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Pays Basque

Saint-Jean-le-Vieux : bergers sans terre, ils refusent d’être expulsés

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18/10/2012

Giuliano CAVATERRA

Hier, à Saint-Jean-le-Vieux, militants et sympathisants du syndicat d’agriculteurs ELB ont tenu une conférence de presse pour soutenir un couple de bergers sans terre menacé d’expulsion des prairies qu’ils louent l’hiver. Le propriétaire, qui a monté un petit projet touristique au bord du lac d’Harrieta, souhaite en effet donner un peu plus d’ampleur à ce projet. En attendant que la justice tranche le conflit, les bergers ont décidé de continuer à occuper ces terres avec leur troupeau comme ils le font depuis 16 ans. Aujourd’hui, ils montent donc la garde jour et nuit avec l’aide des membres d’ELB. Car pour le syndicat, il n’est pas question qu’un projet touristique se fasse au détriment d’agriculteurs. En toile de fond de ce conflit, l’inquiétude des agriculteurs, et plus particulièrement des bergers sans terre, de disparaître au profit de l’activité touristique.

L’affaire en particulier est, elle, compliquée : Ttale et Jeanine Ouret louent, six mois par an, après les estives, des terres à Eugène Berhouet au lac d’Harrieta depuis 16 ans. Pour cette location, comme pour toutes celles concernant les bergers sans terre, il n’y a pas de bail : tout se fait oralement entre bailleur et locataire en mode “hitza hitz”.

Il y a cinq ans, le propriétaire leur annonce qu’il ne reconduira pas la location actuelle car il veut rénover les bâtiments qui servent au couple Ouret de bergerie pour en faire des appartements. Les longues procédures liées au permis de construire et aux prêts bancaires font que finalement le contrat est tacitement reconduit pendant quelques années encore. Tout se précipite au printemps dernier, lorsqu’Eugène Berhouet, qui peut finalement commencer ses travaux, annonce aux époux Ouret qu’ils ne pourront plus utiliser ses terres à leur retour des estives. Il leur propose tout de même d’autres terres, mais sans la bergerie. Ils pourront éventuellement y installer une bergerie mobile. Pour Ttale Ouret, ce n’est pas possible : “Cette bergerie, nous l’avons aménagée, nous avons investi dedans.” De plus, Jeanine Ouret doit partir dans trois ans à la retraite et le couple ne veut pas d’un nouvel investissement qui durerait seulement trois saisons.

Les discussions tournent vite au vinaigre et les Ouret décident d’entamer une procédure judiciaire pour faire valoir leurs droits. Or l’audience qui devait avoir lieu il y a quelques jours est repoussée au 12 décembre. Problème : il faut redescendre les troupeaux des estives. Pour compliquer l’histoire, le propriétaire a loué les prairies à un autre berger qui, lui, n’aurait pas besoin de la bergerie.

En attendant que la justice passe, le couple Ouret fait donc paître un lot de brebis sur les terres en question et compte rapatrier le reste du troupeau. Des tours de garde sont donc organisés avec d’autres bergers pour surveiller jour et nuit le troupeau en cas d’expulsion.

Les Ouret se disent cependant prêts à trouver une solution qui ferait consensus avec le propriétaire comme, par exemple, la signature d’une convention pour trois saisons, mais les points de vue semblent pour l’instant irréconciliables.

 

Cas particulier, inquiétude générale

Pour Mixel Etcheverry, de la commission foncier d’ELB, il s’agit d’un cas particulier que défend là le syndicat. “Nous sommes à 100 % derrière Ttale et Jeanine. C’est inacceptable de mettre fin à une relation de 16 ans comme ça. Ils ont beaucoup investi ici. Ils y ont travaillé dur et ont aménagé la bergerie sur leurs deniers”, explique le membre d’ELB qui ajoute : “S’ils n’avaient pas été là, le terrain serait une ronceraie. Ils ont entretenu le lieu, ils ont fertilisé la terre et c’est ça qui permet aujourd’hui d’avoir un projet touristique.” “Ces projets touristiques sont possibles parce que les agriculteurs sont là pour préserver les paysages”, tient-il à rappeler. “Nous ne sommes pas contre ces projets, mais nous ne voulons pas qu’ils se fassent au détriment de l’agriculture.” Selon lui, les deux activités peuvent coexister, mais “en aucun cas le tourisme ne doit effacer l’activité agricole”. En effet, ce cas particulier cristallise les inquiétudes des agriculteurs, et notamment des bergers sans terre, alors que de plus en plus de terres agricoles changent de vocation au profit du tourisme.

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