Pays Basque
Prostitution en Gipuzkoa : entre 800 et 1 000 personnes l’exerçant sont recensées

01/09/2012
Béatrice MOLLE
Le plus vieux métier du monde. La prostitution, objet de fantasmes, de réprobation ou d’indifférence revendiquée, suscite toujours des débats passionnés et en dit long sur l’état de la société. Nous avons choisi de ne pas rentrer dans ce débat, mais d’informer sur l’état des lieux dans la province du Gipuzkoa où les institutions, les mairies et associations mènent une réflexion et un travail en direction des personnes qui exercent la prostitution. Concrètement, Donostia et Irun sont les villes du Gipuzkoa où la prostitution est la plus élevée. Déjà en 2010, un guide transfrontalier sur la prostitution a été réalisé par les associations Aides et Arrats. Guide rédigé en basque, espagnol et français à l’intention des prostitué(e)s afin de les informer sur leurs droits.
Des hommes aussi
Selon les éléments recueillis par ces associations, le profil type des personnes qui exercent la prostitution en Gipuzkoa est celui d’une femme célibataire ayant des enfants à charge dans son pays d’origine, 35 ans d’âge moyen et originaire principalement d’Amérique latine, puis des pays de l’Est, du Maghreb, d’Afrique et d’Europe occidentale. Et possédant un niveau d’études secondaires. Ces jeunes femmes restent en moyenne six années en Pays Basque Sud. Concernant les hommes qui se prostituent, la majorité sont d’origine brésilienne et travaillent dans des appartements de Donostia. Cependant, les associations remarquent un phénomène nouveau inhérent à la crise économique : des jeunes femmes de l’Etat espagnol vivant seules avec des enfants ont recours à la prostitution car elles n’ont pas d’autre alternative pour gagner leur vie. Par ailleurs, une étude réalisée par Dionisio Benito González, de l’association basque de criminologie, recense entre 800 et 1 000 personnes qui exerceraient la prostitution en Gipuzkoa, la majorité étant des femmes. La province compterait 22 clubs et 68 appartements dits “relax”. D. B. González est pour la légalisation de la prostitution et pointe du doigt les réseaux de trafiquants qui paient les billets d’avion aux jeunes femmes débarquant en Gipuzkoa comme touristes. L’étude révèle également que la prostitution n’est pas forcément liée au trafic ou au proxénétisme. Dans le cas des femmes immigrées, les conditions de vie et de travail sont très dures. Les jeunes femmes travaillent et vivent dans les locaux où elles travaillent, ce qui accentue leur vulnérabilité et leur dépendance. Quant aux tarifs, la passe est de 50 euros la demi-heure, mais avec la crise, le tarif peut être ramené à 30 euros.
Programme Aukera
Aukera est un organisme implanté en Gipuzkoa qui aide les personnes qui se prostituent ainsi que celles qui désirent cesser leur activité. Financée par la Diputación du Gipuzkoa, l’association se déplace sur les lieux de travail des prostituées et possède deux locaux, l’un à Donostia, l’autre à Irun. Une attention sanitaire, juridique, psychologique et sociale est dispensée aux personnes qui le demandent. L’association emploie plusieurs salariés et compte aussi sur un service d’orientation permettant d’élaborer des plans de formation individualisés. L’objectif d’Aukera est l’amélioration de la qualité de vie des personnes exerçant la prostitution, mais aussi la sensibilisation de la société face à cette réalité sociale. Tout cela de manière confidentielle et anonyme.
Ce que dit la loi de l’Etat espagnol
La prostitution exercée de façon “volontaire et par un adulte”, comme la demande de services sexuels auprès de prostituées, ne sont pas considérés comme des infractions dans l’Etat espagnol. En revanche, les prostitué(e)s ne sont pas reconnus légalement comme des travailleurs à part entière et ne bénéficient pas de droits sociaux. Les prostitué(e)s travaillant en Pays Basque Sud sont recensés, cotisent à la Sécurité sociale et possèdent une carte sanitaire. Mais les nouvelles lois du gouvernement de M. Rajoy pourraient les empêcher de cotiser. Parallèlement, les mairies peuvent prendre des décrets municipaux pour réglementer l’exercice de la prostitution sur la voie publique. Cependant, la prostitution dans la rue en Pays Basque est quasiment inexistante. En Gipuzkoa, les lieux où elle est pratiquée sont les appartements et les clubs. Le club peut être un hôtel où la personne exerçant la profession paye un loyer quotidien fixé au pourcentage des passes réalisées. Les propriétaires échappent ainsi à l’accusation de proxénétisme qui est une infraction punie dans l’Etat espagnol.







