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Sujet à la une

« Avec le temps, ils demanderont aussi à Madrid de faire des efforts »

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10/10/2012

Entretien avec Antxon LAFONT / Entrepreneur

Ancien directeur général de la CCI de Bayonne et ancien président du Conseil Economique et social d’Euskadi, Antxon Lafont apporte son regard sur la situation politique à quelques jours des élections à la Communauté autonome basque (CAB). Il a répondu aux questions du journaliste du quotidien Gara.

En Catalogne, on observe l’éruption d’un indépendantisme nouveau, essentiellement économique… Pensez-vous que ce phénomène pourrait apparaître au Pays Basque, en commençant par le 21 octobre ?

Plus que d’indépendance, je préfère parler de souveraineté. Je me souviens qu’à une époque l’Etat français avait accolé le terme “l’indépendance dans l’interdépendance” au Maroc… Et ça, ça ne compte pas. Si nous regardons les Espagnols, il est clair que pour eux il n’est pas question de cela ; et si nous regardons le parti qui dit être hégémonique au Pays Basque [sud], non plus. Le samedi avant les élections, il dira qu’il est en faveur de l’indépendance et pour un nouveau modèle, mais le lundi, il dira qu’il faut y aller progressivement. C’est là que commence la non-indépendance. C’est pourquoi je préfère parler de souveraineté, car on est souverain ou on ne l’est pas. Dans ce cas, on ne peut pas proposer une souveraineté basco-espagnole ; au final, il s’agit de souveraineté espagnole et rien d’autre, car le rapport de force est plus avantageux pour l’Espagne. Soyons souverains et ensuite nous irons discuter à Madrid d’égal à égal.

Quelle sera la prochaine étape quand Madrid dira non ?

L’Europe. Si vous obtenez la majorité, les pays européens seront finalement de votre côté. Ils ne souhaitent pas de conflit. C’est pour cela que les Espagnols répètent tellement que “l’Europe ne va jamais l’accepter”. L’Europe soutiendrait la souveraineté, dans la mesure où elle serait évolutive… C’est la raison pour laquelle en Catalogne, ils sont en train de construire cette majorité. A partir de là, d’accord pour collaborer avec l’Espagne et la France, mais d’égal à égal.

Le contexte mondial est en notre faveur. A l’extérieur, ils souhaitent de la tranquillité. Ils savent, ici, qui a travaillé et qui ne l’a pas fait, et avec le temps ils demanderont aussi à Madrid de faire des efforts. L’exemple est la sentence du Tribunal de Strasbourg sur la “Doctrine Parot”; il ne faut pas oublier qu’un an avant, cette instance n’était pas du tout favorable à l’indépendantisme. Et si cette sentence n’est pas appliquée, on va le faire payer à l’Espagne. Et si l’Europe agit ainsi, les Etas Unis les suivront. Laissons passer le temps.

Et le problème de la territorialité…

Il est clair qu’il y a trois options pour un référendum : la CAV seule, avec la Navarre ou avec la Navarre et le Pays Basque nord. Je crois que les deux dernières ne sont pas actuellement plausibles, il faudrait l’envisager dans quelques années et la troisième encore plus tard. En plus, on court le risque qu’on nous dise : “d’accord, mais on fait le référendum sur tout le territoire”. A ce moment-là, sommes-nous sûrs de gagner ? Commençons là où nous sommes sûrs de gagner.

A vous écouter, on dirait que c’est facile…

Je le vois faisable. Notre problème est que l’Etat espagnol n’est pas un pays civilisé, pas seulement à cause du franquisme qui est encore présent, mais à cause de son histoire antérieure. Ils sont habitués à dire non à tout, sans explication, mêmes les partis que l’on pourrait qualifier de démocrates.

L’attitude du parti qui se dit hégémonique ici a un peu de ça : je me souviens qu’il défendait le port extérieur de Pasaia argumentant simplement qu’il avait promis que “le projet se ferait”. Et bien sûr, Bildu apparaît et l’autre parti l’accuse de ne rien faire, alors que la réalité est qu’il ne fait pas ce qu’il voulait. Ce n’est pas pareil.

Bildu a eu l’intelligence de dire “je vais prendre chaque dossier et je vais l’étudier”, et à partir de là fixer les priorités. […]

Toutefois, Bildu a aussi commis quelques erreurs, par exemple, celle de ne pas avoir de plan anticrise qui vaille dans le contexte actuel. Je crois qu’on ne peut pas le dire ainsi et qu’il faut leur demander “quels sont vos plans”. Ils n’en ont pas ! Autre chose : avons-nous pensé aux conséquences de l’adhésion officielle de Juan Jose Ibarretxe [ancien Lehendakari (PNV), ndlr.] aux valeurs progressistes basques actuelles ? Ibarretxe avait été à Madrid s’affronter à eux, il est un des rares à avoir fait ce qu’il disait (Carlos Garaikoetxea aussi). Quels seraient alors les résultats ? Ce n’est peut-être qu’une question de temps…

Revenons à la souveraineté. Pour l’obtenir, a-t-on besoin forcément d’une alliance interclassiste ? Est-ce possible ? Les entrepreneurs basques sont-ils plus indépendantistes qu’avant ?

Oui. L’entrepreneur ne veut pas de réaction brusque. Mais lorsqu’il voit que le client “Espagne” ne va pas le payer… Il sera intéressant de voir ce que décidera l’entrepreneur catalan. Les Basques, nous avons surtout été un modèle de résistance, mais maintenant, je crois que la Catalogne est la référence. Son patronat est de ceux pour qui “un sou est un sou”, le Basque est plus romantique. Donc, si le Catalan s’engage, le Basque aussi le fera.

Un an est passé depuis la fin de la lutte armée. Qu’est-ce qui a changé et qu’est-ce qui va changer ?

Cela concerne 50 ans ; nous ne pouvons pas mesurer l’effet à court terme. J’observe l’Irlande. J’y étais en plein conflit, à Belfast, à Derry… c’était effroyable. Sans vouloir offenser personne, en comparaison, ici c’était Walt Disney. Je me souviens que le lendemain des Accords de Stormont on y avait été […]. On s’était rendu dans une petite localité et la scène était terrible. […] Aujourd’hui, ils ont leurs problèmes mais on a vu, il y a quelque temps, la reine d’Angleterre et le commandant de l’IRA se donner la main. Cette image est impressionnante.

Il est clair que la politique armée doit laisser sa place à la politique civile et que personne ne doit pouvoir dire dans quelque temps “vous voyez, j’avais dit qu’ils ne tiendraient pas parole”. Il faut simplement laisser du temps au temps. C’est sûr, avant Stormont les Irlandais avaient eu la déclaration de Downing Street, où un Premier ministre britannique de droite avait accepté que l’avenir des Irlandais dépendait des Irlandais eux-mêmes. Ici, on n’y est pas et on en a besoin. Cette déclaration est beaucoup plus importante qu’un développement du statut, parce que le “ministre Wert” de service fini par arriver et plus rien ne vaut…

Ramon SOLA

(Traduit par la rédaction)

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