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Punaise de lit, le cauchemar du randonneur

29/08/2012
Carole SUHAS
Elle est la hantise du randonneur, le cauchemar du pèlerin, le fléau du gîte de montagne : la punaise de lit n’a pas l’air décidée à quitter le relief basque. Et encore moins les alentours des chemins de Compostelle. Car c’est là qu’elle a fait son apparition au Pays Basque il y a de cela quelques années et s’y est plu. Un sujet longtemps tabou pour les professionnels du tourisme et de l’accueil de randonneurs qui se sont trouvés “infestés” par ces punaises, revenues en masse l’été dernier, si l’on en croit Jérôme Faty, gérant de gîte à Bidarray.
“Parfaitement connu par nos parents ou grands-parents avant la Seconde Guerre mondiale, cet insecte, tout en se maintenant dans les pays pauvres, a disparu de notre vie quotidienne vers les années 1950”, rappelle une étude menée par des dermatologues et entomologistes, grâce notamment à “la nette amélioration de l’hygiène de notre habitat due à l’augmentation globale du niveau social et économique”.
Le retour de la punaise
Elles réapparaîtront par la suite avec l’interdiction de produits insecticides dangereux, remplacés par “des pièges attractifs spécifiques sans effet sur les punaises de lits”, estiment les spécialistes. Depuis une vingtaine d’années, et de façon plus visible depuis cinq ans, les contaminations dans des bâtiments entiers en Amérique du Nord, Europe, Australie ou Nouvelle-Zélande sont souvent décrites.
Ainsi, aujourd’hui, soupire Jérôme Faty, “il faut apprendre à vivre avec, comme les poux”. Et en effet, la punaise de lit semble indestructible ou du moins très difficile à éliminer définitivement, d’autant plus qu’elle se propage à grande vitesse. Il suffit d’un ourlet de pantalon, d’une housse d’oreiller, d’un sac de couchage, bref du moindre pli pour l’emporter partout en voyage avec soi. “Il y en a encore eu cette année et on a traité en suivant les chambres concernées”, raconte Jérôme Faty. “Il faut trois semaines pour que le traitement soit efficace sur les trois étapes de la larve de punaise. Seulement, le produit ne traite pas dans la durée, le gîte peut de nouveau être infesté un mois après si une seule punaise refait son apparition.”
Plutôt inquiétant quand on sait qu’un traitement pour un gîte de la taille de celui de Jérôme Faty, avec une cinquantaine de chambres, peut coûter entre 1 000 et 1 800 euros, nous explique son gérant. “La punaise de lit peut également rester un an sans manger, alors en hiver, elle ne disparaît pas. On pourrait presque désinfecter tous les deux mois, c’est-à-dire ouvrir un mois et fermer un autre. Ce n’est pas viable”, ajoute ce dernier.
A la ville comme à la montagne
Le gérant l’affirme, il n’y a pas de rapport entre l’état sanitaire d’un lieu d’hébergement et la présence de punaises. “Ce sont les randonneurs qui les transportent sur eux, souvent sans le savoir”, explique-t-il. Une infestation qui, en 2009, avait obligé quelques gîtes d’étape des chemins de Compostelle à fermer le temps du traitement.
C’est de la même manière que des wagons entiers de 1re classe (moquette oblige) de la fameuse Palombe bleue, ce train de nuit qui relie Tarbes à Paris et qui prend à son bord de nombreux marcheurs, avaient dû être fermés. Devenu experte en matière de transports en commun, la punaise de lit n’est pas seulement l’apanage du milieu montagnard et se retrouve dans la plupart des lieux d’hébergements collectifs. Auberges de jeunesse et sites touristiques sont les premiers touchés, sans oublier les lieux tels que les centres pénitentiaires où la désinsectisation devient un vrai défi compte tenu de la surpopulation carcérale.
L’œuf de punaise de lit n’éclôt qu’au bout de 20 jours et il n’est pas rare qu’un retour de voyage que l’on croyait serein soit en réalité le début d’une lutte acharnée. Le traitement, voilà donc vraiment le nœud du problème puisque l’éradication semble impossible. Sur ce point, plusieurs techniques, les officielles et puis les remèdes de grands-mères qui fleurissent sur les forums Internet où les “victimes” échangent leurs conseils et relatent leur calvaire.
Il y a le traitement insecticide, réellement efficace, mais qu’il est conseillé de faire réaliser par une entreprise professionnelle pour éviter le risque de récidive. Il y a aussi le traitement par le froid, avec CO2 ou azote liquide, dont le coût est généralement plus élevé qu’un traitement insecticide et qui n’a qu’une utilisation extrêmement localisée. Et enfin il y a la détection canine.
Tous les moyens sont bons
A l’instar du produit stupéfiant, la punaise de lit peut être détectée par la truffe d’un chien, spécialement dressé à cet effet. Julie Gaulthier est la première à utiliser cette technique sur le territoire hexagonal et se déplace principalement dans les complexes hôteliers. Le principe est simple, le chien opère un “scan” du lieu, repérant ainsi les endroits où se réfugient les punaises. La détection canine, une technique “qui ne va pas résoudre le problème”, estime Julie Gaulthier, “mais qui permet plutôt d’être en avance sur lui”.
Au lieu de courir sans cesse derrière la punaise bien cachée qui fait son apparition à intervalles réguliers une fois qu’elle a atteint l’âge adulte, l’usage d’un chien permet de “détecter les œufs sains, les lentes ou les adultes, en résumé, tous corps vivants” pour pallier des traitements répétés. Une fois la source du problème identifiée, Julie Gaulthier recommande la technique de l’insecticide qui “marche très bien, à condition d’être correctement utilisée”. Etant à ce jour encore l’une des seules à pratiquer cette technique en Europe, Julie Gaulthier et son chien Rocky risquent de couler de beaux jours grâce aux punaises. Finalement, le malheur des uns fait le bonheur des autres.







