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Donostia cesse le contrat avec l'entreprise taurine

25/08/2012
Béatrice MOLLE
Symbole avant-coureur de la polémique sur les activités taurines à Donostia : lors d’une corrida durant la dernière Aste Nagusia (Grande Semaine) de Donostia, le matador Antonio Barrera arborait sur sa cape un drapeau basque. Quelques jours après, à l’occasion du bilan de l’Aste Nagusia, Juan Karlos Izagirre, maire de Donostia (Bildu), a déclaré qu’il n’y aurait désormais plus de signature de contrat avec aucune entreprise taurine. Chaque été, sept corridas avaient lieu aux arènes Illunbe, propriété de la municipalité. Jusqu’à cet été inclus, l’entreprise taurine Chopera signait un contrat avec la ville et organisait les corridas. Chopera versait à la mairie une redevance de 10 000 euros pour les sept corridas, tarif établi par l’ancienne municipalité. Et plus que préférentiel selon certaines sources, comparé aux 6 800 euros et 6 % sur chaque entrée demandés aux autres organisateurs de spectacles. L’entretien annuel d’Illunbe et de ses installations coûte 400 000 euros à la municipalité. Mais le débat n’est pas que financier : le maire Juan Karlos Izagirre a souligné qu’Illunbe est une infrastructure publique municipale et que l’objectif de son équipe était de donner la priorité à son utilisation pour des activités sportives. Un contrat a d’ailleurs été signé avec le Gipuzkoa Basket Club. Activités sportives jugées “incompatibles” avec les activités taurines. “Je suis d’accord à 100 % avec la position des groupes qui dénoncent la torture animale donnée en spectacle”, a même ajouté le maire. Une position critiquée par le chef de file PP (Parti populaire) de l’opposition municipale, Ramón Gómez assurant que la mairie ne versait aucune subvention à ces activités taurines : “La mairie perçoit une redevance. Si l’année prochaine il n’y a pas de corridas, le coût d’entretien d’Illunbe sera le même.” Pour l’élu PSE (Parti socialiste Euskadi) Ernesto Gasco, “Bildu supprime les corridas à Donostia car il s’agit d’une fête espagnole. Mais dans d’autres villes gouvernées par Bildu, il n’y a aucun problème, les maires de Bildu président même les corridas. Sans compter que cette suppression fera perdre à la ville de nombreux revenus”. L’élu faisait allusion à un rapport élaboré par l’entreprise Chopera qui estimait à 5 millions d’euros les retombées économiques laissées par les sept corridas. Le PNV (Parti nationaliste basque), lui aussi dans l’opposition municipale, estime qu’“il faudrait une étude sérieuse afin d’évaluer ce que coûtent et rapportent vraiment les corridas, sans entrer dans une guerre de tranchées. Le maire agit de manière unilatérale, en marge de la corporation municipale avec comme unique objectif le fait de contenter sa paroisse, mettant de côté la pluralité d’une ville telle que Donostia”.
Eguzki satisfait
Changement de ton pour le collectif écologiste Eguzki qui se réjouit “de cette bonne nouvelle. Pendant 23 ans, il n’y a pas eu de corridas à Donostia et cela n’a posé aucun problème économique. En 1993, nous avions demandé un referendum afin de savoir s’il fallait oui ou non construire les arènes et personne ne nous a prêté attention. A cette époque, nous avions évalué que 72 % de la population était contre cette construction qui a coûté très cher à la ville. Enfin aujourd’hui Donostia récupère son identité et se hisse au rang des villes modernes en décrétant l’arrêt de la torture animale”.
Dans le mundillo taurin, l’éleveur Victorino Martín a déclaré que “les taureaux sont aussi basques que l’arbre de Gernika”, prenant comme référence le referendum de Zestoa (cf. encadré).
Avenir incertain
Que se passera-t-il l’année prochaine ? Bien que le maire ait confirmé qu’il n’y aurait pas de signature de contrat avec aucune entreprise taurine, il n’a pas assuré formellement qu’il n’y aurait pas de corridas en 2013 à Donostia. Cependant, outre la position des uns et des autres, lorsqu’on connaît le prix de l’organisation d’une corrida et la baisse constante de public, difficile d’imaginer qu’une entreprise se lance dans l’aventure. Un doute balayé d’un revers de main par le porte-parole du PP, Ramón Gómez, qui estime qu’il peut y avoir des entreprises intéressées “car Donostia demeure une place de première catégorie”.
"Novilladas" : exercice démocratique à Zestoa
Leire Etxeberria, maire Bildu de Zestoa, l’a toujours affirmé clairement : elle est contre les activités taurines. Dans cette ville à quelques encablures de Donostia, la coalition Bildu a remporté les dernières élections municipales (sept élus sur onze) et chaque année en septembre ont lieu des novilladas (corridas avec des taureaux jeunes et des toreros amateurs). La municipalité Bildu a donc décidé d’organiser un referendum sur le maintien ou non de ces novilladas en juin dernier. Résultats sans appel : 64 % des votants (963 votes) ont dit oui au maintien contre 36 % (542 votes). “Maintenant, nous savons ce que souhaite la population, les novilladas ont prouvé leur légitimité”, a déclaré la maire Bildu de Zestoa, déstabilisant ainsi l’ensemble de la classe politique espagnole et des médias conservateurs qui ont peu commenté cet exercice démocratique et le respect des engagements pris. Les tenants du maintien à Zestoa, notamment la coordination Buruzuri Zezen Elkartea, ont mené une campagne axée sur le fait que les novilladas existaient dans cette ville depuis 300 ans et qu’elles faisaient partie du patrimoine. D’autres villes du Gipuzkoa comme Azpeitia, gouvernée également par Bildu, continuent à organiser de tels événements. Déjà en 2010, le Parlement catalan, comme l’archipel des Canaries en 1991, avait approuvé l’interdiction des corridas par 68 voix contre 55. L’interdiction a été effective à partir du 1er janvier 2012 et la dernière corrida s’est déroulée en septembre 2011. Mais les pro-corridas ne baissent pas les bras, une pétition de près de 600 000 signatures contre l’interdiction a circulé accompagnée d’une demande “d’initiative législative populaire”. Le gouvernement espagnol a reçu et validé cette pétition et devrait se prononcer avant la fin de l’année. Le débat est bel et bien ouvert.
Bayonne "ville taurine" traversée par le débat
“Nous ne voulons pas rentrer dans une polémique, mais nous réaffirmons qu’il continuera à y avoir des corridas à Bayonne qui est une ville tauromachique. C’est une tradition multiséculaire dans notre ville. Nous notons malgré tout de la part des anticorridas une volonté d’entreprise de déstabilisation.” Ainsi s’exprimait dans nos colonnes le 13 juillet dernier le premier adjoint de la ville de Bayonne, Jean-René Etchegaray, réagissant à l’annulation du partenariat d’Alain Afflelou, concernant les fêtes de Bayonne. Et ce, au motif que le lunetier avait appris tardivement l’existence d’une corrida durant les fêtes de Bayonne. “Alain Afflelou en personne, ainsi que la société Alain Afflelou ne veulent pas s’associer à des événements impliquant des actes de violence envers les animaux”, indiquait le communiqué de cession. Au final, l’argent qui devait être versé pour le budget des fêtes et en aucun cas pour celui des corridas restera à Bayonne, mais sera affecté à d’autres animations. Un épisode bayonnais qui témoigne donc de l’irruption du débat sur la corrida dans un contexte économique difficile. La temporada 2011 à Bayonne fut marquée par un déficit de 415 000 euros. “Si on veut continuer les corridas à Bayonne, ce ne sera certainement pas le contribuable qui paiera”, avait déclaré le maire de Bayonne, Jean Grenet, lors du conseil municipal du 17 décembre dernier. Celui-ci souhaitait alors faire baisser les cachets des toreros les mieux payés. “Si nous n’arrivons pas à équilibrer les comptes d’ici deux ans, il faudra faire une délégation de service public (DSP)”, avait-il ajouté. C’est-à-dire confier la gestion des arènes à un privé. Le bilan 2012 des corridas sera connu d’ici quelques mois et le débat n’est pas près d’être clos.







