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Sujet à la une

“Attends, j’ai quelqu’un de la presse avec moi, c’est pour l’affaire d’Etat”

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11/08/2012

Pierre MAILHARIN

De loin, ils ont tous les défauts du monde : sales, voleurs, fraudeurs, et quelques autres dénominations sympathiques en “-eurs”. Sur les forums, c’est encore mieux. Ou quand le racisme ordinaire fait le délice d’internautes en mal de boucs émissaires.

Pour rendre son avis, le JPB est allé voir de plus près. Au stade Ibusty de Mouguerre, où un groupe de gens du voyage s’est installé sans autorisation dimanche, provoquant la controverse de l’été entre sédentaires et nomades (cf. édition du 08/08).

Et là, ô surprise : la crasse annoncée a subitement disparu. Volatisée. Le campement n’est pas propre. Il est très propre. ça fleure bon l’herbe de terrain de sport. Après quelques zigzags entre les caravanes, nous trouvons le pasteur M. Laurent, qui nous reçoit devant son mobile-home. La visite est totalement impromptue. Il est pourtant affable et souriant. Sans doute la fonction de journaliste modifie-t-elle les rapports. Tout de même : quel fossé avec le cliché du Gitan détestable !

Sédentaires pendant l’année

“Attends, j’ai quelqu’un de la presse avec moi, c’est pour l’affaire d’Etat”, plaisante-t-il au téléphone. Avant d’en venir au fait (voir ci-contre), nous voulons en savoir davantage sur ces grands voyageurs. Quelque 120 caravanes, 80 familles, soit un total d’environ 300 personnes vivent depuis dimanche sur le terrain de rugby de Mouguerre. Au nom du rassemblement évangélique “Vie et lumière”, auquel M. Laurent sert donc de guide.

“90 % d’entre nous sont propriétaires, nous avons un pied-à-terre”, précise l’ecclésiastique. “Notre mission dure de début mai au 15 août”. L’étape basque est la dernière* avant le grand rassemblement à Laon (Picardie) de Vie et lumière. “Là-bas, nous seront 10 000 caravanes et 50 000 personnes.”

Les membres d’une mission Vie et lumière ne se connaissent pas forcément avant le départ. “Avec quelques-uns, nous sommes de Bordeaux. D’autres sont de Charente, de Saint-Quentin, de Paris. Chaque année, on part avec des gens différents, en fonction de notre programme”, révèle M. Laurent.

Des ancêtres voyageurs

En commun, tous partagent des ancêtres nomades. Qui sont-ils vraiment au fond d’eux ? A la question de leurs origines, le pasteur se crispe quelque peu. Comme s’il hésitait à revendiquer la filiation gitane ou manouche. “Nous sommes les gens du voyage car nous sommes des gens qui voyagent. Quand il y a plusieurs mélanges de races – Gitans, Manouches, Rroms, Sintis – qui ne parlent aucune langue [autres que le français, ndlr], ce sont des gens du voyage. Mon grand-père maternel est catalan, mon grand-père paternel est manouche allemand. Je ne parle ni l’un ni l’autre.” Sur le campement, “trois ou quatre familles” continueraient d’utiliser la langue de leurs parents.

A chaque escale, les nomades font valoir leur profession (commerçant ou artisan) dans les villes concernées : “Les personnes qui travaillent sont déclarées à la Chambre des métiers et payent leurs impôts comme tout le monde”, tient à rajouter M. Laurent.

Prêcher la bonne parole

Le circuit estival a officiellement une autre fonction, d’évangélisation des membres de chaque rassemblement – la mission est rattachée à la Fédération protestante – qui ne sont pas tous déjà convertis : “La mission sert à remettre dans le droit chemin ceux qui en sont sortis. Il y en a ici, comme des sédentaires.” Des réunions avec cantiques et prêches sont régulièrement organisées au sein du campement. “Certaines personnes des communes y viennent”, certifie M. Laurent.

Ceux-là portent évidemment un regard sans préjugés sur le campement. Ce n’est pas le cas de tous. “L’attitude de la population vis-à-vis de nous va d’une extrémité à l’autre”, constate le pasteur. “Il y a des habitants de la commune qui trouvent normal notre réaction car la commune n’est pas en règle. D’autres qui disent qu’ils regrettent que les fours crématoires ne soient pas encore allumés car ils nous auraient mis dedans”.


*Après Nantes, Saint-Nazaire, Les Sables-d’Olonne, Rochefort, Royan, Gradignan, Lacanau, Arcachon, La Teste, Mont-de-Marsan, Pau et Labenne.

 

Ils attendent la décision de justice sereinement

La mairie de Mouguerre a engagé une procédure en référé auprès du tribunal administratif de Bayonne afin de faire partir les quelque 120 caravanes installées depuis dimanche sur le stade Ibusty. Les intéressés semblent assez sereins quant à la décision judiciaire : ils partent lundi et disent ne rien avoir à se reprocher.

“En février, on a fait les demandes aux préfectures”, explique le pasteur Laurent. Le sous-préfet Laurent Nuñez ne le nie pas, mais affirme qu’aucune réponse positive n’a été donnée aux nomades, toutes les aires étant déjà pleines.

“Si on devait s’occuper des réponses, on ne partirait pas. On n’en a pas une sur dix”, réplique M. Laurent. “La mairie fait son travail, mais d’un autre côté, elle n’a pas d’aire et n’est pas en règle par rapport au schéma départemental [en réalité, c’est la Communauté de communes Nive-Adour qui ne l’est pas, ndlr].”

M. Laurent rend hommage aux efforts de M. Nuñez en amont de leur arrivée sur Bayonne : “Il a fait son boulot pour nous trouver un terrain.” A ses yeux, les responsables de la situation sont les communes. “Chaque fois qu’il leur a fait des propositions, elles ont refusé.” N’ont-ils pas eux aussi rejeté des offres ? “Deux terrains, mais ils étaient trop petits. On ne veut pas se séparer : nous sommes un rassemblement, pas une dispersion.”

Les gens du voyage contestent les allégations du maire de Mouguerre faisant état d’un terrain et d’un système d’arrosage “saccagés” : “L’arrosage automatique est sous la terre, on n’est pas des taupes. On interdit aux véhicules de rouler sur le stade et on a un service de nettoyage.”

En cas de décision judiciaire défavorable, les gens du voyage la respecteront : “Je ne suis pas un guerrier, je suis un pasteur”, conclut M. Laurent.

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