Sports
«L’Aquatic Center est juste impressionnant»

30/08/2012
Entretien avec Sami El GUEDDARI / Nageur handisport
Le nageur angloy Sami El Gueddari et la rameuse bayonnaise Perle Bouge sont les deux représentants du Pays Basque Nord aux Jeux paralympiques de Londres qui se sont ouverts hier. Licencié à l’Anglet Olympique, Sami El Gueddari donne ses premières impressions sur un événement attendu depuis quatre ans. Né avec une agénésie de la main droite et de la jambe gauche, le nageur s’alignera sur 50 et 100 mètres nage libre avec l’envie d’être “le plus près possible de la tête le jour J”.
Depuis quand êtes-vous à Londres ?
On est arrivé il y a quatre jours et ça nous a permis de prendre nos marques sur ce qui va être notre quotidien dans les douze jours qui vont venir. Un village, c’est grand, il faut s’approprier les lieux. On est à sept minutes aller en bus du complexe aquatique et il y a des navettes toute la journée. Il y a une vraie proximité des lieux des Jeux, Londres a vraiment réussi son coup là-dessus. Personnellement, je me sens bien, mais je ne rentre en compétition que le 5 septembre. Il me reste une semaine pour atteindre mon pic de forme le 5 septembre.
Quel va être votre environnement pendant cette période londonienne ?
On est dans des sortes de maison typiquement anglaise, de style victorien, sur trois étages avec du mobilier anglais. C’est un peu déroutant au départ si l’on se rappelle Pékin et ses appartements de ville qui ressemblaient à ce qu’on peut trouver en France. Je suis en chambre avec Charles Rozoy, autre nageur de l’équipe de France, au premier étage, où se trouve le salon. Au rez-de-chaussée, il y a une chambre pour les féminines. A l’étage supérieur se trouvent les coaches.
Votre programme vous permet-il d’aller voir d’autres compétitions ?
Non, en natation on n’a pas de jours de repos. Tous les jours, on doit aller au contact de l’eau et s’entraîner. A partir de maintenant, on va par contre arrêter la musculation et il y aura une séance quotidienne tournée vers un objectif de vitesse pour se rapprocher des sensations de course et des conditions de la compétition.
Quelles sont vos ambitions sur ces Jeux paralympiques ?
Ma priorité est le 50 mètres. C’est ma distance de prédilection sachant que le 100 mètres est une course ou j’ai moins de chance de réussir au départ. Après, on verra jusqu’où je pourrai aller. Des Jeux, c’est toujours spécial et il peut tout se passer. Je suis sur un handicap où il y a une densité et une compétitivité telles qu’on ne peut pas vraiment faire de plan. Dès le matin, en qualifications, il faut être capable de nager à son meilleur niveau, sans calcul. On est 14 nageurs en six dixièmes de secondes, c’est rien du tout. Il va y avoir des surprises et des déceptions. Ça fait maintenant plusieurs années qu’au niveau international, je suis sur le podium ou au pied du podium. Je vais essayer de régler tous les petits détails et être le plus près possible de la tête le jour J.
Vous vous êtes entraînés dans le bassin olympique ces derniers jours. Quelles ont été vos sensations ?
Il y a une sorte de regain d’énergie d’être là. On a travaillé pendant de nombreuses années avec pas mal de sacrifices. J’ai déjà fait Pékin, mais je reste émerveillé par tout ce cadre, le village et le bassin. A Pékin, j’ai nagé dans le Cube, qui est considéré comme l’un des plus beaux bassins. Celui de Londres, l’Aquatic Center, est juste impressionnant. Pas dans le sens effrayant, mais dans le sens excitant. Il y a deux murs de chaque côté du bassin et des gradins à perte de vue. On a hâte d’y être devant les supporteurs.
On sent bien que ces Jeux sont un moment important pour le mouvement handisport.
Les Jeux sont la vitrine. Entre deux éditions, c’est long, car en dehors des Jeux paralympiques, le mouvement handisport est méconnu et parfois peu soutenu. L’objectif paraît très loin car les Championnats du monde et les Championnats d’Europe sont peu relayés et on a l’impression que c’est une course solitaire. Quatre années d’entraînement avec peu de soutien, ça peut paraître long, mais d’un autre côté, on sait pourquoi on nage. On connaît notre objectif. On se le rappelle tous les jours, même si on passe par des moments de doutes.
Vous êtes proche d’Eztitxu Vivanco, également licenciée à l’Anglet Olympique, mais qui n’est pas à Londres après avoir participé aux Jeux de Pékin il y a quatre ans.
J’ai une forte pensée pour elle. On aurait aimé partager ensemble cette deuxième Paralympiade. On est en contact régulier. Elle a eu une année difficile avec des blessures (genou) qui l’ont empêchée de s’entraîner régulièrement. Malgré tout, elle fait une très bonne saison et elle arrive à faire ses meilleurs temps pour les qualifications. Malheureusement, les règles de qualification aux Paralympiques sont spéciales. La fédération a dû faire un choix et ce choix a été de la laisser de côté pour ces Jeux de Londres. Elle a trouvé au Pays Basque près de sa famille l’environnement qu’il lui faut pour réussir. Ne pas être à Londres, c’est un échec pour elle, mais elle reviendra plus forte. Elle est encore jeune et elle sera présente dès l’année prochaine sur les compétitions internationales et dans quatre ans à Rio.
Le CSA appelle les chaînes à diffuser des directs
Rachid Arhab, conseiller au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), a regretté hier que France Télévisions et les chaînes privées aient décidé de ne pas diffuser les épreuves paralympiques, mais estimé qu’il y avait des avancées en terme de couverture par rapport à Pékin.
“France Télévisions et les chaînes privées pourraient diffuser davantage de directs”, a estimé le président de la mission sport du CSA, en réaction aux critiques de sportifs sur le manque de médiatisation par les télévisions françaises des Paralympiques. “Mais ce n’est pas trop tard. Les chaînes peuvent encore le faire, notamment pour le tennis ou le rugby, des disciplines extraordinaires et spectaculaires à voir et qui valorisent le handicap”, a ajouté M. Arhab. Le CSA, qui n’a pas le droit de toucher à la ligne éditoriale des chaînes, n’est pas habilité à imposer aux télévisions la diffusion des Jeux paralympiques. Le gendarme de l’audiovisuel et le défenseur des droits, Dominique Baudis, ont organisé plusieurs réunions cette année entre la Fédération française du sport adapté, la Fédération handisport et les chaînes privées et publiques. L’objectif était d’assurer une “plus large exposition” des Paralympiques, selon M. Arhab. Lors de ces réunions, les chaînes s’étaient également engagées à acheter des épreuves à France Télévisions, détentrice des droits. Finalement, seule la chaîne locale TV8 Mont-Blanc en a racheté.
Marc DUFRECHE







