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Sujet à la une

«Le ‘pays’ Pays Basque est une structure qui fonctionne très bien»

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12/10/2012

Entretien avec Laurent NUÑEZ / Ancien sous-préfet de Bayonne

Laurent Nuñez était sous-préfet de Bayonne depuis mai 2010. Il s’en va samedi après avoir été promu préfet. Il sera dorénavant le “numéro 2” de la préfecture de police de Paris. Le JPB revient avec lui sur son passage au Pays Basque.

Vous bénéficiez d’une promotion. Celle-ci est-elle liée à votre action au Pays Basque ?

Je ne connais pas les raisons exactes de ma promotion. On peut penser que c’est l’ensemble de ma carrière qui a été prise en compte, y compris donc les fonctions que j’ai exercées à Bayonne.

Les sous-préfets restent environ deux ans à Bayonne. Pourquoi ? Cela ne pose-t-il pas problème dans le suivi des dossiers ?

Quel que soit l’endroit, un sous-préfet reste entre deux et quatre ans. Nous devons garantir l’impartialité de l’Etat, donc on ne peut rester trop longtemps car des liens se tissent et que l’impartialité de l’Etat pourrait être remise en cause. Pour les dossiers, nous assurons la continuité de l’action de l’Etat. Mon successeur reprendra mes dossiers comme j’ai repris ceux de mon prédécesseur, comme, pour n’en citer qu’un, celui de la corniche.

L’arrondissement de Bayonne est-il difficile ?

Oui, ne serait-ce que parce que c’est un arrondissement important par son nombre d’habitants, 280 000 environ. On y retrouve toutes les problématiques d’un arrondissement de cette taille en matière de développement économique, d’infrastructures, d’environnement, d’agriculture. En plus, ici, le sous-préfet est en première ligne (mais aussi le préfet) dans le suivi des instances du “pays” Pays Basque. Il y a aussi des spécificités comme par exemple la forte tension sur le marché du logement, le foncier agricole, la question littorale, etc. Le poste est en tout cas formateur grâce à cette diversité des problématiques, certaines ne se trouvant pas forcément partout.

Y a-t-il des dossiers qui vous ont plus tenu à cœur ?

Non, car je suis passionné par ce que je fais et donc tous les dossiers me passionnent. Je pourrais dire cependant que le dossier LGV a sans doute été le plus éprouvant. Compliqué techniquement, il a été accompagné de relations parfois vives avec certains élus et associations. Relations qui ont cependant toujours été courtoises. Autre dossier compliqué : celui des gens du voyage, avec la gestion des mouvements et les réticences à construire des aires. Par ailleurs, je suis satisfait du dossier du port de Bayonne où nous avons réussi à éviter que les habitants ne rejettent l’infrastructure et à réactiver le Secrétariat permanent pour la prévention des pollutions industrielles, structure au sein de laquelle se retrouvent tous les acteurs concernés. Satisfait aussi en ce qui concerne les fêtes de Bayonne, avec un bilan exceptionnel cette année. Enfin, le dossier le plus structurant est celui du lait de brebis. Car il ne s’agit pas que d’une question agricole, mais aussi d’une question d’aménagement. Il ne faut pas oublier que les transformateurs, les grands groupes, sont aussi présents sur le territoire et qu’il y a aussi beaucoup d’emplois induits autour de l’activité.

Avez-vous des regrets ?

Sur cette question du lait de brebis, même s’il y a du mieux, j’aurais aimé que la situation soit complètement stabilisée.

Connaissiez-vous les problématiques spécifiques (langue, collectivité…) au Pays Basque avant de venir ? Comment les avez-vous appréhendées ?

Non, nous sommes formés pour tous les dossiers classiques. Ces problématiques, je les ai découvertes en arrivant. Sur la langue, je remarque que tous les acteurs font des efforts énormes. L’Etat lui-même, au travers du financement de l’OPLB [Office public de la langue bsque, ndlr], et parce qu’il est l’employeur des enseignants dans la filière bilingue et de ceux sous contrat de Seaska. Cet effort sur l’enseignement fait que le nombre de locuteurs jeunes est en hausse. Pour ce qui est du chantier de l’usage de la langue, sur lequel nous sommes souvent interpellés, nous sommes confrontés, avec l’article 2 de la Constitution française, à une importante difficulté juridique. Pour ce qui est de l’organisation du Pays Basque, il y a ici le “pays” Pays Basque dont on constate que c’est une structure qui fonctionne très bien. Sur la collectivité territoriale, beaucoup d’élus y sont favorables, mais les contours sont flous pour l’instant.

Est-il vrai que la coopération transfrontalière fonctionne moins bien ici que dans d’autres endroits d’Europe ?

Non, le transfrontalier fonctionne bien. Il y a ici des structures de coopération fortes comme par exemple l’eurorégion Aquitaine-Euskadi, ou les relations entre le Département et la Diputación de Gipuzkoa. L’Etat lui-même fait partie de la conférence Atlantique Transpyrénées avec la Communauté autonome basque, la Région, etc., où sont traités des sujets pour lesquels ici les compétences sont de l’Etat alors qu’en Pays Basque espagnol, ces compétences sont détenues par les diputaciones ou les communes. En revanche, il nous appartient de veiller à ce que ces coopérations ne soient pas utilisées à des fins politiques comme des leviers pour effacer les frontières.

Qu’ajouteriez-vous ?

Avant tout, je dirais que partir du Pays Basque est un déchirement et que j’ai été très heureux de vivre ici. J’ai noué beaucoup de contacts en Pays Basque intérieur et je me suis pris de passion pour la pelote. Par ailleurs, je voudrais ajouter que mon action a aussi été d’accompagner les élus au quotidien, que ce soit sur des dossiers d’urbanisme ou de développement économique. Dans ce cadre, j’ai travaillé avec tous les élus, qu’ils soient de droite, de gauche ou abertzale, à partir du moment où ils appartiennent à des formations qui condamnent la violence. C’est une autre spécificité : il y a ici des élus régionalistes et je les ai accompagnés comme tous les élus de la République.


Giuliano CAVATERRA

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