Culture
“Amaren Eskuak”, du roman au long-métrage

18/08/2012
Après Lekeitio et Andoain, le tournage d’Amaren eskuak a débarqué à Hendaye, rue des Lauriers. Amaren eskuak, le titre du premier roman de la jeune auteure et journaliste arabar Karmele Jaio paru en 2006. Aujourd’hui, la maison de production Baleuko choisit d’adapter l’œuvre et de la porter sur grand écran. A la barre, la réalisatrice Mireia Gabilondo, le scénariste Josu Bilbao, et le producteur Asier Bilbao. Et du roman au long-métrage, il n’y a qu’un pas… ou presque. “Le projet a quatre ans. C’est Eduardo Barinaga, le producteur de Baleuko, qui a lu la nouvelle et l’a tout de suite imaginée à l’écran. A partir de là, trois années ont été nécessaires afin de trouver les financements et écrire le scénario”, explique A. Bilbao.
Le choix de la réalisatrice s’est rapidement porté sur M. Gabilondo. “Mireia est réalisatrice, mais elle est avant tout une actrice, bien connue dans le milieu, assez restreint en Euskadi. Elle a donc été un atout également dans le choix des acteurs, comme Ainara Gurrutxaga, par exemple”, ajoute A. Bilbao. Et en ce qui concerne le casting, la production a privilégié des acteurs peu connus du septième art, une manière de ne pas “lasser le public avec des têtes familières comme c’est souvent le cas au vu du nombre réduit d’acteurs bascophones”. Outre Ainara Gurrutxaga, davantage adepte des planches que des caméras, on retrouve son époux à l’écran, Mark Schardan (voir encadré), ou encore Loli Astoreka, plus familière du grand public.
Entre Gasteiz et Hendaye
Avec une trame narrative qui se déroule à Gasteiz dans sa quasi-intégralité, la magie du cinéma permet de faire se multiplier les lieux de tournage, en particulier pour les scènes intérieures. La maison rue des Lauriers à Hendaye “joue le rôle” de la demeure des protagonistes Nerea (Ainara Gurrutxaga) et Lewis (M. Schardan), située en plein centre de Gasteiz. En pénétrant dans la cour intérieure, on se retrouve rapidement surpris par un panneau, décor historique, en rappel à la capitale arabar et visible de l’intérieur à travers les fenêtres. “Nous avons cherché une maison à Donostia, Oiartzun, Lasarte, Tolosa… Nous en avons visité des dizaines et des dizaines, rien ne nous satisfaisait. Jusqu’au jour où, par hasard, des amis nous ont parlé de cette maison à Hendaye”. Une demeure historique rue des Lauriers, l’un des repères des soldats allemands durant la Seconde Guerre mondiale. Et A. Bilbao d’étoffer : “C’est la maison idéale. A partir de sa structure ancienne, nous lui avons donné un look britannique, avec ce côté désordonné. Le look que nous voulions pour le couple.”
Silence, on tourne !
A l’intérieur de la villa règne un désordre ambiant, avec disques et livres à même le sol, une véritable fourmilière s’agite. Entre techniciens, maquilleurs, scripts, acteurs, tout ce petit monde veille à la bonne marche du tournage. La réalisatrice, M. Gabilondo, et le script, Eneko Dorronsoro, se tiennent à l’écart dans une pièce qui jouxte la chambre où sont tournées les scènes ce jour-là. Par le biais d’un écran et munis de casques, ils contrôlent, dirigent. Le tout dans le silence le plus complet, jusqu’au moindre ventilateur éteint pour chaque scène, afin de ne pas venir entacher le tournage, pour cette dernière journée à Hendaye.
Dès le lendemain, les camions rue des Lauriers auront disparu, le calme aura refait surface. Ensuite, place à trois jours à Gasteiz pour les extérieurs, une journée à Getaria, avant d’achever ces six semaines de tournage à l’hôpital d’Irun pour 15 jours. “Le tournage se termine début septembre, et le montage pour la fin de l’année. Ensuite, nous ne savons pas quand le film sortira sur les écrans. Certainement aux alentours du printemps 2013”, conclut A. Bilbao.
Un premier roman "Euskadi d'argent" pour l'auteure Karmele Jaio
“L’équilibre précaire qui dirige la vie de Nerea, 37 ans, s’effondre du jour au lendemain quand sa mère Luisa est hospitalisée, sombrant dans une amnésie totale. Absorbée par son quotidien d’épouse et de jeune mère, Nerea culpabilise alors de ne pas avoir réagi devant les premiers symptômes, et elle ne peut que constater aujourd’hui les fantômes du passé qui resurgissent au visage de sa mère. Luisa ne reconnaît pas Nerea et Nerea, a son tour, ne comprend pas pourquoi sa mère insiste autant pour qu’elle l’amène au phare ni pourquoi elle appelle en rêve un allemand inconnu… La jeune femme va alors découvrir une autre facette de la vie de sa mère et prendre conscience de la sienne.”
Le roman de Karmele Jaio, connaît un succès notable dès sa parution en 2006. Traduit en castillan dès 2008 et plus récemment en allemand, Amaren eskuak en est aujourd’hui à sa 10e réédition. Il reçoit le prix “Euskadi d’argent” l’année de sa parution en 2006, la critique se montre unanime. L’auteure, Karmele Jaio, y voit peut-être une explication : “Le récit reflète la manière de vivre de la génération actuelle. Et c’est en ce sens qu’il touche. La lecture d’un roman nous transporte dans un monde de sentiments, de pensées, de points de vue sur la vie, et à de nombreux moments le lecteur s’identifie, ou appose les jalons d’une réflexion sur sa vie.” Rien d’étonnant à ce que la maison de production Baleuko souhaite l’adapter sur grand écran. “Quand j’ai reçu la proposition, j’ai d’abord ressenti comme une sorte de vertige”, explique l’auteure d’Amaren eskuak. “En tant qu’écrivaine, je pense qu’il y a des choses qui ne se transmettent qu’au fil des pages, et ne peuvent pas se raconter par un autre moyen. Paradoxalement, c’est ce même vertige qui m’a poussée à m’embarquer dans ce projet audiovisuel passionnant.”
Et en effet, la question de l’adaptation se pose : comment capter l’âme d’un roman par d’autres moyens artistiques, un autre regard, à travers le langage cinématographique ? Début de réponse dans quelques mois.
Mark Schardan, un acteur basque en provenance des Etats-Unis
“– Tu dois lui faire sentir qu’elle est la plus belle au monde.
– Alors mes yeux devraient aussi briller un peu ?”
Lewis, alias Mark Schardan, doit donner la réplique à Nerea, son épouse à l’écran : “Zure begiak disdiratsuak dira berriz ere” (“Tes yeux brillent à nouveau”). Au vu de la complexité à faire ressortir les émotions, le producteur Asier Bilbao le conseille.
Le basque n’est en effet pas la langue maternelle de Mark Schardan, Etats-unien pure souche. Il interprète dans Amaren eskuak le rôle de Lewis, le mari anglais de Nerea. les deux personnages se sont en effet connus en Angleterre. Ainsi, l’anglais se veut la seconde langue du long-métrage. “Naturellement, les dialogues entre les deux protagonistes se font en anglais, ils se sont connus dans cette langue. Dans le scénario, lorsque Nerea aborde des sujets sérieux, elle s’adresse à Lewis en anglais. Elle est la langue la plus forte entre les deux jeunes époux.”
Mark Schardan, en plus d’apprendre le basque à l’euskal etxe de Barcelone, sa ville d’adoption, travaille ici son accent anglais. L’acteur plaisante : “Il m’est presque plus facile de jouer en basque que de prendre l’accent anglais !”
Mark Schardan, un acteur prisé des productions de Baleuko : on pourra en effet le voir dans la fiction Gernika sous les bombes, présentée lors du prochain festival de cinéma de Donostia, avant d’être diffusée sur le petit écran dès l’automne. L’Etats-Unien y campe le rôle d’un officier canadien. “Et après ça, on m’offrira peut-être un rôle de Russe !”







