L'opinion - Tribune Libre
Institutionnalisation de notre pays
06/10/2012
Miguel TORRE / Militant de Batasuna
Nombreux ont été, ces quatre dernières décennies, les projets (très bien définis, argumentés, chiffrés), propositions de loi, prises de position, engagements politiques autour de ces vieilles et éternelles revendications institutionnelles dont le Pays Basque a besoin pour être et – parce qu’il est – s’organiser comme il l’entend. Ces revendications récurrentes n’ont pas été l’apanage exclusif des abertzale, loin s’en faut (proposition de Mitterrand en 1981…).
Nous n’allons pas lancer de confettis, mais il n’empêche que l’étape que nous abordons est à plusieurs titres novatrice et chargée d’un certain espoir, à défaut de l’être d’un espoir certain.
L’un des atouts de cette étape est le débat sur la réorganisation territoriale de la France dans le cadre des états généraux de la démocratie territoriale, dont l’aboutissement serait la rédaction d’une loi sur la décentralisation. Qu’un volet spécifique “Pays Basque” figure dans cette loi serait moins historique que son absence : cette absence serait une erreur historique.
Le deuxième atout est l’évolution d’un large spectre de la classe politique du Pays, diverse mais très consensuelle sur le sujet, dont une grande majorité patronne ou soutient la création d’une collectivité territoriale spécifique basque. Elle ne se fait en cela que le pendant de la société civile, largement demanderesse d’une institution propre. Les travaux du Conseil de développement et du Conseil des élus, aux sensibilités différentes, ont été déterminants dans cet accord consensuel.
Les couacs que certains membres du PS local ont croassé sont les relents d’un jacobinisme suranné et historique, dont les actuels avatars sont l’espilondisme et le labazéisme ; ils confondent toujours unité et unicité, égalité et différence.
Le troisième phénomène, et il n’est pas trivial, est le consensus des partis abertzale sur le minimum vital à partager avec les autres sensibilités politiques non abertzale pour demander la création d’une collectivité territoriale à statut particulier. Les partis abertzale ne se délestent pas pour autant de leurs buts politiques ultimes, la reconnaissance de la nation basque, voire l’indépendance.
Ce palier minimal a comme prémisses : un territoire basque, ni plus (pas d’annexion) ni moins (pas de cession) ; une reconnaissance institutionnelle avec des compétences qui vont au-delà de celles d’un département (notamment en ce qui concerne la fiscalité, le développement de la langue et de la culture basques, les relations transfrontalières) ; un pouvoir de décision propre à ses habitants parce que cette structure ne peut être figée et fixée à jamais, mais évolutive selon leurs desiderata.
La quatrième occasion, et elle est nouvelle, est celle d’une résolution du conflit que les Basques maintiennent avec les pouvoirs français et espagnol : le nouveau scénario sans armes et la grande montée en puissance de la gauche abertzale en Hegoalde, les assourdissantes voix indépendantistes catalanes font penser à l’émergence d’une nouvelle donne politique. L’accueil positif à Paris de la demande territoriale basque pourrait avoir un poids déterminant dans le processus de paix que nous vivons.
Aussi, je souhaite bon vent à ceux qui vont porter notre demande, celle de dizaines de milliers d’habitants de notre pays, à Paris : mais en vieux limier de la politique et quelque peu méfiant des lendemains qui chantent, je vous conseille : appelez-nous, faites-nous descendre dans la rue, nous mobiliser, inventer des actions constantes et percutantes. Parce que rien ne nous sera donné, tout sera acquis. Par notre force. Notre force sera la vôtre.
Notre Pays Basque a besoin d’un statut maintenant, tout de suite.







