Sports
«Les qualités du nageur d’eau libre sont l’endurance et l’expérience»

06/09/2012
Entretien avec Ophélie ASPORD / nageuse en eau libre
Etudiante en troisième année de droit, Ophélie Aspord se destine à une carrière d’avocate. Avant d’atterrir au barreau, c’est bien dans l’eau que la jeune bayonnaise se défend le mieux. Sa sixième place lors de l’épreuve des 10 kilomètres en eau libre aux derniers Jeux Olympiques de Londres en atteste. A 21 ans (1,74m - 62kg), la nageuse est loin d’avoir tiré le meilleur de son potentiel dans une spécialité ou comme elle l’affirme “l’endurance et l’expérience” sont essentiels. Les podiums internationaux comme celui des JO de Londres le montrent avec les premières âgées entre 25 et 30 ans. Après sa belle performance londonienne où elle était la plus jeune nageuse, Ophélie Aspord se tourne naturellement vers les Jeux de Rio en 2016 avec l’ambition de “faire une médaille.” Dans cet entretien accordé à l’occasion de son retour à Bayonne, la nageuse de l’Aviron revient également sur les spécificités de la nage en eau libre.
Comment passe-t-on du bassin de la piscine à l’eau libre en milieu naturel ?
J’ai commencé par le bassin. Avant j’étais sur Bordeaux, mais j’ai vraiment commencé à nager à Bayonne et à l’Aviron Bayonnais lorsque je suis arrivé ici en 2001. Je faisais du 400 et du 800 mètres et j’ai fait des temps qui m’ont permis de rentrer au pôle espoir. J’ai fait les championnats de France minimes, cadets, ou j’ai eu des médailles. J’étais plutôt endurante et en 2009 on m’a parlé de l’eau libre et des deux distances (5 et 10 kilomètres) qui pourraient me plaire. D’autant plus que ce sont des épreuves en milieu naturel et que moi ici au Pays Basque je passais quand même mes étés à la plage (MNS en 2009). Il y avait des temps minimas à réaliser sur le 5 000 mètres en bassin pour être qualifiable en équipe de France eau libre. Je me suis lancé avec l’idée de me qualifier pour les championnats d’Europe juniors. En fait, j’ai fait les minima pour les championnats du monde seniors. Du coup, je me suis présenté aux qualifications sur le dix kilomètres senior en eau libre et je me suis qualifié pour les championnats du monde de Rome. Pour résumer, en un an on m’en a parlé, j’ai tenté les qualifications, ça m’a réussi et ça m’a tout de suite plu.
As-tu eu un des regrets d’avoir quitté le bassin ?
Je n’ai pas arrêté, car je continue à participer aux championnats de France. L’an dernier j’ai quand même terminé troisième au 800 et au 1 500. Maintenant ce n’est plus ce qui me plaît. Je le fais plus en le considérant d’abord comme un entraînement. Je suis vraiment concentré sur l’eau libre. Et puis le bassin et l’eau libre ne sont pas deux mondes différents, car on s’entraîne en bassin et forcément on se côtoie. Mais l’entraînement n’est pas le même. Pour faire de l’eau libre, on s’entraîne beaucoup plus longtemps que des nageurs de bassin. Les qualités du nageur d’eau libre sont l’endurance et l’expérience.
Dix kilomètres c’est quand même très long. À quoi pense-t-on pendant ce marathon dans l’eau ?
Il faut vraiment rester très concentré. Il peut y avoir des échappés à tout moment. Il faut se mettre dans le bon peloton. Il ne faut pas prendre de coup. Il y a beaucoup de choses à penser. Ce n’est pas comme en bassin où on pense juste à nager le plus vite possible. En eau libre, il faut rester concentré sur tous les points tactiques et il ne faut rien lâcher, car le rythme est quand même élevé.
Peux-tu donner quelques points tactiques d’une course en eau libre ?
Quand on est derrière quelqu’un, il y a un phénomène d’aspiration comme en cyclisme et on s’économise un peu. Par contre, on prend beaucoup plus de coups. C’est un juste milieu à trouver. SI on est dernier et qu’il y a une cassure, on ne remontera jamais. Il faut faire attention de ne pas se retrouver dans une telle position, c’est risqué.
Tu parles beaucoup de coups. Un 10 kilomètres en eau libre est à ce point violent.
A Londres bizarrement et vu l’enjeu, c’est la course la plus calme que j’ai connue. Je n’avais pas encore fait une course aussi fair-play. D’habitude, il y a énormément de coups qui partent. Beaucoup de coups bas comme des coups volontaires dans les côtes, dans le nez, des coups de pieds, ou encore se faire retenir les pieds lorsqu’on arrive aux bouées. Il y en a qui n’hésitent pas à le faire. Je suis justement un peu trop gentille. Je ne vais jamais taper la première. Maintenant à force d’en faire, quand je tombe sur quelqu’un qui est comme ça, je n’hésite plus à rendre les coups. Mais quand ça arrive, on y laisse du jus, on n’est plus concentré, on est plus dans la course. C’est aussi pour ça que l’expérience compte en eau libre. Les meilleures ont entre 25 et 30 ans. En plus de l’endurance qu’on acquière avec l’age, on sait mieux réagir. Lorsqu’on se fait tenir le pied de suite on a le réflexe de mettre un ciseau. Il y a des petits automatismes qui se mettent en place à force de faire des courses.
Si on parle de cette course des JO de Londres. Considères-tu avoir fait une bonne performance ?
Oui, je ne m’attendais vraiment pas à ce résultat et je suis très très contente.
Et maintenant quels sont tes objectifs ?
Je vais partir sur un cycle de quatre ans jusqu’aux Jeux olympiques de Rio. Au Brésil, il me semble que la compétition se déroulera sur la plage de Copacabana. C’est un lieu mythique et ça fait rêver. À Londres, j’étais vraiment la plus jeune et les filles devant moi étaient beaucoup plus vieilles. Dans quatre ans je peux vraiment espérer faire une médaille. Tous les ans il y aura une compétition internationale (Championnat du monde et championnat d’Europe en alternance). Mais mon objectif c’est vraiment de travailler sur un cycle de quatre ans. On s’entraîne quand même beaucoup pendant la semaine, jusqu’à 35 heures, il va falloir que cette année par exemple j’en fasse un peu moins pour ne pas m’user physiquement.
En eau libre vous êtes emmené à nager en lac, en rivière ou en mer. As-tu une préférence ?
Je préfère la mer quand ça remue qu’il y a des vagues, des courants. J’ai grandi ici et je nage bien dans les vagues. J’ai un avantage là-dessus sur les autres nageuses qui ne savent pas nager dans les vagues. Avec les vagues, il faut savoir adapter son mouvement de bras, il faut caler son rythme sur le tempo de la mer et des vagues qui arrivent. Quand on est sur un plan d’eau plat, ça favorise les nageuses de bassin. Comme à Londres avec la gagnante Eva Risztov qui est aussi championne d’Europe en bassin cette année.
Marc DUFRECHE







