RSS
Index > Edition papier > Sujet à la une

Sujet à la une

Quand le Pays Basque entre dans une nouvelle ere

internet2.jpg

17/10/2012

Le palais d’Aiete de Donostia transformé en maison de la paix. La résidence d’été du général Francisco Franco de 1941 à 1975 remplie d’experts internationaux en résolution de conflits. Le tableau est exceptionnel, l’instant singulier.

Kofi Annan, le prix Nobel de la paix de 2001 et ancien secrétaire général des Nations unies. Gro Harlem Brundtland, l’ancienne chef du gouvernement norvégien et ex-présidente de l’OMS. Ou encore Jonathan Powell et Gerry Adams, acteurs du processus de paix irlandais depuis qu’ils se sont retrouvés autour d’une table un vendredi d’avril 1998. Une densité exceptionnelle de représentants de la communauté internationale pour soutenir, aux côtés d’agents de la société basque, un scénario pacifique d’issue au conflit au Pays Basque. Inconcevable par le passé, impensable ne serait-ce que quelques mois ou semaines plus tôt, la conférence internationale d’Aiete du 17 octobre 2011, il y a un an jour pour jour, est déjà un événement historique.

Historique parce qu’elle compile les initiatives de la communauté internationale en faveur de la résolution du conflit. Historique aussi, et surtout, parce que, agissant comme un catalyseur, elle ouvre le chemin de la paix au Pays Basque.

Première étape à Bruxelles

Du 29 mars 2010 au 17 octobre 2011, de Bruxelles à Donostia, la conférence d’Aiete est d’abord la synthèse d’une série d’actions au cours desquelles le rôle des acteurs internationaux s’est affirmé.

Desmond Tutu, Betty Williams, la fondation Mandela, Frederick de Klerk, John Hume, Albert Reynolds, Johnathan Powel, Mary Robinson, etc. : c’est avec le soutien d’une vingtaine de personnalités et de fondations internationalement reconnues que Brian Currin présente, le 29 mars 2010, la déclaration de Bruxelles. Celle-ci salue le débat au sein de la gauche abertzale et soutient son changement stratégique matérialisé par l’utilisation exclusive des voies pacifiques. Pour la première fois, une initiative internationale de cette ampleur intervient pour la résolution du conflit.

“International initiative for Peace and Dialogue in Basque Country” : loin des caméras et de l’engouement suscité par Aiete, c’est le 1er octobre 2007 que se dessinent les prémices d’une intervention de la communauté internationale en faveur de la résolution du conflit. Après l’échec des négociations de Loiola et la reprise de la lutte armée par l’ETA en 2007, le réseau des fondations européennes (Network of European Foundations) mandate Roelf Meyer, négociateur constitutionnel pour le gouvernement sud-africain, l’avocat Brian Currin, déjà médiateur au moment de Loiola, Raymond Kendall, ancien secrétaire général d’Interpol, et Nuala O’Loan, membre de la Chambre des lords, pour “analyser les possibilités de restaurer un processus de paix au Pays Basque”. Currin et consorts rencontrent, écoutent, entendent.

Et puis, plus technique pendant Loiola, le rôle de la communauté internationale évolue jusqu’à devenir l’un des garants du nouveau processus de paix. Première concrétisation avec la déclaration de Bruxelles ; la communauté internationale est sur le devant de la scène. Création du Groupe international de contact (GIC) en octobre 2010, de la Commission internationale de vérification en septembre 2011, actions du Friendship. La scène, la communauté internationale ne la quittera plus. Appuyant chaque annonce de l’ETA, soutenant le changement stratégique impulsé par la gauche abertzale : ses actions  confirment, jour après jour, le caractère irréversible du processus de paix.

Un avant et un après Aiete

“L’heure est arrivée d’en finir avec la dernière confrontation armée d’Europe.” De par le contenu de sa déclaration finale, la conférence d’Aiete marque ainsi l’ouverture d’une nouvelle phase dans la résolution du conflit. Bertie Ahern précise les recommandations de la communauté internationale pour la résolution du conflit. Organisation armée ETA, gouvernements français et espagnol, mais aussi représentants politiques et acteurs de la société civile : le document, en cinq points, est une véritable feuille de route qui interpelle tous les acteurs du conflit et de sa résolution. Preuve que la conférence fait entrer le processus dans une nouvelle ère, trois jours après sa tenue, le 20 octobre 2011, ETA prend acte de la déclaration d’Aiete et annonce l’arrêt définitif de la lutte armée.


Antton ROUGET

inprimatu