RSS
Index > Edition papier > Pays Basque

Pays Basque

La juge d’instruction ferme l’enquête sur la mort de Jon Anza

internet4.jpg

17/10/2012

Goizeder TABERNA

La juge d’instruction Myriam Viargues est à deux doigts de clore le dossier Jon Anza. Le 12 octobre dernier, elle a informé la partie civile qu’elle allait appliquer l’article 175 du Code de procédure pénale. Ce qui annonce la fin de l’enquête sur la disparition et la mort de ce militant d’ETA, habitant d’Ahetz, retrouvé dans la morgue d’un hôpital toulousain le 11 mars 2010, onze mois après sa disparition.

La partie civile, la famille du défunt, peut faire appel de cette décision, mais l’espoir d’une reprise de l’enquête est mince. Elle a maintenant trois mois pour faire des observations écrites alors que dans ce laps de temps le procureur devra rédiger ses réquisitions. “Nos observations porteront sur tout ce qui n’a pas été fait pour clarifier l’affaire et sur tous les points encore non élucidés… Presque tous”, explique Me Maritxu Basurco, l’une des avocates de la partie civile qui affirme qu’aujourd’hui, l’enquête n’a permis de privilégier aucune hypothèse.

“Si Jon n’était pas ce qu’il est, lui aurait-on réservé le même traitement ?”, se demande Me Basurco. Elle reproche à la juge d’instruction un manque de collaboration et de ne pas avoir fait ce qu’il fallait. “La famille a le sentiment de ne pas voir été prise en considération.”

La première rencontre entre la juge et la famille est récente. Elle date du 30 mai dernier et cette dernière en était ressortie déçue par le refus de la part de la juge d’instruction d’essayer de comprendre la série de dysfonctionnements constatée à partir de la découverte de Jon Anza, inanimé, sur la voie publique de Toulouse, le 30 avril 2009.

La juge Myriam Viargues a pris le dossier en mains le 18 mars 2010. Pendant deux ans, elle dit s’être cantonnée à comprendre les faits survenus depuis le jour de son départ de Bayonne jusqu’à son apparition sur la voie publique à Toulouse (voir encadré). Sur cette période, les informations sont pourtant maigres et l’autopsie du corps réalisé a posteriori et le dossier médical n’auraient pas apporté d’avantage d’éléments, d’après l’avocate.

Faits et dysfonctionnements

Lors du transfert du dossier du tribunal de grande instance de Bayonne à la juge d’instruction toulousaine, la procureure Anne Kayanakis, en charge de l’affaire depuis 18 mai 2009, avait pourtant précisé devant la presse la direction que devait prendre l’enquête. Essayer de comprendre ce qui était arrivé au militant abertzale depuis sa disparition jusqu’à sa découverte le 30 avril 2009, expliquer les innombrables dysfonctionnements à tous les niveaux, et même clarifier les raisons de la présence, à la même période, de gardes civils espagnols dans un hôtel toulousain, tels étaient et tels sont les pistes à étudier.

 

De nombreuses zones d’ombre

Sur la période qui précède la découverte du corps dans la morgue d’un hôpital toulousain en mars 2010, les enquêteurs et la famille du militant n’en savent que trop peu. Cet homme gravement malade avait pris le train à Bayonne le 18 avril 2010 pour se rendre à Toulouse où il avait rendez-vous avec des membres d’ETA ; un communiqué de l’organisation armée l’annonçait le 19 mai 2012, mais J. Anza ne s’y est pas rendu.

Des courriers sans réponse claire, des signalements sans effet, des recherches qui ne mènent nulle part, un fax anonyme signalant la présence de gardes civils espagnols dans cette même ville et à la même période… Le fait est qu’il y avait d’une part un corps non identifié pendant onze mois dans une morgue et, d’autre part, une enquête pour disparition inquiétante pour cette même personne, dans un contexte de conflit armé.

Cette dimension s’est progressivement imposée. La gauche abertzale a crié à la guerre sale, émettant l’hypothèse d’un enlèvement politique. Evoquant des sources proches de l’enquête, certains médias ont parlé d’un homme qui avait perdu ses esprits et erré dans les rues de Toulouse jusqu’à sa découverte par des policiers municipaux. Le ministre de l’Intérieur espagnol de l’époque, lui, évoquait la fuite de J. Anza avec l’argent qu’il aurait dû apporter aux membres d’ETA. La découverte du corps a bien sûr écarté cette possibilité, mais les causes de sa mort n’ont pas été élucidées.

inprimatu