Pays Basque
«L’industrie de la glisse ne s’en sort pas si mal»

04/10/2012
Pierre MAILHARIN
Entretien avec Christophe SEILLER / Directeur de l’Eurosima Cluster Glisse
L’industrie de la glisse Pays Basque Sud Landes n’a pas produit de combinaison étanche à la crise. Dans la tempête économique mondiale, elle dériverait cependant moins que d’autres. Christophe Seiller, directeur de l’Eurosima Cluster Glisse fait le point sur ce secteur d’activité à un tournant de son histoire, comparable au “bottom turn”* du surfeur.
Le pôle d’industrie de la glisse Pays Basque-Sud Landes serait le troisième à l’échelle mondiale. Qu’en est-il dans le détail ?
Trois grands pôles concentrent les entreprises de la filière glisse : un aux Etats-Unis avec la Californie, un en Australie du côté de Torquay, et l’Europe avec l’Aquitaine. La côte basco-landaise regroupe la majorité des entreprises européennes du surf, skateboard et snowboard, nos trois activités phares. 80 % sont basés en Aquitaine. Cela représente 400 entreprises, 3 500 emplois et 1,7 milliard de chiffre d’affaires en 2010.
Qu’entendez-vous par entreprises européennes ?
Les grosses entreprises internationales dont les filiales européennes sont basées ici. Sur l’Aquitaine, nous avons une grande disparité de taille des entreprises, avec des artisans shaper (fabricants de planches de surf) qui sont souvent seuls dans leurs ateliers, des clubs et écoles de surf, des agences de conseil en communication, des agences de production audiovisuelle, des sous-traitants de la sérigraphie textile ou de la sublimation (procédé d’impression), des distributeurs, et donc ces grandes compagnies, qui peuvent être cotées en bourse (Quiksilver, Roxy, DC Shoes, Rip Curl, Billabong, Volcom, O’Neill, Oxbow…).
Quel est le poids de chacun ?
Le gros du chiffre d’affaires est réalisé par les huit, dix majors.
Comment la crise économique affecte-t-elle le secteur ?
Rip Curl, Oxbow, Quiksilver, Billabong : les plus grosses entreprises sont en stand-by avec des propositions de rachat, d’acquisition par des fonds de pension. Je ne peux pas en dire en plus, il faut voir avec elles.
Quelle est la situation plus globalement ?
L’industrie de la glisse subit la crise comme les autres filières. Mais finalement, elle ne s’en sort pas si mal, en étant moins touchée. La filière sport en général, dans laquelle la glisse représente une niche, maintient ses objectifs de croissance entre 2 et 4 %. La situation est délicate, nous avons une stagnation du chiffre d’affaires global. Mais encore une fois, on ne s’en sort pas si mal.
D’où provient la stagnation ?
Du textile, qui connaît des difficultés, comme dans la mode ou le prêt-à-porter. Les produits “textile et chaussures” vendus par la filière glisse représentent 80 % de son chiffre d’affaires. Le reste, ce sont les produits techniques et les accessoires.
Est-ce lié au prix des produits textiles commercialisés ?
Pas du tout. C’est lié à la consommation qui baisse en général. On ne souffre d’ailleurs pas plus que d’autres, on est même plutôt protégés. Je n’ai pas trop peur. Ce sera tendu jusqu’en 2014, mais la filière a ensuite de belles perspectives de développement.
Des entreprises comme Tribord (Décathlon) vous concurrencent-elles ?
Tribord ne fait pas partie d’Eurosima (voir ci-dessous), car il ne remplit pas les critères. Il s’agit de nautisme. L’entreprise a sa place sur le marché, avec des produits qui sont destinés au démarrage de la pratique. Ce n’est pas notre concurrent numéro un. Aujourd’hui, ce sont plus les magasins de modes, Zara, H&M…
Le secteur semble à un tournant stratégique. Comment tente-t-il de se relancer ?
Par un resserrement des entreprises sur leurs valeurs historiques. Parallèlement à cette tension économique, il n’y a jamais eu autant de monde à l’eau. Les clubs et écoles ont très très bien marché cette année : 500 000 cours ont été dispensés en un an. C’est la première fois qu’ils fonctionnent avec des listes d’attente. Les entreprises se recentrent donc sur la pratique plutôt que sur le textile, la mode ou les accessoires. Par exemple, Rip Curl travaille sur les combinaisons néoprènes, les board-short ou les planches.
L’économie de la glisse court-elle le risque de délocalisation ?
Je dirais que non. On n’a pas ce risque. Il y a des gros groupes qui pour des raisons fiscales ont leur siège en Suisse ou ailleurs, mais c’est très peu. Toute la filière est basée sur un style de vie, qui a depuis toujours été véhiculé par les salariés. Ici, entre mer et montagne, ils peuvent pratiquer. ça serait pour elles une erreur stratégique de partir.
*Virage en bas de vague qui permet de reprendre de la vitesse sans être pris dans le déferlement de la vague.
Cluster Glisse et Espace d’accueil Entreprises : la filiere s’organise
L’industrie de la glisse Pays Basque-Sud Landes s’organise depuis la fin des années 1990. “L’Eurosima, fédération professionnelle des entreprises de la glisse européenne, a été créée en 1999, sur le modèle du Sima lancé aux Etats-Unis en 1989”, retrace Christophe Seiller, directeur du Cluster Glisse. Objectif de la démarche : peser sur les négociations commerciales, notamment celles d’espaces sur des salons professionnels.
A partir de 2005, sur la volonté de la CCI Pays Basque, du Conseil général et de la Région, la filière va plus loin dans sa structuration, avec la constitution d’un cluster – regroupement d’acteurs contribuant au développement économique d’un territoire et d’un secteur – le Cluster Glisse. Il s’agit notamment de mettre en relation les entreprises et les collectivités locales pour le cofinancement de projets innovants.
Quatre collèges d’acteurs le composent : les entreprises, les collectivités, un centre de formation et les laboratoires de recherche. “Les entreprises proposent des projets au sein du cluster qui peuvent être cofinancés par les collectivités ou accompagnées par le centre de formation et les laboratoires de recherche”, détaille M. Seiller. En 2008, Eurosima et le Cluster Glisse fusionnent pour devenir Eurosima Cluster Glisse. Plusieurs projets ont été enclenchés depuis, comme la mise en place d’une démarche environnementale dans les entreprises (Ecoride), le lancement d’une plate-forme emploi formation ou encore un projet de revalorisation du néoprène pour le recyclage des combinaisons.
Dernière avancée : la construction d’un centre de service glisse, incubateur, pépinière et hôtel d’entreprises, inauguré le 25 septembre à Anglet, Olatu Leku : “Il s’agit d’un équipement spécifique à la filière glisse, incroyable”, s’enthousiasme M. Seiller. “Il y a énormément de ressources pour les petites entreprises : salle de réunion, reprographie…”







