Sports - Rugby
«Lui, c’est le tonnerre, moi, c’est l’éclair»

29/09/2012
Marc DUFRECHE
“Lui, c’est le tonnerre, moi, c’est l’éclair.” L’image est de Tagudzwa Ngwenya (27 ans - 1,77 m et 89 kg) et peint avec justesse l’une des forces actuelles du Biarritz Olympique. Avec l’arrivée du Gallois Aled Brew (26 ans - 1,83 m et 95 kg) et le toujours vif Ngwenya, les Biarrots sont effectivement dotés de beaux atouts pour jouer les extérieurs. A la veille d’un derby que l’on annonce fait de combat et encore de combat, les deux flèches noires ne devraient pas avoir de nombreuses occasions de briller. Quoique…
Depuis le début de saison, le stade Aguilera de Biarritz s’est entiché d’un autre ailier. Le supersonique Ngwenya vit dans l’ombre de la recrue Aled Brew dont les performances ont ravi du côté d’Aguilera. “Aled est un joueur exceptionnel. En début de saison, je pensais déjà que ça serait notre recrue de l’année”, avance Jack Isaac. “Il a un bon bagage technique, il est costaud au contact, il a des appuis, il est actif, il sent et anticipe le jeu. C’est un joueur très intéressant”, développe l’entraîneur des trois quarts biarrot. “En ce moment, il nous surprend et je crois qu’il peut être le meilleur du championnat à l’aile. Il a des qualités énormes, il est costaud, il va presque aussi vite que moi. Si j’étais aussi costaud que lui, ça serait beaucoup mieux pour moi”, juge Ngwenya.
L’émulation de la concurrence
Ce dernier ne voit pas Brew comme un concurrent. “J’ai pratiquement joué tous les matchs depuis trois ans. Là, avec Baby qui fait un bon début de saison, on peut tourner, ça fait de la fraîcheur”, explique l’ailier états-unien qui effectivement a pu souffler la semaine dernière lors du déplacement au Racing. Un peu à l’écart, Jack Isaac donne sa vision de la concurrence Brew-Ngwenya. “Je vois que ça l’énerve un petit peu qu’on parle d’un autre ailier que lui dans le club.” Une situation qui n’est pas pour déplaire à l’entraîneur australien : “Tagu aime la compétition. Ça le booste pour qu’il en fasse plus et qu’on parle à nouveau de lui.”
Pour Ngwenya et Brew, ce dimanche, c’est jour de derby sur la côte basque. De la part d’un Etats-Unien et d’un Gallois, on ne serait pas étonné de voir du détachement par rapport à l’importance locale d’une telle confrontation. Mais à l’image de leur rapidité sur le terrain, ils ont très vite revêtu le costume du Biarrot qui n’aime pas le Bayonnais, le tout dans un humour très “british”. “On ne peut pas perdre ce match, c’est impossible. On peut perdre n’importe quel autre match, mais pas celui-là”, lance Ngwenya avant d’envoyer une petite pique : “Bayonne nous prend pour des filles. Ils se croient la meilleure équipe basque. On finit toujours devant eux, mais ils se disent toujours les meilleurs. En plus, si on perd là, il faut attendre presque quatre mois pour se venger. Ce derby, ce n’est pas juste pour l’équipe de Biarritz, c’est pour la ville et les gens.”
Aled a vu Lucien, il sait ce qu’est un derby
Pour Aled Brew, qui a joué au Pays de Galles des derbys Newport-Cardiff dans l’équipe de Newport, ce Biarritz-Bayonne “serait plutôt l’équivalent d’un Pays de Galles-Angleterre, avec personne qui aime les Anglais”. Mais qui donc au Pays Basque dans le rôle de cette perfide Albion ? Pas une seule hésitation chez le Gallois : “l’Angleterre, c’est Bayonne. Nous, on joue en rouge, nous sommes les Gallois”, rigole Brew. Traiter d’anglais un club créé par un Gallois, voilà qui devrait plaire du côté de la Nive.
Qui dit derby dit match serré, âpre, où le combat prédomine et les ailiers sont vite relayés au rôle de spectateur. “Lorsque j’ai regardé le derby de la saison dernière, il n’y avait pas beaucoup de rugby”, sourit l’ailier gallois qui a évidemment vu sur son ordinateur ces images qui ont fait le tour du monde du père d’un joueur de rugby professionnel venu défendre son fils sur la pelouse. “Si le match s’ouvre, moi et Tagu nous pouvons tirer avantage de la situation. Mais dans un match fermé, si on a un seul ballon, on devra tenter notre chance à fond pour marquer”, analyse plus sérieusement Brew.
Match-players
S’ils peuvent marquer ce derby de leur empreinte, Brew et Ngwenya le feront chacun à sa manière. Brew a profité d’une formation classique à l’école du rugby gallois ce qui en fait un joueur doté d’une belle technique et qui comprend et anticipe le jeu.
Ngwenya est passé par le football américain avant de se lancer sur le tard en 2007 dans une carrière de rugbyman professionnel. Il ne possède pas toutes les subtilités du jeu et du placement, mais son instinct, sa vitesse et ses appuis suffisent à faire de lui l’un des meilleurs ailiers au monde. “Aled vient chercher les ballons proches des rucks. Ça peut être un atout ce week-end si le jeu reste fermé”, précise Jack Isaac. “Il comprend très bien le rugby. Il anticipe les choses et ensuite il est capable de trouver une solution.” Et Tagu ? “Donne-lui un peu d’espace, il fait le reste. C’est le mec chez nous qui peut faire basculer un match. Il peut passer 78 minutes sans rien faire, et bam.” Voilà l’Aviron Bayonnais prévenu.
«On ne redoute aucun match»
Entretien avec Serge BLANCO / Président du Biarritz Olympique
A peine contrarié par la relocalisation du match contre Bayonne à Aguilera dimanche en clôture de la 7e journée du Top 14, le président du BO, Serge Blanco, se plaît à répéter qu’il “ne redoute aucun match”, même si “le derby est une chose bien spécifique et bien spéciale”.
Vous avez dû relocaliser le derby. Est-ce une mauvaise surprise ?
Non, en tant que joueur de rugby, il faut savoir s’adapter. Le seul problème, si on peut considérer ça comme un problème, c’est la marge de bénéfice que l’on va faire, c’est tout. Le coût de la location du stade d’Anoeta ? On est en discussion. A Aguilera, le stade va être plein, c’est dommage pour les gens que l’on va refuser. A Anoeta, on aurait été de toute façon à l’équilibre budgétaire, mais ça ne m’intéressait pas d’atteindre les 18 000 spectateurs et de jouer dans un stade à moitié vide. Il y avait aussi un souci d’horaire et de jour. Jusqu’à maintenant, Canal+ n’avait jamais fixé ces horaires-là. C’est nouveau. Jouer un dimanche à 17 heures était malvenu. Mais ça ne me traumatise pas plus que ça et plus que ça ne vaut. C’est un match et on va le jouer chez nous.
Envisagez-vous d’autres délocalisations cette saison ?
Je n’avais prévu que celle-là en championnat, et éventuellement un quart de finale de Coupe d’Europe. Mais ça, ce n’est jamais prévu d’avance dans le budget.
Redoutez-vous le derby contre l’Aviron, mal en point, que vous abordez dans la peau d’un favori ?
Je ne redoute aucun match, je dis bien : aucun match ! Après, le derby est une chose bien spécifique et bien spéciale. Ce que je sais, c’est qu’il n’y a pas de favori dans un derby. Si on arrive en se croyant favori, face à une équipe remontée, ça ne marchera pas.
«Faire preuve de force mentale»
Entretien avec Mark CHISHOLM / Capitaine de l’Aviron Bayonnais
Capitaine de l’Aviron Bayonnais depuis le début de la saison, Mark Chisholm juge que ses coéquipiers devront être en total “contrôle” pour réussir à s’imposer à Aguilera. Une victoire dans ce derby serait une “rencontre sur laquelle” Bayonne “pourrait construire”, selon le deuxième ligne australien.
Que pensez-vous du derby ?
J’ai joué l’an dernier le derby retour à Bayonne et j’ai déjà vu à quel point c’était très important pour tous les joueurs. Le soutien des gens de Bayonne avait été très fort. Nous avions fait un gros match. C’était génial de jouer. Le derby est un gros match pour l’équipe et pour la ville. Il n’y a pas seulement les joueurs qui parlent du derby, il y a aussi les supporteurs, les entraîneurs, tout le monde.
Est-ce que vous prenez ce derby comme une finale ?
En ce moment, pour Bayonne, chaque match est une finale. Mais c’est certainement un match sur lequel il y a une attente un peu plus forte. Le résultat viendra de lui-même si on arrive à mettre en place notre jeu comme on le fait à l’entraînement. En ce moment, on s’entraîne vraiment bien, mais en match, on n’y arrive pas. Une fois qu’on arrivera à jouer ensemble, les résultats parleront d’eux-mêmes.
Quel est le secret pour remporter ce genre de match ?
Il faut être en contrôle de soi. Si on est énervé, on ne peut pas être discipliné. La discipline n’a pas été bonne lors de nos derniers matchs. On prend trois points, trois points et encore trois points, et on perd les matchs.
N’est-ce pas le plus difficile de rester lucide dans l’ambiance d’une telle rencontre ?
Oui, c’est dur de toujours se contrôler, mais il le faut. Il faut faire preuve de force mentale. Le public est fantastique, il pousse. Il y a des moments où tu es porté par ce public et tu oublies de rester dans les plans de jeu au service de l’équipe. J’ai parlé sur ce point au groupe et je vais continuer de le faire pour que ce soit bien compris. Nous devons nous contrôler pour gagner ce match.
Rien à perdre pour l’Aviron dans ce match ?
Nous sommes seulement à la septième journée et c’est une longue saison. Nous n’avons pas ce genre de discours en disant que nous n’avons rien à perdre. Nous avons beaucoup à perdre, principalement pour nous en tant qu’équipe. Si on peut gagner, ce serait super pour les supporteurs bayonnais, mais ce serait super aussi pour nous en tant qu’équipe.
Ce derby peut-il être le tournant de votre saison ?
Oui, si on gagne, c’est une rencontre sur laquelle on pourra construire. Ça peut être un signe pour nous. La performance qui nous permettrait de gagner ce match serait une grande performance. Si on sait que l’on peut le faire, il n’y aura plus de raisons qu’on ne puisse plus le faire semaine après semaine.
Alain Afflelou siffle la fin de la fête à Bayonne
A Bayonne, on connaissait la réaction post-derby comme celle qui avait coûté sa place de manageur à Christian Gajan l’an dernier, après notamment une défaite à Aguilera. Cette fois, c’est avant même la rencontre Biarritz-Bayonne que les Bayonnais font le ménage en interne. Cette fois, ce sont deux joueurs qui trinquent. Le Gallois Mike Phillips et Cédric Heymans ont été suspendus vendredi par le club. “Le comportement extra-sportif de Mike Phillips est mis en cause. Ceci entraînera pour ce dernier d’importantes conséquences financières. D’un point de vue sportif, il est écarté des terrains jusqu’à nouvel ordre”, indique le communiqué de presse du club ajoutant : “Concernant Cédric Heymans, ses propos à l’attention des supporteurs parus jeudi dans le journal Sud Ouest lui valent de quitter le groupe en vue de la préparation du derby de dimanche à Biarritz.” Peu avant son arrivée à Bayonne, le demi de mêlée gallois avait alimenté la chronique faits divers dans son pays à la suite d’une bagarre après une soirée arrosée. Suspendu par sa fédération, il avait été réintégré dans le groupe gallois pour disputer la Coupe du monde. Pour Cédric Heymans, il semble donc que sa dernière sortie dans la presse a été mal accueillie en haut lieu : “Je comprends qu’on nous en demande plus. C’est logique et je l’assume. Après, ce que pensent les supporteurs de mes prestations me passe au-dessus de la tête. Surtout de la part de ceux qui sifflent les joueurs. Il faudrait qu’ils mettent un maillot de temps en temps… Ce qui m’intéresse, c’est le jugement des entraîneurs et de mes équipiers”, avait déclaré cette semaine l’ailier bayonnais. Phillips et Heymans mis à pied, Alain Afflelou a profité de l’occasion pour taper du poing sur la table et sifflet la fin de la fête à Bayonne : “Il n’y aura plus d’exceptions ou d’excuses. Tous les joueurs sont désormais prévenus : le club ne laissera désormais plus passer d’écart de conduite de la part des joueurs au risque de s’exposer à des sanctions plus importantes. Nous disposons suffisamment de jeunes joueurs de qualité au sein du club. Ce n’est pas parce que certains ont un nom qu’ils doivent se sentir protégés et au-dessus du collectif. A travers ces mesures, je tiens également à préserver l’immense majorité des joueurs qui se donnent à fond et qui s’investissent au quotidien pour le bien de leur club. Enfin, il s’agit de respecter les supporteurs qui consentent un investissement particulier pour encourager leur équipe.”
Des places à vendre pour le derby
Le Biarritz Olympique a indiqué vendredi qu’il mettrait à partir de ce samedi un millier de places pesage en vente pour le derby. “Après avoir effectué les échanges et les remboursements de billets entre Anoeta et Aguilera, le BOPB ouvrira une vente publique aux guichets de la tribune Serge-Blanco, porte A, samedi 29 septembre de 10h00 à 13h00 et de 14h00 à 18h00 et dimanche 30 septembre de 10h00 à 13h00”, a précisé le club.







