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Affaire du kalaka : Après le Choc, l’attente Toujours

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22/09/2012

Antton ROUGET

Nous sommes le 24 septembre 2007 à Saint-Jean-Pied-de-Port. Les caméras de télévision campent devant un bar fermé depuis plusieurs heures. Arrivées dans les valises de la SDAT, les grandes chaînes nationales françaises et espagnoles ont leur gros titre pour le prochain “13h”. Le scoop est là. A quelques mètres, à peine. “Le bar Kalaka à Saint-Jean-Pied-de-Port, paisible village touristique du Pays Basque intérieur sert de QG pour une organisation terroriste et le financement d’attentats”. Deux cents gendarmes sont mobilisés depuis les premières heures de la journée, les juges Laurence Levert et Marie-Antoinette Houyvet du parquet antiterroriste de Paris sur le terrain, 15 individus sont
interpellés - “dans le cadre de l’information judiciaire relative à l’attentat perpétré contre le complexe hôtelier d’Alain Ducasse le 11 juin 2006” - à Saint-Jean-Pied-de-Port, Ossès, Esterençuby, etc. Même à l’hôpital de Bayonne où la compagne d’une des personnes visées vient d’accoucher. Le scénario est idéal. En ce jour de marché dans la capitale bas-navarraise débute “l’affaire Kalaka”. La “rafle du Kalaka” diront certains, c’était il y a cinq ans. Déjà.
“Ca a vraiment été un gros choc, un spectacle énorme alors qu’il y avait beaucoup de monde en ce jour de marché.” Muriel Lucantis, militante bas-navarraise du mouvement anti-répressif Askatasuna à l’époque, se souvient de la surprise engendrée par l’opération policière et les moyens mis en œuvre : “Avec ce cordon de CRS devant le Kalaka, les gens croyaient même qu’il y avait le tournage d’un film.” “Nous avons reçu les premiers coups de téléphone à 6h du matin. La liste des interpellations s’allongeait progressivement. Des militants locaux. On ne comprenait pas trop.” Anaiz Funosas, porte-parole d’Askatasuna, raconte elle aussi le climat de confusion pendant les premières heures de l’opération policière. “Combien d’arrestations ? Pour quelles raisons ?”. Et puis, les rumeurs relayées par les médias se diffusent à la vitesse “grand V”. “Des horreurs ont été dites, surtout dans les médias espagnols” s’insurge encore, aujourd’hui, M. Lucantis : “des explosifs ont été trouvés au Kalaka”, “un réseau de kale borroka (“violence urbaine” en langue basque) a été démantelé”. Pendant plusieurs jours, les spéculations vont bon train.
Le Kalaka rouvre ses portes trois jours plus tard. Les caméras sont parties. Joan Bidart, Xabier Susperregi, Cédric Garay, Pantxo Flores et Mixel Barnetche, éparpillés dans les prisons françaises, aussi. Les réfugiés également arrêtés Gorka Betolaza et Urtzi Garcia Montero, sous le coup d’un mandat d’arrêt européen, ne tarderont pas eux à rejoindre les geôles espagnoles. Les neuf autres personnes sont relâchées. Sans charges. Après la stupeur, la confusion, l’heure est dorénavant à la mobilisation. “C’était vraiment hallucinant”, M. Lucantis parle des dizaines de réunions publiques dans les villages de Basse-navarre auxquelles participaient à chaque fois “près de 300 personnes” : “des notables, des élus, des commerçants.” “Tout le monde a pris la mesure des conséquences des lois antiterroristes” explique la militante : l’opération policière a agi comme un électrochoc. 1 500 personnes se réunissent le samedi 29 septembre 2007 pour dénoncer les incarcérations. Le mouvement Askatasuna dénonce depuis le début un “montage policier pour criminaliser un lieu de vie et des militants”. “Pendant l’opération policière, au fur et à mesure que les gens sortaient de garde à vue au compte-gouttes, qu’ils nous racontaient les interrogatoires, on a bien vu que tout cela était faux. Ca ne tenait pas debout” revient M. Lucantis.
“Eux-mêmes savent très bien qu’ils n’ont rien du tout” explique un des mis en cause mais, ajoute-t-il, “ils nous ont quand même trimbalés de prison en prison pendant une année.” “Sans la moindre visite de nos proches pendant les premiers mois. Sans aucun contact avec le collectif des prisonniers politiques basques.” Une épreuve dure. Très dure. Joan Bidart tentera de mettre fin à ses jours le 18 novembre 2007. Aujourd’hui dehors, Joan Bidart, Xabier Susperregi, Cédric Garay, Pantxo Flores et Mixel Barnetche sont toujours dans l’attente d’un procès. “Au Kalaka en 2007 ? Ils sont venus pour faire mal.”
Antton ROUGET

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