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Pays Basque

Jean-Louis Larre : 29 ans après, l’énigme

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11/08/2012

Béatrice MOLLE

7 août 1983, camping de Léon, dans les Landes. Jean-Louis Larre, dit “Popo”, militant d’Iparretarrak originaire de Hélette, disparaissait lors d’une fusillade entre des membres de la gendarmerie et un commando d’Iparretarrak. Les échanges de tirs se solderont par la mort du gendarme Yves Giumara et le gendarme Jean-Pierre Plouzeau sera blessé. D’après les témoignages, Jean-Louis Larre ne participera pas à la fusillade et prendra la fuite dans la pinède voisine, le reste du commando parvenant à s’échapper à bord de la voiture de gendarmerie que l’on retrouvera abandonnée plus tard. Vingt-neuf ans après, il n’y a toujours aucune trace de Jean-Louis Larre qui, à l’époque des faits, avait 21 ans.

Quelque temps après cette fusillade, Iparretarrak, dans un communiqué, rend publique la disparition de Popo et l’organisation revendique sa participation à la fusillade. Le communiqué accuse les services de l’Etat de la disparition de Jean-Louis Larre. Le procès de la fusillade de Léon qui eut lieu 17 ans après les faits, en mars 2000, à la cour d’assises spéciale de Paris ne clarifiera pas la situation. Les militants d’Iparretarrak présents dans le box réitéreront le fait d’être persuadés que “la gendarmerie était responsable de la disparition de Jean-Louis Larre”.

Fait troublant : quelques jours après la fusillade de Léon, le 23 août 1983, les gendarmes découvrent un corps sur une plage proche du camping. Une famille avait signalé la disparition de leur fils, Pascal Dumont, âgé de 15 ans. La gendarmerie leur présente un corps comme étant celui de leur fils, trouvé sur la plage. Les parents ne reconnaîtront pas leur enfant, persuadés qu’il s’agissait de la dépouille d’un inconnu. Aucune analyse d’ADN ne fut diligentée, malgré les souhaits de la famille. En janvier 2003, des militants d’Iparretarrak ouvriront le cercueil et prélèveront un os qui sera confié à un laboratoire, mais l’os prélevé ne permettait pas une bonne analyse. Curieusement, le parquet niera que cette opération ait eu lieu et n’engagera ainsi pas de poursuites. De source judiciaire, on estime que même si le dossier est fermé, des analyses d’ADN pourraient être effectuées. Restent aujourd’hui le doute, l’énigme et le deuil impossible, 29 ans après.

 

“Il est essentiel de savoir la vérité”

Lors d’une interview dans notre édition du 02/04/2010 auprès de deux ex-prisonniers d’Iparretarrak (IK), Betti Bidart et Xabier Manterola, ceux-ci, à propos de Popo Larre, déclaraient “avoir été partout aux Etats-Unis, en Angleterre. Dès que nous entendions parler de quelque chose, nous étions mobilisés. Lors du procès de la fusillade de Léon, les parents Dumont ont été appelés à témoigner. Puis il y a eu le prélèvement de l’os dans la tombe de leur fils, qu’eux n’avaient pas identifié. Prélèvement négatif, car l’os prélevé ne permettait pas une bonne analyse. C’est une affaire où IK a mis tous les moyens afin d’éclaircir les circonstances de la disparition de Popo. Pour nous, il est évident que ce sont les gendarmes qui l’ont fait disparaître. Aujourd’hui, le cas de Jon Anza est similaire.” Pour Gabi Mouesca, ex-prisonnier d’Iparretarrak, il s’agit d’une dette morale : “Une mère doit savoir ce qu’est devenu son fils, la chair de sa chair. Dans le contexte actuel de processus de paix, il faudrait créer une commission justice et paix. Pourquoi le procureur n’a rien dit sur le prélèvement d’os ? Il va falloir que vérité soit dite.” Pour Ttotte Etcheveste, ex-prisonnier d’Iparretarrak, “Popo est l’une des victimes du conflit. Dans cette nouvelle phase de lutte, il est essentiel de savoir la vérité, car 29 ans après, nous nous posons toujours les mêmes questions.”

 

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