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Claudine Cazalis, jockey “murmureuse”, déterminée et passionnée

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23/08/2012

Béatrice MOLLE

“Caresser plutôt que taper.” C’est ainsi que Claudine Cazalis, femme jockey de 31 ans, définit sa méthode de travail avec les chevaux. Beaucoup l’appellent à cause de cela “la murmureuse”, en référence au film de Robert Redford. On connaissait ceux qui parlent aux chevaux, Claudine, elle, murmure. De Lasarte à Madrid, en passant par Los Angeles, Longchamp et Chantilly, la jeune Hendayaise s’est forgé une solide réputation dans un monde masculin. Le résultat d’une passion dévorante pour cette jeune femme qui découvrit le cheval lors de colonies de vacances de la SNCF, son père étant cheminot. Dès l’âge de 15 ans, elle prendra l’option cheval et se formera à l’école de jockeys de Mont-de-Marsan (Afasec) en passant son bac dans la foulée.

Les années ont passé et la jeune femme, fidèle à ses rêves d’adolescente, embrasse toujours avec ferveur sa carrière de jockey indépendante. Basée à Madrid, elle fait partie de l’écurie de Juan Carlos Fernández et participe actuellement aux courses à l’hippodrome de Lasarte jusqu’au 9 septembre. Chaque fois qu’elle court, la frêle jeune femme de 45 kilogrammes suscite l’enthousiasme de ses nombreux supporteurs qui suivent sa carrière. Impossible de citer toutes les courses, mais elle a enlevé une première place à Chantilly, est arrivée troisième dans le prix de la Corniche à Deauville, deuxième à Maisons-Laffitte pour son entraîneur Lafond-Parias et troisième à Longchamp en octobre dernier avec le cheval Raganeyev. Cette année, elle s’est envolée en Californie, où “le système est assez différent, je préfère l’Espagne et le Pays Basque. L’approche des chevaux est différente”. Au chapitre des difficultés, la crise frappe de plein fouet le milieu hippique dans l’Etat espagnol et il faut sans cesse trouver de nouveaux clients qui confient leurs chevaux. Le port d’attache affectif de Claudine demeure Hendaye où elle retrouve sa famille qui l’a toujours encouragée dans une carrière où la course en elle-même et la possible victoire ne sont que le résultat d’un long travail en amont. “Tous les matins, c’est lever à 5h30 et un tour à l’écurie. Nous nettoyons les chevaux et leur donnons à manger. Le samedi et le dimanche, c’est un peu plus tard”, remarque sobrement Claudine qui a “encore l’amour de l’animal”. Point de cravache si elle monte des chevaux connus, mais elle ne s’interdit pas son usage si le cheval est rétif. Car depuis le début de sa carrière, elle a eu trois accidents graves, “le lot quasi inévitable des jockeys”. Blessures qui se sont soldées par une fracture du tibia et du cubitus. Des ennuis relativisés par le fait qu’elle n’a guère à se soucier de l’obsession récurrente des jockeys : la prise de poids. La majorité des jockeys sont à la diète et font du sauna. “Je n’ai pas ce problème, je ne grossis pas. C’est une grande chance, car c’est le poids qui impose le cheval.” Son avenir lorsqu’elle raccrochera la selle, elle le voit forcément dans le monde du cheval. Peut-être dans le milieu des relations publiques, là où, comme avec les chevaux, mieux vaut “caresser plutôt que taper !”

 

Jockey et femme : encore du boulot !

“Je n’ai jamais ressenti une discrimination par rapport au fait que je suis une femme. Mais c’est une réalité, beaucoup d’entraîneurs n’aiment pas les femmes. Ce n’est pas le cas de mon entraîneur, Juan Carlos Fernández”, nous fait remarquer Claudine Cazalis lorsque l’on aborde la question du machisme supposé dans le monde des jockeys professionnels.

Les statistiques sont cependant implacables : très peu de femmes sont jockeys professionnelles. “Jockey n’est pas un métier de femme !”, entend-on dans le milieu hippique. Pourtant, les centres de formation accueillent de plus en plus de jeunes filles, mais, paradoxe, peu accéderont au métier de jockey professionnelle. Certains formateurs remarquent que l’on voit beaucoup de femmes à l’aube s’occupant des chevaux dans les écuries, mais beaucoup moins briller l’après-midi sur les pistes…

Autre paradoxe, en dehors de la compétition de haut niveau, la tendance s’inverse : il y a 70 % de cavalières dans les clubs. Pour devenir jockeys professionnelles, les femmes doivent donc sauter les obstacles dressés par le machisme ambiant. Ce qu’a réussi à faire Claudine Cazalis.

 

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