avait déclaré qu’ETA aurait pu terminer comme l’IRA, mais qu’ils avaient préféré finir comme le Grapo. Prenant la balle au bond, A. Otegi répondait : “Vous auriez pu finir ce conflit politique comme en Irlande avec un accord, mais vous avez décidé de le faire comme en Ecosse, au Québec, en Flandres et en Catalogne. Avec l’indépendance, directement avec l’indépendance !” Le leader indépendantiste a souligné la nécessité de renforcer le processus face aux “ennemis de la paix”, ajoutant que “la consigne maintenant était de vider les prisons” et d’occuper les rues.

A. Otegi a aussi plaidé pour la construction “d’un accord national” autour d’un cadre politique, indiquant qu’il n’était plus possible de le réaliser sur des bases antérieures, car le cycle de l’autonomie était terminé. “Il n’y a plus de marge d’accord avec l’Etat. Souriez car nous allons lutter, souriez car nous allons gagner, souriez car nous allons gagner. Nous sommes nés pour gagner et nous allons gagner !”, a conclu A. Otegi qui, après la diffusion de ce message, se voyait interdit de visites à la prison de Logroño.

Laura Mintegi

La tête de liste d’EH Bildu, Laura Mintegi, a pris la parole, ne doutant pas de la victoire d’EH Bildu : “Nous allons gagner, mais au-delà des élections, nous bataillons pour une nouvelle société, celle que nous voulons pour nos enfants, une société juste, solidaire, libre, respectueuse. Nous aurons toujours un pied dans la rue et un autre dans les institutions”.

Puis vint le tour du bertsulari Amets Arzallus, qui développa une réflexion poétique sur la terre, l’humanité, l’indépendance, l’enracinement et l’exil des Basques.

 

les petits partis creeront-ils la surprise ?

Ils sont les oubliés de la campagne, tant la cristallisation entre les quatre grands partis de la CAB est importante. Ils sont quatre : Raquel Modubar (Ezker Batua), Aitor Urresti (Equo), Mikel Arana (Ezker Anitza-IU) et Gorka Maneiro (Union, progrès et démocratie, UPyD). Certains sondages donnent un à trois sièges à Mikel Arana (Ezker Anitza-IU) et un siège à Gorka Maneiro (UPyD). Ce dernier parti a été créé par Rosa Díez, ancienne dirigeante du PSE (Parti socialiste d’Euskadi) qui estimait que son parti était “trop proche” du mouvement abertzale.

Gorka Maneiro, son représentant dans la CAB et député sortant du Parlement de Gasteiz, s’est distingué en déclarant durant la campagne que l’école publique basque était “une fabrique de citoyens nationalistes basques”. Et que les citoyens basques continuaient “à financer les ikastola françaises”. Dans la même veine, Rosa Díez a demandé l’illégalisation d’EH Bildu à la suite des déclarations d’Arnaldo Otegi au BEC de Bilbo. UPyD est opposé à tout débat politique sur un changement de cadre institutionnel et réclame à toute force une “recentralisation.”

Exclu du débat

Mikel Arana (un à trois sièges selon les sondages) d’Ezker Anitza-IU, qui est aussi député sortant, définit son courant comme appartenant “à une gauche alternative non nationaliste et fédéraliste”. Mikel Arana, s’il est élu, se dit prêt à former “un bloc de gauche” avec le PSE et EH Bildu. Par ailleurs, cette formation, que les sondages placent en tête des petits partis, a été exclue du grand débat électoral qui a eu lieu sur ETB, télévision de service public. Curieusement, UPyD et Ezker Batua avaient été conviés. Mikel Arana a dénoncé cette exclusion qui répond, selon lui, “aux intérêts des quatre grands partis” afin de conserver un bipartisme au sein du Parlement de la CAB.

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