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Pays Basque

Envol des prix à la pompe : l’avis des pros

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25/08/2012

Pierre MAILHARIN

Des professionnels qui trinquent

Pour les transporteurs routiers, qui carburent au gasoil, l’envolée des prix est difficilement supportable : “Le gasoil, c’est entre 25 et 30 % de notre prix de revient”, explique Jean-Noël Bessonart, patron de l’entreprise Sallaberry. “Dès que le prix monte, cela joue sur nos coûts.”

En théorie, les sociétés de camions disposent d’un garde-fou : “On a une loi qui nous protège, le pied de facture gasoil. Elle nous permet de répercuter l’augmentation du carburant dans les prestations”, rappelle Bernard Lataste, président de l’Organisation des transporteurs routiers européens. Encore faut-il que la législation soit appliquée, c’est-à-dire que le client accepte. Ce qui serait loin d’être toujours le cas : “Nous avons des marges allant de 0,5 % à 1 %. A cause de cela, beaucoup de transporteurs sont allés dans le mur en 2011 et 2012.”

Du côté du transit voyageurs, le constat est encore plus alarmant. Au Basque bondissant, les pertes sèches font mal : “En 2011, à kilomètres équivalents, le surcoût a été de 150 000 euros”, témoigne le gérant, Joël Arcondéguy. Les taxis se plaignent également : “On est soumis à des tarifs préfectoraux pour le prix au kilomètre [1,66 actuellement, ndlr], réévalués chaque année. On ne peut pas répercuter l’augmentation des prix sur les clients, surtout en cette période de crise”, soupire Gérard Gomez, président de la Chambre syndicale des taxis Béarn Pays Basque.

Sur le port de St-Jean-de-Luz/Ciboure, la situation serait moins dramatique qu’ailleurs, compte tenu des caractéristiques de la flottille : “Il y a de la grogne des pêcheurs, mais moins que dans d’autres ports”, estime Robert Sansebastian, directeur de la coopérative La Basquaise, qui gère l’approvisionnement en gasoil détaxé. “On n’a pas de gros bateaux consommateurs, type chalutiers.”

L'attraction du prix au Sud

De prime abord, la proximité des stations de l’Etat espagnol paraît de nature à atténuer les difficultés des professionnels basques. Ce ne serait pas aussi évident. “On prend la majorité de notre gasoil côté espagnol”, indique M. Bessonart. “Mais la différence n’est finalement pas énorme. On a la possibilité de récupérer 3 à 4 centimes de TIPP sur la quantité de gasoil faite en France. Chez eux, ce n’est pas possible.” L’écart à la pompe étant d’environ 10 cts, les transporteurs gagnent au final “6 à 7 cts, ce qui est toujours appréciable”.

Parfois, l’avantage comparatif serait même absent : “Aller en Espagne n’est pas intéressant pour nous. C’est quasiment le même prix qu’en France. Et en France, on peut récupérer la TVA. Là-bas, non”, assure Gérard Gomez.

Chez les pêcheurs, la donne est encore différente, puisque le gasoil est détaxé et ne dépend pas du niveau d’imposition des Etats : “C’est nous qui fixons les prix toutes les semaines, après avoir procédé à la consultation de fournisseurs, de Bilbao, Bordeaux et Bassens”, détaille Robert Sansebastian de La Basquaise. Cette semaine, le gasoil est à 0,76 euro/ l sur le port.

Gel des prix ou baisse des taxes?

Le gel des prix à la pompe, promesse de campagne de François Hollande, ne se fera pas. A la place, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a annoncé mercredi une possible baisse de la TICPE (taxe intérieure sur la consommation de produits énergétiques, ex-TIPP).

A ce sujet, les avis sont partagés. M. Bessonart verrait dans un gel des prix à l’année le moyen pour les transporteurs routiers “de négocier plus facilement avec les clients”. Bernard Lataste, lui, n’y croit pas du tout : “ça va être de la rigolade, circulez, y a rien à voir. L’Etat ne peut pas fixer le prix du gasoil. Le prix du brut est négocié sur les marchés internationaux. Il peut juste jouer sur les taxes, mais c’est dangereux pour ses finances.” La diminution de la TICPE, elle, induira “une baisse à la pompe de 1 ou 2 centimes”, estime Joël Arcondéguy. “Quand le prix est de 1,50 euro/l, que ce soit 1,49 ou 1,51, la différence n’est pas significative.”

Chez les taxis, la crainte est de voir cette détaxe, “intéressante”, “récupérée” ailleurs, via par exemple une imposition sur “les véhicules polluants”, dont ils sont souvent en possession.

Des solutions alternatives

Pour aider les transporteurs routiers, Bernard Lataste a une préconisation claire : “Nous demandons que la DGCCRF, les fraudes, contrôlent si nous faisons marcher le pied de facture et voient si le client refuse de payer.”

En matière de transit de voyageurs, M. Arcondéguy pense pour sa part qu’“un prix professionnel égal à un plafond maximum pourrait être une solution”.

Afin de s’éviter de nouvelles taxes, M. Gomez sollicite, lui, les constructeurs : “Il faudrait qu’ils arrêtent de dire qu’ils vont produire des véhicules non polluants et hybrides, et qu’ils passent réellement à l’acte.”

Enfin, sur le port de Saint-Jean-de-Luz/Ciboure, M. Sansebastian considère qu’“il ne faut pas attendre grand-chose des aides nationales ou européennes, sachant que l’Europe n’est pas très favorable aux aides directes”.

 

 

L'envol du prix des carburants en chiffres au Pays Basque

Selon le site Internet france-inflation.com, le prix de l’essence sans plomb au mois d’août dans l’Hexagone est supérieur à celui de mi-2008, date de la flambée du prix du pétrole avec un sans-plomb 95 à 1,50 euro/l.

Vendredi, au Pays Basque Nord, ce dernier s’échelonnait entre 1,61 (Carrefour Saint-Jean-de-Luz) et 1,79 (Elan Tardets et Ustaritz). Le prix du gasoil est également à des niveaux records. Localement, il allait hier de 1,439 euro/l (Anglet BAB2) à 1,69 (Elan Urrugne).

Frédéric Lux, directeur commercial chez Lataste Transport, évalue depuis janvier 2010 à 30 % l’augmentation du prix du gasoil en valeur prix cuve mensuel.

Sur le port de Saint-Jean-de-Luz/Ciboure, le gasoil pêche détaxé est cette semaine à 0,76 euro/l, contre 0,74 la semaine dernière, et 0,70 la précédente.

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