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Sujet à la une

La création d’une Collectivité Pays Basque portée par la majorité des élus

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15/09/2012

Pierre MAILHARIN

L’Histoire s’en souviendra peut-être comme d’un sauvetage in extremis. A défaut, l’épisode restera un baroud d’honneur sans lendemain. Verdict gouvernemental d’ici quelques semaines. Jeudi soir à Bayonne, lors des Assises départementales des Etats généraux de la démocratie territoriale, les partisans de la Collectivité Pays Basque ont au moins jeté toutes leurs forces dans la bataille. Politique et médiatique.

Après le consensus bancal de la dernière réunion du Conseil des élus - une majorité en faveur de la structure, mais deux versions alternatives déposées par le PS, dont une par la députée Colette Capdevielle (JPB du 8/9) - l’enjeu était au rééquilibrage. Afin de prouver à l’Etat, présent en la personne du sous-préfet Laurent Nuñez, que la requête institutionnelle correspond bien à la volonté du plus grand nombre.

Pari gagné : cinq des six Parlementaires ont apporté publiquement leur soutien à l’expérimentation d’une Collectivité territoriale à statut particulier (CTSP). Sans parler de l’assemblée d’élus, environ 80 personnes, acquise à la cause. A une dizaine d’éléments près.

Ce retournement de tendance doit beaucoup au coup de théâtre de 19 heures : la lecture d’un texte par la Conseillère générale Marie-Christine Aragon annonçant son ralliement personnel, celui de son collègue boucalais Christophe Martin et surtout de la députée Colette Capdevielle à l’avènement d’une CTSP (lire page 3). Quasiment acclamée, la volte-face isole les quatre autres élus de la Rose signataires de la motion Capdevielle : les Bayonnais H. Etcheto, M. Bergé, P. Favreau et le Souletin A.Villeneuve. Les deux premiers nommés, présents jeudi soir, ne se sont pas exprimés.

Dans la foulée de cette pirouette politique, le député de la 4e circonscription, basco-béarnaise, Jean Lassalle, s’est prononcé pour la première fois - aussi clairement - en faveur de l’approfondissement de l’hypothèse : “Je ne vois pas ce qui empêcherait aujourd’hui d’avoir une Collectivité spécifique du Pays Basque. Je pense qu’il faut y travailler et cesser de se faire peur”, a entre autres déclaré l’élu Modem.

S. Alaux se sentirait “humiliée”

La socialiste Sylviane Alaux, favorable de longue date, a redit sa volonté de voir aboutir le projet : “Nous avons mené des travaux depuis plusieurs mois au Conseil des élus. Aujourd’hui, si l’on ne tenait pas compte de cela, je me sentirais un peu humiliée. Toutes ces soirées de discussions ne serviraient à rien ? ! Il faut mettre en œuvre ces réponses, notre territoire a atteint sa maturité”. Et de prendre à partie “ceux qui font preuve de frilosité ou qui stigmatisent le Pays Basque”, en leur lisant la motion approuvée par le Conseil des élus le 6 septembre : “De quoi avez-vous peur ?”, les a-t-elle interrogé, leur rappelant qu’un processus de paix était en cours au Pays Basque.

Organisateurs de ces Assises, les Sénateurs ont livré leurs points de vue en conclusion. Le centriste Jean-Jacques Lasserre, président du Conseil des élus, a affiché son intention de “poursuivre dans la voix” empruntée, jugeant le statut actuel de “pays” “usé, fatigué, érodé”.

Frédérique Espagnac, avant-dernière oratrice, a quant à elle eu des mots très solennels, invitant le sous-préfet M. Nuñez à les faire remonter à Paris : “Le Pays Basque a rendez-vous avec l’Histoire de France. Nous sommes ici pour une Collectivité territoriale en Pays Basque”.

Sixième et ultime Parlementaire, également président du Conseil général, Jo Labazée a mis un point final à ces Rencontres sans donner son avis. On le sait cependant hostile à l’idée d’une scission du Département.

Le va-tout des pro-Collectivité

Cinq Parlementaires sur six, donc, et une majorité de la salle : les pro-Collectivité ont joué leur va-tout. L’abertzale Jakes Abeberry, après un historique enflammé des manquements de l’Etat, a exigé le “droit à la démocratie locale pour le Pays Basque”. L’écologiste Martine Bisauta a vanté un “outil qui sera une vraie réponse aux défis, au-delà d’une demande idéologique”, le Modem Jean-Réné Etchegaray qualifié de “perfidie” l’alternative du PS “d’expérimentation” : “On expérimente depuis 20 ans”. L’abertzale Alain Iriart a imploré de “bousculer les habitudes, en étant novateur”. Frantxoa Maitia, Jean-Michel Galant, Christine Bessonart, Sauveur Bacho ou Alice Leiciagueçahar ont plaidé dans le même sens.

Seuls les socialistes angloys Guy Mondorge, Jean Espilondo, Bernard Marti, et le Biarrot du PRG Guy Lafite, ont osé briser l’unanimité ambiante. Si M. Mondorge rêve aussi d’un redécoupage, il ne le voit pas du même type : “Je verrais bien une réflexion départementale autour de l’axe Hendaye-Bayonne-Dax”. Jean Espilondo adhère à cette logique de “bassin de vie”. Il se dit “partisan du ‘pays’car il s’agit d’une structure souple”. Les deux autres interventions ont été du même ordre, s’inquiétant des relations avec le sud des Landes. Réponse de M. Etchegaray : “Ce n’est pas parce qu’on crée une Collectivité, que l’on va créer des frontières !”. 

Réunions secrètes à l’Elysée

La large majorité dégagée suffira-t-elle pour autant ? F. Espagnac a dévoilé que des réunions secrètes avaient eu lieu à l’Elysée récemment, avec elle, S. Alaux et C. Capdevielle. J. Labazée aurait quant à lui été reçu seul en début de semaine, ce qui révèle les lignes de fracture au sein du PS.

Les tergiversations de Mme Capdevielle pourraient cependant avoir fissuré le rapport force. Vu de Paris, elles pourraient même avoir mis fin à l’éventualité de quelque chose. D’autres paramètres entrent toutefois en jeu. F. Espagnac aurait l’oreille du président Hollande et l’avancée du processus de paix peut aussi influer sur le dossier. Prochain rendez-vous les 4-5 octobre au Sénat avec les conclusions hexagonales des Etats généraux.

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