Sports - Rugby
Le Bizkaia Gernika à la découverte de l’Europe

12/10/2012
La “Basurde Rugby Taberna” est en effervescence. Normal, le lieu où tous les amoureux du rugby se rejoignent avant et après les matchs du Bizkaia Gernika RT vit une semaine historique. Les Sangliers (l’autre nom des rugbymen de Gernika, “basurde” en basque) s’apprêtent à faire leur entrée dans le Challenge européen sur leur terrain d’Urbieta, demain (16h) contre les Worcester Warriors (“guerriers”) évoluant dans la Premiership anglaise.
L’ERC, l’organisme régissant l’Europe du rugby, attribue chaque année une place à une équipe représentant le Championnat d’Espagne dans l’Amlin Cup, la petite coupe d’Europe en comparaison de la grande H Cup. Cette saison, c’est le Bizkaia Gernika Rugby Taldea qui a été désigné pour jouer la compétition européenne. Ou plutôt qui a accepté de s’y engager.
Européen par défaut
C’est habituellement au champion d’Espagne qu’il incombe de jouer le Challenge européen. Or, Gernika a terminé troisième la saison dernière, derrière le champion, Valladolid, et le vice-champion, Ordizia. Mais quelques semaines après la fin du championnat, Castillans, puis Gipuzkoar, refusent tour à tour d’accepter de participer à ce Challenge européen pour des raisons budgétaires. “Nous avons vu qu’il y avait une opportunité à saisir. C’est quelque chose d’historique et très important pour le club. On le voit comme une façon d’avancer et de donner une autre envergure au développement du club”, raconte Marcos Larrauri, manageur du club bizkaitar.
Gernika se lance donc dans l’aventure européenne, sûr de pouvoir rassembler les forces suffisantes. Mais les Sangliers ne partent pas à l’aveuglette car le rugby au pied du chêne est loin d’être un sport mineur, comme l’indique Marcos Laurrari : “Nous avons plus de supporteurs que le football. Nous sommes le club qui attire le plus de public pour des matchs de rugby. Il y a de l’espace ici pour le rugby. Notre public et les socios augmentent, les joueurs et l’équipe progressent. Tout cet entrain vient de Gernika et des alentours. Nous avons toujours un minimum de 400 spectateurs qui viennent voir les matchs.” Nul doute que pour la venue des Worcester Warriors, le petit stade d’Urbieta fera le plein avec un peu plus de 2000 personnes. Le soutien populaire est une chose, mais il n’aide que pour une partie à combler les caisses et boucler un budget. Pour le reste, il y a les partenaires.
Optimisme
Et en tant de crise, plutôt difficile d’en attirer. Le discours du manageur de Gernika à ce sujet est loin du pessimisme ambiant : “Oui, on peut avoir plus de budget. La seule chose est de développer la Liga pour qu’elle soit toujours plus attractive pour que des partenaires, des entreprises, rejoignent le rugby. Toutes les entreprises ne sont pas en crise. [Très optimiste] Si tout avait été en crise, on se serait entre-tués depuis un moment, non ?”
Optimiste ? Sans aucun doute. Mais la réalité est que le Bizkaia Gernika a réussi à monter un budget de 500 000 euros. Une goutte d’eau à côté des 17 millions de budget d’un club comme Bayonne, également engagé dans le Challenge européen. Suffisant pour permettre au Bizkaia Gernika de réaliser son rêve européen. Jouer cette compétition européenne obligeait l’arrivée de quelques renforts.
Gernika fut le club du championnat espagnol le plus actif sur le marché des transferts à l’intersaison. Dix recrues au total, dont le demi d’ouverture irlandais venu du Munster, Declan Cusack, et deux Samoans en provenance du championnat australien, le centre Winston Wilson et le troisième ligne Afaesetiti Amosa. “Ils sont payés” pour jouer au rugby et aider aussi le club. “Ils travaillent avec les écoles et entraînent les catégories inférieures”, précise le manageur bizkaitar.
Filière argentine
Mais la plus forte colonie vient d’Argentine. Le Bizkaia Gernika RT compte dix Argentins sur un effectif de 33 joueurs. Il y a une explication culturelle et une explication sportive à cela. La première tient à ce programme lancé en 2004 par le Gernika RT et qui a consisté à ouvrir les portes du club aux Basques de la diaspora au moyen du rugby. L’Argentine, grand pays de rugby où se trouve le plus grand nombre d’euskal etxea (centres culturels basques) fut donc le lieu de tournées de promotions du manageur Marcos Laurrari et de l’entraîneur argentin de Gernika Jorge Giménez.
Sportivement, les rugbymen argentins ont depuis longtemps démontré la qualité de leur formation. “Evidemment que le niveau du rugby argentin est plus élevé”, juge Marcos Larrauri. “Le joueur argentin est très compétitif et possède un niveau très intéressant. Pas seulement pour des équipes comme la nôtre, mais pour les autres aussi. Il suffit de regarder le nombre d’Argentins qu’il y a en France. Ils sont très complets. Ils ont une bonne formation de base, que ce soit pour la technique comme pour la condition physique.”
Si les joueurs ne sont pas totalement professionnels, le fonctionnement de l’équipe s’en approche avec par semaine quatre entraînements collectifs plus deux cessions d’entraînement physique en salle. Tous ces efforts n’ont pas tardé à payer en terme de résultat. Dans la division de “Honor”, Gernika est invaincu après cinq rencontres, avec au passage une victoire 34-16 sur le terrain du vice-champion, Ordizia. Suffisant pour apporter des garanties avant d’aborder la compétition européenne autrement plus relevée avec, outre Worcester, les Catalans de Perpignan et les Italiens de Calvisano comme adversaires dans cette poule 2.
Aucun joueur du niveau Top 14
Difficile à dire pour une équipe dont “aucun joueur ne pourrait jouer dans le Top 14” français, affirme Marcos Laurrari, avant de préciser que “quelques-uns ont le niveau de la Pro D2”. Les plus pessimistes prédisent quelques corrections mémorables aux Bizkaitar. Peu importe pour ces Sangliers qui croient en leurs valeurs. “En aucun cas nous n’avons peur”, avertit Marcos Laurrari. “Nous avons seulement beaucoup de respect pour Worcester, Perpignan et Rovigo. Le même que nous avons pour une équipe du Championnat d’Espagne. Nous allons jouer de la même façon que nous jouons tout le temps. Défendre avec dignité l’honneur du club et réaliser la meilleure performance possible. L’objectif est de grandir en tant que club. C’est une étape importante. Socialement, c’est quelque chose qui peut influer positivement pour que l’on parle plus de rugby ici. Que les médias viennent un peu plus.” Et en terme de résultats ? “Nous ne pensons pas que nous allons perdre tous les matchs. Les Italiens doivent se méfier de nous”, répond le manageur de Gernika.
“Nous n’avons pas fait de préparation spéciale pour le Challenge européen”, poursuit le manageur. “Nous nous sommes entraînés pour être en constante progression et avoir le rendement maximum dans le Championnat d’Espagne. Si cela nous permet d’avoir aussi un bon rendement en Amlin Cup, alors ce sera encore mieux. Si la Amlin ne nous laisse pas trop de séquelles physiquement, on espère continuer sur ce chemin en championnat”… Pour remporter un titre et jouer à nouveau l’an prochain ce Challenge européen.
Bizkaia Gernika Rugby Taldea - saison 2012-2013
Président : José Alberto Pradera. Manageur : Marcos Larrauri. Entraîneur : Jorge Chancha Giménez (ARG).
Stade : Urbieta (2 000 places) Gernika Lumo. Couleurs : vert et noir. Budget : 500 000 euros.
Effectif (en italique les recrues 2012)
Première ligne : Unai Lasa (1,77 m 102 kg - 21 ans - EUS), Fernando Iraizoz (1,84 m 114 kg - 28 ans - ARG), Michael Dias (1,84 m 115 kg - 24 ans - AFS), Iker Monje (1,72 m 107 kg - 22 ans - EUS), Svein Atxikallende (1,70 m 87 kg - 20 ans - EUS), Iñigo Urrutia (1,85 m 115 kg - 33 ans - EUS).
Deuxième ligne : Oscar Astarloa (1,91 m 103 kg - 38 ans - EUS - entraîneur adjoint), Gregorio Zabaloy (1,95 m 104 kg - 29 ans - ARG), Santiago Duran (1,96 m 115 kg - 33 ans - ARG), Eneko Zabala (1,82 m 99 kg - 19 ans - EUS).
Troisième ligne : Iker Lopategi (1,80 m 95 kg - 32 ans - EUS), Jon Bilbao (1,80 m 92 kg - 19 ans - EUS), Jon Magunazelaia (1,84 m 96 kg - 25 ans - EUS), Nikola Bilbao (1,81 m 103 kg - 32 ans - EUS), David Hernández (1,86 m 98 kg - 35 ans - EUS), Afaesetiti Amosa (1,87 m 112 kg - 21 ans - SAM).
Demi de mêlée : Igor Mirones (1,75 m 85 kg - 34 ans - EUS), Andoni Oreja (1,71 m 76 kg - 26 ans - ARG), Asier del Bosque (1,69 m 80 kg - 21 ans - EUS).
Demi d’ouverture : Declan Cusack (1,84 m 97 kg - 24 ans - IRL), Iker Olaeta (1,70 m 85 kg - 22 ans - EUS).
Trois-quarts : Winston Wilson (1,82 m 94 kg - 21 ans - SAM), Jon Urquijo (1,78 m 80 kg - 19 ans - EUS), Federico Mazzochi (1,76 m 92 kg - 22 ans - ARG), Santiago Salas (1,84 m 85 kg - 22 ans - ARG), Carlos García Parrado (1,86 m 96 kg - 27 ans - GAL), Aitor Etxebarria (1,89 m 98 kg - 36 ans - EUS), Alesandro Torres Suar (1,80 m 94 kg - 23 ans - ARG), Nicolas Forestier (1,73 m 93 kg - 23 ans - ARG), Patricio Long (1,70 m 75 kg - 28 ans - ARG), Asier Latorre (1,80 m 98 kg - 31 ans - EUS), Iñigo Olaeta (1,84 m 97 kg - 20 ans - EUS), Lucas Poggi (1,86 m 94 kg - 27 ans - ARG).
Amlin Challenge Cup 2012-2013
Les groupes
Poule 1 : Mont-de-Marsan (FRA), Bordeaux-Bègles (FRA), Gloucester (ENG), London Irish (ENG).
Poule 2 : Rovigo (ITA), Gernika (EUS), Perpignan (FRA), Worcester (ENG).
Poule 3 : London Wasps (ENG), Bayonne (FRA), Newport (WAL), Mogliano (ITA).
Poule 4 : Calvisano (ITA), Bath (ENG), Agen (FRA), Bucarest (ROM).
Poule 5 : Stade Français (FRA), Prato (ITA), London Welsh (WAL), Grenoble (FRA).
La formule
La phase régulière consiste en cinq poules de quatre équipes dont le premier est qualifié pour les quarts de finale. Les trois équipes classées troisième, quatrième et cinquième meilleures secondes des poules du tournoi de la H Cup compléteront ce tableau des quarts de finale. Quatre points pour une victoire, deux points pour un match nul. Un point de bonus aux équipes ayant marqué quatre essais ou plus et aux équipes ayant perdu par sept points ou moins.
Le calendrier
Saison régulière : du 11 octobre au 20 janvier 2013. Quarts de finale : 4 au 7 avril 2013. Demi-finales : 26 au 28 avril 2013. Finale : 17 mai 2013 à Dublin (RDS Stadium).
Marc DUFRECHE







