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Pays Basque

«Une langue n’est pas un simple outil de communication, un canal vide»

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23/08/2012

Entretien avec Miren ARTETXE / Salariée de l’association Garabide

L’association Garabide basée à Eskoriatza (Gipuzkoa) effectue un travail de coopération internationale en faveur des langues minorisées. Rencontre avec Miren Artetxe, salariée de l’association de retour de Colombie, afin d’évoquer les initiatives menées.

Quel est le rôle de l’association Garabide et quels sont ses objectifs principaux ?

Garabide est une association de coopération internationale pour le développement. Elle existe depuis cinq ans et compte deux postes à plein-temps et un autre à mi-temps. Nous la voulons originale, en ce sens que nous n’apportons aucune aide matérielle, mais plutôt le partage d’un ensemble d’expériences ayant trait aux langues minorisées entre le Pays Basque et les pays du Sud.

Le cas de l’euskara est singulier et une réflexion a été menée afin de déterminer en quoi cette expérience originale pouvait servir de point de départ à une initiative visant à promouvoir la réappropriation de langues minorisées ailleurs. Notre action se fonde sur l’échange et le développement endogène de projets. Cette coopération porte sur la culture, la langue et le domaine éducatif.

En quoi la réappropriation d’une langue minorisée peut-elle aider une communauté ?

Nous ne développons pas nos actions simplement en vue d’assurer une diversité linguistique, bien que nous y soyons favorables, mais parce que nous sommes convaincus que la langue est en soi un facteur de développement aux plans social, économique, culturel… C’est également un élément important de cohésion pour une communauté quelle qu’elle soit, afin notamment de maintenir une opinion digne de soi-même.

Pour bien prendre la mesure de l’importance de la réappropriation d’une langue minorisée, je dirais qu’il faut regarder les dommages causés par sa perte. Une langue n’est pas un simple outil de communication, un canal vide et isolé de toute influence.

Que pouvez-vous apporter à ces communautés et de votre travail, quel enseignement peut-on tirer pour le Pays Basque ?

Nous, les Basques, et plus largement les Européens, on a la sensation d’être un peu plus que les autres.

En dépit de ce constat nécessaire, on peut dire que de nombreux acteurs de la culture basque peuvent apporter une aide, un conseil bienvenu dans un contexte donné et en réponse à une problématique linguistique spécifique. L’association Garabide effectue un travail d’intermédiaire et met en relation les compétences.

Au Pays Basque, nous avons un fonds de commerce de 50 ans de travail pour la réappropriation de l’euskara. Lorsque les ikastola furent créées, aucune méthode n’existait, aucun chant, aucun contenu pédagogique… Il faut mettre tout cela à profit pour d’autres.

Au sujet de l’apport pour le Pays Basque, et pour être honnête, nous apprenons généralement plus que les personnes auxquelles nous sommes confrontés dans les pays du Sud. En outre, les initiatives et projets étudiés peuvent enrichir nos perspectives et réflexions pour le Pays Basque.

Par exemple, il arrive de faire preuve d’un point de vue à la fois maximaliste et erroné, selon lequel la langue est le pilier de l’identité. En Equateur, dans la région de Kayambi, un important travail de réappropriation du quechua est en marche. Mais pour eux, il s’agit d’une langue liée à l’invasion des Incas précédant celle des Espagnols. La leur est malheureusement définitivement perdue. Parfois, la langue n’est pas le cœur de l’identité, comme au Pays Basque, et d’autres éléments comme de profondes croyances sont la clef de voûte de l’édifice identitaire.

Quels sont les moyens mis en œuvre pour parvenir à vos objectifs ?

D’abord, nous menons des études afin d’identifier les différentes actions menées en faveur des langues minorisées au Pays Basque ainsi que dans les pays du Sud. Ensuite, nous nous intéressons aux projets de développement endogène sur place.

Troisièmement, la formation est l’une de nos préoccupations majeures : elle fonctionne sur le mode d’un programme d’échanges et est sanctionnée par un diplôme en partenariat avec l’université Mondragon à Eskoriatza (Gipuzkoa), dont nous assurons la coordination du diplôme et de ses contenus.

Enfin, nous cherchons à mener des campagnes de sensibilisation concernant la situation sociolinguistique de langues minorisées ici, dans les écoles du Pays Basque ; mais ce n’est pas vraiment notre point fort.

Qu’en est-il de votre dernier voyage d’étude en Colombie ?

L’une des participantes audit diplôme avait fait connaître un projet éducatif en nasa yuwe, une langue répartie sur trois régions différentes de Colombie et en voie de disparition. La finalité du projet est de créer un système pédagogique et méthodologique afin de former des enseignants capables de dispenser leurs cours en nasa yuwe. Nous avons œuvré à la sensibilisation des parents, donné des conseils didactiques et linguistiques pour que les classes soient intégralement faites dans cette langue.

C’est un vaste projet et bien que l’on ait conscience du fait que notre action ne résoudra pas tous les problèmes, nous essayons d’apporter notre pierre à l’édifice. Ce voyage d’étude servira de base à un diagnostic.

Quels sont les résultats que vous obtenez ?

Par exemple, avec la communauté quechua, en Equateur, nous avions organisé un atelier afin de former des communicants utilisant leur propre langue pour véhiculer une information, grâce au travail d’une association de montage vidéo. Nous nous sommes chargés de la sensibilisation linguistique et de certains aspects techniques.

Jusqu’à présent, jai évoqué de très nobles idées, mais il faut faire une autocritique acerbe. Les résultats sont modestes, car ce sont de petits projets. Mais je pense que cela convient à notre action. Au départ, on avait tendance à vouloir montrer au monde ce qui a été fait pour l’euskara. On s’est rendu compte que cette attitude était pour le moins arrogante et qu’il n’est pas possible d’exporter des recettes miraculeuses et que chaque situation nécessite un traitement spécifique.

S’il nous manque quelque chose, et je parle du Pays Basque en général, c’est une culture et des compétences plus poussées dans le domaine de la coopération internationale.

Benjamin DUINAT

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