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Culture

Le Bayonnais Safy Nebbou revient avec le long-métrage “Comme un homme”

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11/08/2012

Cécile VIGNAU

Univers fantomatique, décors épurés, confrontation père/fils, un adolescent seul et désemparé… L’atmosphère du dernier film de Safy Nebbou revêt l’allure d’un conte, contemporain comme universel. Dans une violence permanente et sous-jacente, dans les silences, les confrontations, le déni, le tout au son tonitruant de la Septième Symphonie de Beethoven.

Safy Nebbou signe avec Comme un homme son quatrième long-métrage en tant que réalisateur, après Le Cou de la girafe (2004), L’Empreinte de l’ange (2008) et L’Autre Dumas (2010). Une nouvelle œuvre librement adaptée de L’Age bête du duo d’écrivains Boileau-Narcejac, maîtres du roman à suspense dans les années 1970. En attestent les nombreuses adaptations télévisuelles et cinématographiques de leurs œuvres, par Henri-Georges Clouzot et Alfred Hitchock, pour ne citer qu’eux.

Et Comme un homme s’inscrit bel et bien dans cette tradition du film noir. Le réalisateur bayonnais fait l’un choix de transposer la trame narrative, initialement dans une petite ville de province dans les années 1970, pour l’adapter à notre époque, dans une ville anonyme. A l’affiche, l’actrice Sarah Stern, qui campe le rôle de la jeune professeure séquestrée, le tandem père/fils étant joué par Emile et Charles Berling, pour une véritable première confrontation des deux acteurs à l’écran.

Après un retour aux sources du Bayonnais avec une projection en avant-première au Sélect de Saint-Jean-de-Luz et au Royal de Biarritz les 3 et 4 août derniers, Comme un homme sera dans les salles de l’Hexagone le 15 août prochain.

 

Dans la tradition du film noir

Louis, 16 ans est le fils du proviseur de son lycée. Son meilleur ami, Greg, est sous la menace d’un renvoi définitif après avoir agressé sa jeune professeure d’anglais. Pour se venger, il décide de la kidnapper. Louis devient complice en fournissant les clés d’un cabanon de famille isolé sur un îlot, dans les marais. Ligotée, humiliée, Camille est emprisonnée. Ils doivent la libérer le lendemain matin, mais Greg, victime d’un terrible accident de voiture, ne vient pas au rendez-vous…

 

«Je me dis qu’un jour, je ferai un long-métrage en langue basque»

Entretien avec Safy NEBBOU / Réalisateur

Comment L’Age bête de Boileau-Narcejac est venu à toi ?

Le producteur du film m’a fait lire le roman. Je connaissais Boileau-Narcejac grâce à deux adaptations marquantes : Vertigo d’Hitchkock, et Les Diaboliques de Clouzot. L’Age bête sonnait cinéma, j’ai beaucoup aimé ce roman. L’histoire se passe dans les années 1970, j’ai eu de suite envie de le changer, que ce soit plus sociétal, que ça résonne plus dans notre époque. Au fond, je me disais que deux jeunes qui enlèvent une prof aujourd’hui, ça pourrait très bien arriver.


On voit bien que nous sommes dans une époque actuelle, de par les vêtements, quelques indices disséminés. Cependant, l’espace-temps reste flou, à la limite d’un univers fantomatique.

On a volontairement choisi de ne pas référencer la ville, ni même les plaques d’immatriculation. Les décors sont épurés. Le lycée fait nord-américain plus qu’un lycée classique français. On a essayé de brouiller les pistes, de manière à rendre à la fois quelque chose d’intemporel et d’universel. Et également en ce sens pour m’éloigner d’un naturalisme que je n’avais pas envie de voir dans ce film. Effectivement, le film relève plus de l’ordre du conte, on retrouve une dimension fantastique.


Par rapport à la bande-son, il y a une prédominance de musique classique, avec des extraits d’œuvres de Haydn, Fauré.

Les morceaux classiques sont souvent liés au père. On doit saisir que c’est lui qui écoute ça ; symboliquement c’est comme s’il était un peu sourd à la douleur de son fils.

Par contre, des nappes ont été écrites par un compositeur de groupe de rock luxembourgeois. Ce sont des nappes souterraines, très peu mélodiques, et davantage présentes pour donner de l’atmosphère au film.


Tu savais dès le début du projet qu’un père et un fils camperaient des rôles similaires à l’écran ?

Non pas du tout, c’est venu plus tard. J’ai vu Emile la première fois dans Un Conte de Noël de Desplechin, j’ai beaucoup aimé. Quand j’ai commencé à écrire ce scénario, j’ai imaginé assez naturellement qu’Emile pouvait être Louis. Ensuite, toujours assez naturellement, je me suis dit ‘Tiens ! Son père est acteur’. J’ai pensé que cela conférerait une dimension supplémentaire au film, qu’on aurait peut-être quelque chose à y gagner.


Quand Louis tire sur Camille, est-ce une volonté de faire revivre la mort de la mère ?

D’une certaine manière, pour faire le deuil, il faut qu’il la tue une seconde fois. On voit bien qu’il n’est pas un tueur, D’ailleurs, il tire par accident. Mais il fallait que la grande histoire leur redonne la possibilité de sauver la mère. Ce qui n’a pas pu arriver dans l’accident où père et fils sont les deux survivants. On est dans le symbolisme, et non dans le réalisme même si une forme de vérité est là.

Dans l’ensemble de ton œuvre cinématographique (Le Cou de la girafe, L’Empreinte de l’ange, L’Autre Dumas), tu donnes le sentiment de chercher à briser des silences ainsi qu’un rapport à l’enfance ou à l’adolescence, comme un leitmotiv.

C’est un peu malgré moi. Je choisis des sujets sans savoir qu’ils se trimballent tout ça dedans. Après, la forme change un peu, thriller, film noir, comédie dramatique. Il y a toujours une espèce d’obsession autour de la difficulté de se parler, de se dire les choses, l’idée du deuil, de la perte, les silences, les non-dits, l’enfance. On peut commencer à dire que ça fait partie de mon univers.

J’écris deux films en ce moment, l’un dans ces problématiques-là, alors que l’autre est totalement sorti de ce contexte. J’adapte Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson. Il y a forcément des silences, mais pas de famille, d’adolescence.


Tu es adepte des “caméos”, des micro-apparitions dans tes œuvres.

C’est plus lié au désir de m’incruster dans le film. Il est noté que c’est moi qui l’ai fait, mais quand je suis dedans, au moins, j’en suis sûr. En général, je me mets souvent avec le personnage principal, ici avec Emile. Ça m’a aussi permis de travailler avec des bons acteurs.


Tu as fait par le passé deux courts-métrages en basque, Lepokoa (2003) et Bertzea (2001). Quels sont tes rapports avec la culture basque ?

J’ai déjà été très content qu’au dernier festival de Berlin, Lepokoa ait été pris dans la catégorie non officielle. Je me dis qu’un jour, je ferai un long-métrage intégralement en basque. Quelque chose m’a toujours excité dans cette veine-là. De travailler avec des acteurs basques a été formidable pour moi, de la même manière que de travailler dans une langue qui n’est pas la mienne.

J’ai aussi des origines algériennes, et ces deux films devaient initialement se faire en langue berbère. Parce qu’on n’est pas arrivé à les monter, j’ai pensé à les monter en basque. Je suis né à Bayonne, j’aime cette langue, elle est un peu magique.

J’ai beaucoup d’attaches affectives ici, à commencer par ma mère. Je privilégie naturellement toujours le Pays Basque pour les avant-premières.

 

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