Pays Basque
Collectivité : le PS en rangs éparpillés

20/09/2012
Pierre MAILHARIN
La stupéfaction a fait place à la colère. Puis à l’écœurement. Le 6 septembre, une partie du Conseil des élus du Pays Basque a eu le sentiment de vivre un “sabotage” de son travail, entamé il y a plusieurs mois sur la gouvernance du territoire. Un “piège” tendu par le PS local, pour mettre à mal sa demande d’expérimentation d’une Collectivité territoriale spécifique.
L’accusation est lourde. Plusieurs mis en cause ont accepté d’y répondre, dont Colette Capdevielle, cible des attaques les plus virulentes pour avoir supposément renié ses engagements de campagne législative.
La nouvelle députée de la 5e s’était présentée avec une motion alternative au texte de Jean-Jacques Lasserre, co-signée par six autres élus PS. Elle se défend d’avoir voulu nuire au débat et revendique au contraire avoir cherché “une synthèse” dans son camp pour donner plus de chance au projet d’aboutir (cf ci-dessous).
Sans succès : Jean Espilondo et les élus angloys n’ont pas validé le document modifié. Sylviane Alaux, Frédérique Espagnac et Frantxoa Maitia sont restés fidèles à la démarche du Conseil des élus. A vrai dire, ces prises de positions ne constituent pas une surprise : le PS est historiquement divisé sur la question institutionnelle, “jacobins” d’un côté, “décentralisateurs” de l’autre. Entre ces deux eaux, voguent en revanche désormais de multiples embarcations.
Une troisième voie coupée en deux
Depuis le revirement de Marie-Christine Aragon, Colette Capdevielle et Christophe Martin quelques jours plus tard aux Etats généraux, on peut dire qu’il existe une troisième voie, proche des “décentralisateurs”, mais suffisamment flexible pour envisager une autre évolution et signer la motion du 6 septembre. “Je suis pour étudier l’hypothèse d’une Collectivité spécifique, qui prenne en compte la question de la langue, de la culture, une compétence de la Région et une du Département. Mais je ne suis pas pour la scission du Département”, détaille C. Martin.
Un quatrième groupe, se réclamant aussi de cette “troisième voie”, réunit les élus bayonnais Henri Etcheto, Mathieu Bergé et Pierre Favraud. “Il y a eu trop de caricatures dans ce dossier. Je me sens socialiste, républicain, décentralisateur, euskalzale. Je refuse le terme de nationaliste jacobin, mais aussi de signer un texte dans lequel je ne me retrouve pas totalement”, cadre M. Bergé. S’il “respecte” la revendication “identitaire”, il ne la partage pas et veut porter le débat sur la question de l’efficacité. “Je n’ai pas d’hostilité de principe, je souhaite que l’on recherche à quel niveau de décision l’exercice d’une compétence est le plus efficace. Et non que l’on fasse d’abord une liste des compétences que l’on voudrait pour cette collectivité”. Henri Etcheto est lui plus “sceptique” sur le principe. “On ne devrait pas fermer la porte à d’autres hypothèses : syndicat mixte, GIP, pôle métropolitain”.
Villeneuve et Ecenarro à part
Le septième signataire, le Conseiller général de Tardets Arnaud Villeneuve, semble inclassable. Pour lui, le Conseil des élus “va trop loin ou pas assez”. “Déjà que les gens ne font pas la différence entre Conseil général et régional, on ne va pas faire grandir le Pays Basque avec une strate en plus (…) Si un département basque se fait, il faut que ce soit un vrai. Cela dit, les élus du territoire sont à des années lumière de cette préoccupation”, détaille-t-il.
Reste le cas Kotte Ecenarro, qui s’est abstenu lors du vote au Conseil des élus. Ce non-choix serait l’expression d’une “mauvaise humeur” à l’égard de ses camarades et de leur motion alternative “découverte” au dernier moment. L’hypothèse Collectivité garde ses faveurs, mais sans redécoupage : “Je suis vice-président du Conseil général, je n’ai pas été élu pour la partition du Département”.
Allez faire une synthèse avec tout ça ! “Nous avons pris des années de retard sur cette problématique, n’ayant de pas de position commune assumée, nous ne sommes pas en mesure de recueillir l’adhésion”, reconnaissait d’ailleurs Mme Aragon lors des Etats généraux du13 septembre.
«Je crois à une Collectivité infra-départementale»
Entretien avec Colette CAPDEVIELLE / députée socialiste de la 5e circonscription
Vous avez été successivement favorable à une Collectivité lors votre la campagne législative, contre devant le Conseil des élus puis de nouveau pour aux Etats généraux. Quelle est votre position définitive ?
Je suis favorable à une Collectivité territoriale pour le Pays Basque. Lorsque j’ai reçu le texte de Jean-Jacques Lasserre fin août, j’ai convié tous les élus de ma circonscription pour connaître leur état d’esprit. Il y avait des oppositions. J’ai alors pensé qu’il serait opportun de trouver un consensus. Nous avons retravaillé le document et présenté un texte qui laisse la porte ouverte à la Collectivité, mais aussi à d’autres formes.
Certains affirment que le texte modifié fermait au contraire la porte à l’hypothèse d’une Collectivité.
Il y avait une phrase qui pouvait être interprétée différemment. Mais le reste du texte était exactement le même que celui présenté par Jean-Jacques Lasserre. Il comprenait la possibilité d’une expérimentation pour le Pays Basque. Mon objectif était de n’avoir aucun élu qui vote contre au Conseil des élus. Pour ne pas revivre le scénario de 1981. Il y avait alors une grosse opposition au département Pays Basque. Au final, personne n’a voté contre.
Ne concédez-vous pas une maladresse sur la forme, en présentant cette motion au dernier moment ?
Mais je n’ai eu le texte de Jean-Jacques Lasserre que fin août ! Et la modification, je l’ai présentée le 6 septembre. J’ai vu les gens jusqu’au 5. Je n’ai pas encore toutes les finesses du Conseil des élus, mais je pensais que ces réunions servaient à discuter. J’aurais aimé le faire avant, mais je ne suis au Conseil des élus que depuis le 17 juin ! Je ne suis pas majoritaire dans la 5e circonscription. J’ai fait un pas pour tenter d’obtenir un consensus, cela n’a pas marché. J’ai repris ma position politique.
Pourquoi avoir cherché l’aval de la 5e alors que vous avez celui du suffrage universel ? Sylviane Alaux n’en a pas fait de même sur la 6e.
Je ne parlerais que de la circonscription dans laquelle je suis élue. Je ne suis pas une députée hors-sol. J’aurais pu faire fi des autres. Mais je me suis dit que quand Paris nous demanderait notre position, il valait mieux ne pas avoir d’opposition frontale. J’ai voulu faire un texte de synthèse. Cela a permis aux socialistes de la 5e de se parler. Sur ce sujet, il n’y a plus les divisions d’avant. Jean Espilondo entend la démarche territoriale. C’est un pas de géant.
Malgré tous ces soubresauts politiques, croyez-vous toujours en la possibilité d’une Collectivité ?
Oui, probablement infradépartementale. Le Conseil des élus poursuit ses travaux sur la faisabilité.
Vous avez rencontré la ministre de la décentralisation Marylise Lebranchu. Que vous a-t-elle dit ?
Nous l’avons vue avec Sylviane Alaux, à la fin de sa présentation du projet devant le groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Elle nous a dit : “Les Basques il faut vous mettre d’accord”.
La sénatrice Espagnac a révélé aux Etats généraux qu’une réunion avait eu lieu à l’Elysée, avec également Mme Alaux et vous. Qu’en est-il ?
C’est exact, il y a eu une réunion avec des conseillers du président. Nous leur avons exposé la situation et insisté sur l’importance de la demande territoriale.
Quelle écoute avez-vous perçu ?
Très bonne. Nous avons expliqué l’évolution par rapport à la demande des années 1980. Elle est portée par les élus, mais surtout par la société civile. Dans le monde économique, syndical, associatif, culturel, il y a une volonté de reconnaissance qui n’existait pas.
Le sénateur Jo Labazée aurait lui aussi été reçu, mais seul. Il est du même courant que les socialistes bayonnais. Quel rôle joue-t-il ?
ça n’a rien à voir avec les courants. Sur la 5e, Christophe Martin et Marie-Christine Aragon sont du même que lui et ils sont favorables à l’hypothèse d’une Collectivité. Georges Labazée est ouvert sur cette question. Il est favorable à une expérimentation.
Il n’a donc pas fait pression pour ce texte de dernière minute ?
Absolument pas. Ni lui ni personne. Si ça avait le cas, j’aurais été la première à ne pas signer le texte.







