Sujet à la une
Souveraineté et mesures économiques s’affichent

18/10/2012
Nous avons choisi de présenter les positions des quatre principales formations (PNV, EH Bildu, PSE et PP) sur quatre thèmes : l’économie et les grandes infrastructures, l’avenir institutionnel, la résolution du conflit et la politique de l’euskara.
EH BILDU
La coalition EH Bildu se situe clairement contre les propositions émises tant par le PP à Madrid que par le PNV dans les trois territoires historiques, avec en ligne de mire l’indépendance et comme première étape un large accord politique au Parlement sur le droit à décider, condition sine qua non pour résoudre les problèmes économiques et politiques du pays. EH Bildu, en matière d’économie et de finances, se situe à gauche et souhaite appliquer dans les trois territoires la politique mise en place par Bildu à la Diputación du Gipuzkoa avec notamment une réforme fiscale comprenant le rétablissement de l’impôt sur la fortune et le “renforcement de la justice sociale” avec la création d’un office public du logement, entre autres mesures sociales. Un effort particulier sera mené afin de faire respecter la loi sur l’égalité entre les hommes et les femmes. Le département de l’intérieur sera remplacé par celui “des libertés citoyennes” avec une “dépolitisation” de l’ertzaintza, et un département de la “souveraineté alimentaire” sera créé. EH Bildu est par ailleurs opposé aux grands projets tels que le grand port de Pasaia, la LGV et l’agrandissement de l’aéroport de Hondarribia. Raisons invoquées : le coût pharaonique de ces installations jugées de plus dévastatrices pour l’environnement. EH Bildu préfère investir dans la formation, l’innovation et les énergies renouvelables afin de favoriser l’emploi. Quant à la politique de l’euskara, EH Bildu considère que cette langue est “minorisée” dans son propre pays et parie sur des mesures fortes très détaillées dans son programme favorisant son apprentissage et son usage dans l’espace public.
Concernant la résolution du conflit, la candidate s’appuie sur la feuille de route d’Aiete constatant l’arrêt des actions d’ETA et regrettant l’absence d’implication des Etats français et espagnol. Reconnaissant la douleur des victimes, elle souhaite un règlement définitif quant à la situation des
prisonniers.
PNV (Parti nationaliste basque)
Le candidat Iñigo Urkullu prend comme référence la crise économique des années 1980 et souhaite rééditer la sortie de crise qui s’ensuivit, quand son parti était aux affaires. Pour cela, le candidat propose un plan d’austérité basé sur la rigueur, marqué par “des lignes rouges” concernant les restrictions des services publics, avec une annonce : la récupération de la compétence de la Sécurité sociale et la création d’un fonds de 50 millions d’euros afin de revaloriser les retraites les plus faibles. Au chapitre des grandes infrastructures, le PNV est favorable à la LGV, au port de Pasaia et au développement de l’aéroport de Hondarribia dont il souhaite récupérer la compétence. Par ailleurs, le PNV parie sur un nouveau statut politique pour la Communauté autonome basque (CAB) en 2015 et la reconnaissance d’Euskadi comme “nation européenne”, avec l’exercice du droit à décider accompli de manière progressive, à base de pactes et en passant par la création d’une eurorégion.
Concernant l’euskara, le PNV défend un modèle d’intégration privilégiant l’usage de l’euskara et la possibilité de l’apprentissage de deux langues dès la petite enfance. Quant à la résolution du conflit, Iñigo Urkullu souhaite un pacte pour “un accord de paix définitive” basé “sur la mémoire et la reconnaissance de la souffrance injuste vécue par toutes les victimes”.
PSE (Parti socialiste d’Euskadi)
Le candidat socialiste, Patxi López, sort la grande artillerie quant à l’avenir institutionnel du Pays Basque affirmant que “les nationalistes veulent nous rendre étrangers dans notre pays et le diviser”. Le PSE fustige la proposition du PNV qui cherche “un grand accord souverainiste” afin de le soumettre à un “référendum en 2015”. Les mêmes critiques sont dirigées envers EH Bildu, le PSE estimant que “moins d’Espagne” sera préjudiciable au développement économique et à la sortie de crise. Le PSE est en faveur d’un système fédéral et contraire à toute option souverainiste, se situant dans le camp des constitutionnalistes espagnols. Ses propositions économiques se basent sur une reprise de la croissance et un accord institutionnel anticrise ainsi que sur une réforme fiscale en profondeur. LGV, agrandissement du port de Pasaia et de l’aéroport de Hondarribia sont au programme.
“Un pays bilingue en transit pour un pays trilingue” est la phrase qui résume leur projet de politique par rapport à l’euskara. Un projet basé sur “la volonté individuelle d’apprendre ou non la langue basque”. Concernant la résolution du conflit, l’expression n’est pas employée dans le programme socialiste qui exige avant tout “la dissolution d’ETA”. Patxi López ayant déclaré que si la liberté “avait triomphé en Euskadi, ce n’était pas grâce au livre d’Otegi ou à la conférence d’Aiete, mais bien grâce aux 30 années de lutte” et de “résistance démocratique”.
Parti populaire (PP)
Le PP prône la mise en place de mesures d’austérité assorties de nombreuses mesures de privatisation, en ligne directe avec l’Etat espagnol. Concrètement, au gouvernement de Gasteiz, les onze départements seraient réduits au nombre de sept avec une suppression de 50 % de postes de cadres et de sévères restrictions sociales. Privatisation d’EiTB, sauf ETB1, et suppression des délégations internationales du gouvernement de Gasteiz sont au programme.
Le PP est favorable aux projets LGV, port de Pasaia, amplification de l’aéroport de Hondarribia. Sur l’avenir institutionnel du Pays Basque, le PP se déclare en faveur du maintien du statut de Gernika et de la Constitution espagnole. “La menace dans ces élections s’appelle Urkullu” a tonné le candidat à la lehendakaritza (présidence) Antonio Basagoiti, se disant persuadé que le candidat PNV et le président de la Generalitat catalane, Artur Mas, ont signé un pacte “pour aller vers l’indépendance” et “tenter d’amener l’Espagne vers sa dissolution”.
Concernant l’euskara, le PP se déclare contre “l’imposition d’une langue” traitant au passage Bildu de “parti taliban et nazi qui pourchasse ceux qui parlent en castillan”. Quant à la résolution du conflit, le PP du Pays Basque affirme, au moins dans le discours, être en faveur d’une ligne répressive et déclare ne vouloir maintenir aucun contact avec Bildu, se bornant à exiger la dissolution d’ETA.
Béatrice MOLLE







