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Culture

Les musiques actuelles sur le chemin de la coopération

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12/10/2012

Les musiques actuelles ? Entendez par là les musiques “d’aujourd’hui”, les musiques “populaires”, les musiques “jeunes”, les musiques “amplifiées”. Toutes se retrouvent sous ce terme générique de musiques actuelles, un terme retenu par le ministère de la Culture de l’Etat français en 1998 alors que Mme Trautmann mettait en place la Commission nationale des musiques actuelles. Aujourd’hui, l’étape de la reconnaissance franchie, les projets croissent, les initiatives affluent autour d’un secteur en perpétuel mouvement.

Les principaux acteurs du territoire se sont réunis la semaine dernière à l’occasion d’une conférence transfrontalière, à Hendaye. Le Conseil régional, le Conseil général, la Communauté de communes, le gouvernement de la Communauté autonome basque (CAB), l’institut Etxepare, l’Institut culturel basque, le Rama, la ville de Hendaye, mais également des structures et associations, parmi lesquels l’Atabal, EHZ, Kafe Antzokia, Kultura Live, la Rock School Barbey, La Locomotive, Iparraldeko Prod… Autant d’acteurs institutionnels comme de terrain ayant répondu présent à l’invitation de l’association gasteizar Araña del Rock et de la salle de concerts Helldorado.

Au programme : la question du transfrontalier. Comment mutualiser les compétences entre les territoires d’Aquitaine et de la CAB ? Comment développer la circulation des groupes ? De quelle manière valoriser les compétences de chacun, notamment en période de crise ? Autant de préoccupations auxquelles les différents intervenants proposent une première amorce. Mais avant tout, et voilà l’un des autres objectifs de cette journée, l’émergence d’un tout nouveau collectif Aquitaine Euskadi Musik Konexion, AEMK, et la signature officielle de la charte par ses membres fondateurs. Une charte qui déterminera les conditions générales d’adhésion au réseau et les critères requis des structures membres.

Naissance d’AEMK

Le collectif AEMK, c’est un projet mené de front par l’association Araña del Rock, la salle Helldorado à Gasteiz, en partenariat avec la Rock School Barbey de Bordeaux et Iparraldeko Prod de Hendaye. Un projet mené à bras-le-corps par Charlotte Arnaud d’Araña del Rock. Paloise installée à Gasteiz, elle fait du transfrontalier son cheval de bataille et entend bien développer une coopération pérenne : “Les musiques actuelles et ses artistes doivent circuler. Nous devons favoriser ces échanges, réfléchir ensemble aux problématiques que nous pouvons rencontrer et pour cela, mutualiser nos compétences.”

Parmi les quatre membres fondateurs, la Rock School Barbey. Eric Roux, son directeur, revient sur la nécessité d’une telle coopération : “Il y a quelques années, les échanges étaient fluides. Cette porosité quasi disparue est en train de revivre. L’histoire de nos musiques n’a existé qu’à partir du moment où nous avons décidé de rencontrer les politiques publiques. C’est à partir de ce moment-là, en tout cas pour l’Etat français, que des salles se sont construites et professionnalisées, qu’une scène émergente est née. Il faut en profiter. Le collectif AEMK ne comprend aujourd’hui que quatre structures, mais il est appelé à se développer et à s’ouvrir à d’autres.”

Face à la crise

Les musiques actuelles, un secteur culturel qui n’est pas épargné par la crise. Celle-ci n’est pas vécue de la même manière dans l’Etat français et dans l’Etat espagnol. Devant une difficile institutionnalisation, et comme l’évoque Frédéric Vilcoq du Conseil régional, les musiques actuelles se voient aujourd’hui moins affectées que d’autres secteurs culturels (cf. encadré). Une réalité différente dans l’Etat espagnol et dans la CAB, avec la situation économique actuelle et un secteur culturel pleinement touché. “Ces réalités plus ou moins opposées justifient aujourd’hui notre présence à tous ici”, insiste Joxean Rodríguez, de Kultura Live.

Actions et développement

De cette première journée de concertation initiée par AEMK, des projets en gestation, des grandes lignes directrices sont ressortis. Dans une volonté de coordonner les initiatives, différents acteurs sont revenus sur la notion de cluster. Parce que la culture est une entreprise, les musiques actuelles en tant qu’écosystème à part entière doivent dépasser le cap des simples dispositifs pour entrer dans l’économie créative. Autre point soulevé pour une coopération transfrontalière, l’importance de l’enseignement, de la transmission, une passerelle parfois lésée au profit d’une diffusion simple. D’ores et déjà, et sur le tout nouveau site Internet musikonexion.com, des liens sont établis, notamment avec le réseau de salles privées Kultura Live.

 

Enjeux et préocupations vus par les différents acteurs

Frédéric Vilcoq, Conseil régional (CR) Aquitaine, conseiller culture, économie créative et TIC. A propos des subventions : “Les musiques actuelles, et c’est principalement le cas en France, sont les grandes oubliées du financement du ministère de la Culture, des collectivités territoriales. On considérait que nos musiques étaient dans le champ commercial, qu’elles pouvaient vivre seules, et n’avaient pas besoin de fonds publics, alors les collectivités publiques avaient, elles, tendance à se concentrer sur les ‘arts majeurs’. La France fait encore cette séparation. Le théâtre, la danse, la musique classique, devaient bénéficier des soutiens publics et nous, nous étions censés voguer seuls, sans le champ institutionnel. Le CR part du principe que les musiques actuelles constituent une véritable filière, avec à la fois le spectacle vivant et une industrie du disque. Nous devons entrer dans une étape plus dynamique qui soit la construction d’un cluster, d’une grappe. En tout cas, d’un environnement créatif suffisamment puissant pour que nous ne soyons pas uniquement dans le domaine de la culture, mais au-delà. Que cela soit dans le champ de l’innovation sociale, de l’économie, de la coopération transfrontalière, de l’innovation et de la recherche… Car nos musiques créent de la valeur ajoutée. Il n’y a pas d’un côté les musiques classiques dites savantes et les musiques actuelles qui seraient populaires et moins savantes. On est aujourd’hui en capacité de faire fructifier tout ça. Avec ce cluster, il y a une volonté de travailler avec le champ du livre et de l’édition indépendante, un cinéma de recherche et d’auteur. Dans l’Etat français, on a pour l’instant réussi à sauver ces salles indépendantes. Dans l’Etat espagnol, la question de la hausse des taxes a provoqué la hausse des disparitions de salles. Pour cela, on a besoin de travailler à la préservation de ces lieux et de s’appuyer sur des têtes de réseaux, des deux côtés. Dans cette période de crise, les fonds publics deviennent de plus en plus rares, de plus en plus difficiles, et seuls des réseaux de professionnels réfléchissent sur l’ensemble de la filière. C’est à cet endroit que l’on trouvera des solutions ensemble. Les champs des musiques classiques, du théâtre, éloignés de ces questions depuis très longtemps, sont en train de s’embourber dans cette période de crise. Ils ne comprennent plus que les fonds publics qui disparaissent les mettent en danger. Ils étaient dans une habitude où il était naturel pour les grands théâtres et autres salles de spectacles que les fonds publics tombent tous les ans. Cette période de crise les fragilise car ils n’ont pas réfléchi suffisamment longtemps à des sorties. C’est la grande différence avec le secteur des musiques actuelles. Comme vous avez été habitués à manquer de fonds publics, vous êtes aujourd’hui les mieux armés pour affronter cette crise économique.”


Joxean Rodríguez, coordinateur de Kultura Live. A propos de la crise de l’industrie culturelle : “Nous souffrons aujourd’hui d’une hausse de la TVA qui est passée à 21 %. En tant qu’entreprise regroupant 22 salles de concerts en Euskadi, nous luttons au quotidien, en gardant toujours en tête le ‘No pasarán’. Aujourd’hui, l’une de nos grandes préoccupations est le changement du public, la mutation des habitudes culturelles, une génération des nouveaux publics. Alors comment faire aujourd’hui pour que nos salles restent pleines, avec des bons artistes ? Comment attirer un public en cette période ? Nous sommes dans la culture d’action, de réflexion. Avec AEMK, nous voulons apprendre de vous et générer ensemble un certain nombre d’actions.”


Florent Teulé, directeur du Rama (Réseau aquitain des musiques actuelles). A propos de l’enseignement : “Il faut que l’on arrive à penser ce qui est de l’ordre de l’immédiat. On a besoin d’actions concrètes, sur le court terme. La question de la transmission, de l’enseignement, de la circulation des élèves comme des enseignants, le partage de la pédagogie est un autre des sujets dont on devrait s’emparer. On trouve des ‘rock schools’ en Aquitaine, en Euskadi. Ce chantier de la transmission est majeur. En effet, l’enseignement est un élément de reconnaissance par les publics. On va voir un concert facilement, certes, mais apprendre à jouer d’un instrument s’inscrit profondément dans l’individu. Ce doit être un élément fort de notre coopération et le respect du monde musical viendra de cette pratique culturelle.”


Eric Roux, directeur de la Rock School Barbey. A propos du public : “Le secteur des musiques actuelles n’a jamais été aussi fort. On assiste à un effet transgénérationnel. A Bordeaux, il y a 30 ans, il y avait un concert par soir. Aujourd’hui, on en compte 30 par soir. Aujourd’hui, il faut engager les jeunes à pratiquer. Ces musiques se sont transmises de manière orale et collective.”

Cécile VIGNAU

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