L'opinion - Tribune Libre
La santé comme un bien commun ?
18/08/2012
F. -X. Esponde / Aumônier
L’art de servir le bien commun n’est pas de tout repos.
Les interprétations varient, les champs de préférence se démarquent, les projets politiques qui les distinguent en font le terreau préféré des programmes sociaux et électifs du moment.
Dans la tradition séculaire depuis 1891 de la doctrine sociale de l’Eglise, il est rappelé : “Il est impossible de promouvoir la dignité de la personne humaine si ce n’est en prenant soin de la famille, des groupes, des associations, des réalités territoriales locales, bref, de toutes les composantes associatives de type économique, social, culturel, sportif, récréatif, professionnel, politique auxquelles les personnes donnent spontanément vie et qui rendent possibles leur croissance sociale effective”…
Il en résulte un principe d’union des classes trouvant son origine dans la doctrine de l’amour du prochain. Cette solidarité peut être vue comme un autre nom laïcisé de la charité chrétienne.
La santé publique est de ce point de vue un espace des pratiques important de toute vie sociale.
La surveillance de l’état sanitaire d’une population engage les services de santé, la sécurité sanitaire veille à la prévention et à la promotion de santé.
Mais au nom de quels principes éthiques gère-t-on les crises sanitaires possibles ?
Qui décide et au nom de quoi ?
Chacun devine les intérêts financiers engagés par des lobbies sanitaires soucieux de rentabilité sur ces enjeux aux dividendes capitalisés.
Prioritairement la grippe de l’hiver ou la canicule de l’été ?
La prévention de l’alcool ou la prévention de la drogue ?
La protection de la mère et de l’adolescente fragile et exposée à la pratique aventureuse de la vie ou le grand âge et de ses vulnérabilités ?
Sans doute les deux à la fois, mais dans les priorités sanitaires du moment, chacun sait bien d’expérience que les choix obtenus ne sont pas toujours guidés par les mêmes observances.
De plus, accédant aux données individuelles et personnelles de tout le monde – un sujet objet d’échange sanitaire –, le dépistage justifie-t-il la diffusion possible par les moyens informatiques de l’état sanitaire de tout individu ?
Fichés que nous sommes depuis le laboratoire, la feuille de soin, les contrôles et les surveillances, de quelle liberté dispose-t-on de fait ?
Les interrogations ne manquent pas.
Qui décide des priorités de la santé publique, et du bien commun d’une société à un moment donné de son histoire ?
Sans doute la santé porte-t-elle au-delà de l’état curatif ou thérapeutique d’une population fragilisée. La crise sanitaire, l’état épidémique d’une population ont leurs contraintes. Mais au-delà de ce constat, que recouvre la prévention souhaitable d’une population aux addictions multiples dont la consommation habituée de médicaments est devenue de surcroît un usage très commun ?
Si ce jugement éthique recouvre ainsi bien des aspects politiques et des enjeux de prévention cruciaux, on comprend davantage que ces questions ne soient pas confisquées par des institutionnels au pouvoir discrétionnaire absolu car la santé comme bien commun doit demeurer objet ouvert au débat, d’intérêt général pour l’éducation de chacun.







