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Pays Basque

Quand les thoniers cèdent leurs quotas à un industriel méditerranéen

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01/09/2012

Antton ROUGET

“Ce qui se passe actuellement, ce n’est vraiment pas normal.” Jean-Michel Lacaze ne décolère pas. Dans la poissonnerie Chez Maité des halles de Bayonne, le commerçant enrage contre l’important déficit de thon rouge en vente à la criée.

Les pêcheurs du Gipuzkoa ont en effet vendu, avant le début de la saison, 73 % de leurs quotas annuels de thon rouge à un grand mareyeur méditerranéen. Un scandale éthique pour les uns, un acte militant pour une meilleure répartition des quotas pour les autres : l’opération – juteuse pour les thoniers gipuzkoar – divise sur les ports de la côte basque.

“Nous avons cédé 330 dès 450 tonnes des quotas de thon rouge que nous pouvons pêcher à l’entreprise Fuentes.” Leandro Azkue, directeur de la Fédération des corporations de pêcheurs du Gipuzkoa, confirme sans détour la rumeur qui navigue, depuis plusieurs semaines, sur les quais du Pays Basque. Au mois d’avril, les 41 bateaux qui se partagent les quotas de thon rouge en Gipuzkoa ont ainsi collectivement décidé de les vendre à ce grand mareyeur, l’un des leaders de la filière, qui pourra les pêcher en Méditerranée.

Contestable pour d’aucuns, l’acte de vendre ses quotas dans l’Etat espagnol n’en est pas pour autant illégal – contrairement à la réglementation en vigueur dans l’Hexagone qui l’interdit. En effet, alors que c’est une commission internationale, l’Iccat, qui répartit les quotas – le “total autorisé de capture” (TAC) – par zone, les Etats pêcheurs sont finalement responsables de la gestion de ceux-ci sur leur territoire.

“Une très belle offre”

La transaction avec le mareyeur Fuentes s’est faite au prix de 10,25 euros le kilogramme. Une “très bonne offre” pour Leandro Azkue, là où l’année dernière, le thon rouge se négociait entre 6,75 et 8 euros du kilo.

Le président du Comité local des pêches maritimes de Bayonne, Serge Larzabal, s’interroge, lui, sur l’attribution de l’argent issu de la vente des quotas : “Si les bateaux n’ont pas pêché le thon rouge, comment s’est faite la répartition des sommes versées par Fuentes entre les membres des équipages ?”

Si la vente des quotas est une opération qui rapporte, la décision n’a pourtant pas fait l’unanimité dans les ports gipuzkoar et notamment celui de Hondarribia, le plus gros. “Il y a eu de vives discussions entre nous”, glisse Leandro Azkue, mais, assure-t-il, la décision a été prise avec l’aval de “95 % des bateaux concernés”.

“Ce n’est vraiment pas une bonne démarche commerciale pour nous.” A l’image de Jean-Michel Lacaze, chez les autres professionnels de la pêche, des voix s’élèvent aussi contre des méthodes qui “décrédibilisent le marché”. Et puis, explique le poissonnier, cette décision est responsable d’une hausse des prix dans un marché largement dépendant des bateaux gipuzkoar : “Il y a beaucoup moins de quantité donc forcément les prix montent en flèche”. De 15 euros le kilogramme sur les étalages l’an dernier, le thon rouge se vendait, vendredi, à 29,50 euros le kilogramme. Une hausse des prix de pratiquement 100 % sur an.

Un coup-de-poing sur la table

“Il est surprenant que les pêcheurs du Gipuzkoa aient vendu à ce mareyeur espagnol.” Serge Larzabal pointe aussi des contradictions éthiques. Fuentes, c’est en effet ce thonier senneur – technique de pêche qui consiste à encercler les poissons à l’aide d’un filet – plus proche de la pêche industrielle que des préoccupations éthiques ou environnementales. C’est ce mareyeur responsable d’un “massacre” en Méditerranée, selon la propre formule employée par Leandro Azkue. C’est, enfin, cet entrepreneur qui utilise le procédé des “fermes marines”. Des “cages” dans lesquelles les thons sont engraissés avant d’être vendus, une méthode fermement combattue par les pêcheurs basques. Mais, à l’image du président de la Fédération, les confréries du Gipuzkoa assument la contradiction : “On nous a reproché d’avoir privilégié Fuentes à un autre mareyeur du Sud de l’Espagne, qui soutient une pêche plus tolérable, mais ce dernier aussi a fait la demande d’exploiter des fermes marines. Au final, ils font la même chose.” Et puis, explique Leandro Azkue : “Notre opération est une action choc pour interpeller le gouvernement à Madrid sur les déséquilibres dans la répartition des quotas entre l’Atlantique et la Méditerranée ; pour que notre pourcentage soit plus grand.”

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