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Sujet à la une

Iosu Uribetxebarria en grève de la faim, un tournant pour les prisonniers malades

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10/08/2012

Antton ROUGET

Mercredi 8 août. Dans la soirée. Le coup de tonnerre tombe aux alentours de 21h30. Et puis, vite, très vite, la nouvelle parcourt le Pays Basque.

Dans une note transmise aux représentants du mouvement en faveur des prisonniers basques Herrira (cf. encadré), Iosu Uribetxebarria, 57 ans, atteint d’un cancer du rein qui a métastasé aux poumons et au cerveau, annonce, depuis sa chambre d’hôpital de Donostia, qu’il a entamé une grève de la faim depuis les premières heures de la journée.

Le prisonnier originaire d’Arrasate, incarcéré dans les geôles espagnoles depuis 1987, voulait partager les derniers instants de sa vie avec ses proches. Dehors. Loin des serrures et des barreaux. Comme une dernière volonté. Le gouvernement espagnol le lui a sèchement refusé.

“Si la haine arrive à cet extrême, ma décision sera de mourir dignement.” Iosu Uribetxebarria avait menacé, mardi, dans les colonnes du quotidien Gara, de jeter ses dernières forces dans la bataille. Déterminé, il s’est exécuté. Dès le lendemain. “Iosu est très fort, les choses sont bien claires dans sa tête”, explique, le ton grave, Jon Garai de Herrira.

Celui qui réclamait “seulement un traitement juste et digne” et l’application de la loi espagnole – qui garantit la remise en liberté des détenus malades – n’a pas hésité. Utilisant la dernière arme de tout être humain, son corps, Iosu Uribetxebarria livre son dernier combat contre le gouvernement espagnol qu’il accuse de “maintenir dans les couloirs pénitentiaires de la mort” les prisonniers basques malades. Une décision extrême également motivée, confie-t-il dans sa lettre, par les “traitements atroces à l’encontre de [ses] proches”.

Les réactions n’ont pas tardé à fuser après l’annonce du prisonnier. A la vitesse grand V, sur les réseaux sociaux, d’abord. Et puis, la rue a repris ses droits. Aux messages spontanés “Iosu askatu orain!” (“Libérez Iosu maintenant !”) sur Twitter et compagnie, ont succédé communiqués et appels à manifester.

De 11 heures à midi, d’abord, les représentants d’institutions et de partis politiques se sont rassemblés devant l’entrée de l’hôpital Donostia. “Libérez Iosu, les 14 au pays !” Une banderole en main et 14 chaises vides devant eux – symbolisant les 14 prisonniers basques gravement malades (cf. encadré) – les membres, entre autres, de la gauche abertzale, Eusko Alkartasuna, Aralar et Alternatiba ont répondu à l’appel de Herrira.

A 17 heures, au même endroit, une assemblée d’une centaine de membres s’est réunie pour décider des prochaines mobilisations. Tractage, rassemblements tous les jours devant l’hôpital et dans les villages, etc. : le ton promet de monter jusqu’à demain, samedi, jour où une grande manifestation est convoquée dans les rues de Donostia. Maintien en détention des prisonniers malades, application de la doctrine Parot qui permet d’allonger la peine d’un détenu qui a accompli sa peine, dispersion : “La situation est très très grave pour Iosu, mais nous voulons aussi dénoncer toutes les atteintes faites aux droits de l’homme”, explique Jon Garai. Le gouvernement basque – absent sur le sujet – a bien essayé de mettre des bâtons dans les roues des organisateurs en leur demandant de “modifier le parcours pour ne pas qu’il affecte la sécurité” des fêtes de la capitale de Gipuzkoa, mais, répond, déterminé, le porte-parole de Herrira, la “manifestation se tiendra”. Cinq personnes ont également annoncé leur entrée en grève de la faim à partir de 10 heures, aujourd’hui.

A Bayonne, un rassemblement est organisé, ce soir, à 18h30, devant le consulat d’Espagne.

Dans les geôles françaises et espagnoles, aussi, la colère gronde. Trentre-cinq prisonniers basques des établissements de Villefranche-sur-Sâone, Fresnes, Séville II et Castello II se sont mis en grève de la faim. Nul doute que la fièvre va se propager dans les prochains jours. Dès les prochaines heures.

“Je me fiche de ce que fait une personne d’une telle moralité.” Du côté du gouvernement espagnol, qui s’est exprimé par la voix du porte-parole dans la Communauté autonome basque, C. Urquijo, le discours ne bouge pas d’un poil. Les prochains jours, eux, promettent d’être agités. Jusqu’à la fin.

 

Traduction de la lettre de Iosu Uribetxebarria

Le 8 août 2012,
A la société basque, de la part de Iosu Uribetxebarria Bolinaga, prisonnier politique basque.
Par cette lettre, je tiens à vous tenir au courant de ce qui s’est passé hier et de la décision que j’ai prise à la suite de cela. La journée d’hier a été assez spéciale parce qu’ils devaient me faire des analyses. Pour moi, c’était très important de réussir, de faire face et de rester concentré pour l’analyse.
Il faut dire qu’au début, le traitement des policiers, en général, n’était pas mauvais, [...]. Moi, je voulais rester avec mes proches et pour éviter les problèmes, je ne relevais pas les provocations. Mais doucement, les choses sont allées en s’empirant.
Jusqu’alors, les proches et amis devaient rentrer par deux pour rester avec moi. Hier, ils nous ont dit qu’ils devaient rentrer un par un. “Nous sommes ceux qui édictent les règles.” Des amis avaient des incertitudes quant à la liste [des visiteurs] qu’il y avait. Ils ont demandé au policier de la leur montrer et il a refusé. Aujourd’hui, mon envie était de faire la TDM (tomodensitométrie) et la ponction et d’essayer de résoudre cette situation.
[...] Le soir, au moment d’aller me coucher pour récupérer des forces, comme toujours, j’ai ouvert la fenêtre de la chambre pour l’aérer et la rafraîchir. (J’ai des barreaux à la fenêtre.) Ce que j’avais fait jusqu’à présent est devenu un problème, un policier a ordonné que la fenêtre devait rester fermée. J’ai tenté d’expliquer que la fenêtre a des barreaux, etc., mais en vain. “Vous, vous n’allez pas me dire à moi ce que j’ai à faire, la sécurité, c’est moi qui m’en charge”. Voilà à peu près ce qu’il m’a dit.
J’ai essayé d’arranger les choses, mais en vain. A cours d’argument, il m’a dit de “ne pas le menacer et de ne pas lever la main” alors qu’il n’y a eu aucune menace et que je montrais seulement la fenêtre de la main.
Face à une telle attitude fermée, j’ai appelé l’infirmière par la sonnette. [...] Bien qu’elle ne puisse résoudre le problème, pour qu’elle en parle au responsable ou au médecin et qu’il trouve une solution. L’interne est venu mais n’a rien pu faire, [il m’a dit] qu’il me comprenait, mais que ce n’était pas de sa compétence. Après ce dernier événement et au vu de ma situation générale, je lui ai dit que je ne ferai pas les analyses (TDM et ponction) et que j’entamais une grève de la faim, bien que sachant que, dans mon état, je ne durerai pas beaucoup de jours.
Je ne demande rien de spécial, seulement un traitement juste prenant en compte ma situation. Vu la situation dans laquelle je me trouve, comment pourrais-je accepter des traitements atroces à l’encontre de mes proches ? C’est impossible !
Donc, aujourd’hui, 8 août, à 00h00, j’entame une grève de la faim, d’une part pour ce que je vous explique ici et d’autre part, à mon avis le plus important, parce que le gouvernement espagnol est en train de faire durer une situation inacceptable en poussant la cruauté et la haine jusqu’à leur maximum. Il est inacceptable de maintenir 14 personnes très gravement malades en prison, dans les couloirs pénitentiaires de la mort. Les prisonniers malades à la maison !
Je veux souligner que de la part des médecins de l’hôpital, des infirmiers, des aides-soignants, [...] j’ai, à tout instant, reçu de l’aide et des encouragements. [...] J’aurais, par contre, espéré plus d’implication de la part de la direction face aux problèmes engendrés.
Pour terminer, madame, monsieur, jeune fille, jeune garçon, continuez sur cette voie, en faisant, tous les jours, le minimum [...] pour résoudre une fois pour toutes ce conflit. [...] Vive le Pays Basque libre ! Vive la classe ouvrière basque ! Aurrera bolie!
Je vous aime énormément, tellement ! Merci pour votre main tendue.
A bientôt les amis !

 

Quatorze prisonniers Basques gravement malades

Uribetxebarria Iosu (Arrasate, 1955)

Hospitalisé à Donostia à la suite d’un cancer du rein qui a métastasé aux poumons et au cerveau. Déjà opéré en 2005. Arrêté en 1987 et condamné à 30 ans de prison.

Arizkuren Josetxo (Iruñea, 1958)

Incarcéré à Pontevedra, il souffre d’une cardiopathie ischémique depuis 2008. Détenu en 1999 et condamné à 30 ans de prison, il a été hospitalisé en 2011 pour la pose d’un stent.

Berriozabal Inma (Elorrio, 1951)

Incarcérée à Pontevedra depuis 2009 et condamnée à huit ans et demi de prison, elle souffre, entre autres, de diabète, d’hypertension artérielle, d’une hépatite B et d’insomnie chronique.

Garalde Isidro (Ondarroa, 1951)

En détention à Cadix, il souffre entre autres d’une cardiopathie ischémique et a été hospitalisé en 2006. Ayant accompli sa peine en 2010, il reste incarcéré en vertu de la “doctrine Parot”.

López de Abetxuko J.  (Gasteiz, 1949)

Incarcéré à Llanera, il souffre d’une bradycardie symptomatique et d’un adénome de la prostate. Hospitalisé en 2009 et en 2011. Arrêté en 1989, il est condamné à 30 ans de prison.

Gogorza Aitzol (Errenteria, 1975)

Incarcéré à Basauri, il souffre de troubles obsessionnels compulsifs. Arrêté dans l’Hexagone en 1999, il est en détention provisoire dans les geôles espagnoles depuis 2011.

Etxeandia José Miguel (Larrabetzu, 1951)

En détention à Salamanque, il souffre de troubles obsessionnels compulsifs et d’une hépatite C. Condamné à 18 ans de prison, il est incarcéré depuis 2007.

Etxeberria Iñaki (Iruñea, 1964)

En détention à Salamanque, il souffre d’une hémorragie rétinienne et d’une perte de l’acuité visuelle. Interpellé en 1996, il a été condamné à 30 ans de prison.

Martín Txus (Basauri, 1962)

Incarcéré à Zaballa, il souffre d’un trouble affectif délirant. Arrêté en 2002 dans l’Hexagone, il a été condamné, en mai dernier, à 36 ans de prison dans les geôles espagnoles.

Biguri José Angel (Menagarai, 1955)

En détention à Martutene, il souffre d’un cancer de la prostate. Arrêté en 1989, sa condamnation a été rallongée, en 2008, jusqu’en 2016 en vertu de la “doctrine Parot”.

Mendinueta J. Mari (Arbizu, 1968)

A Zuera, il souffre entre autres d’une discopathie dégénérative, d’une hernie discale, d’une hernie inguinale et d’insomnie chronique. Sortie prévue en 2021, en vertu de la “doctrine Parot”.

López de Luzuriaga G. (Agurain, 1959)

En détention à Martutene, on lui diagnostique un cancer du sein en 2007. Arrêtée en 1989, l’application de la “doctrine Parot” en 2010 allonge sa condamnation jusqu’en 2019.

Erro Iñaki (Iruñea, 1960)

Incarcéré à Iruñea (provisoire), il souf-fre d’une cardiopathie ischémique. En prison depuis 1987, sa condamnation a été rallongée, en 2011, en vertu de la “doctrine Parot”.

Arruarte Garikoitz (Hernani, 1980)

Incarcéré à Almería, il souffre d’une maladie rhumatismale dégénérative et de chondropathie rotulienne. Il a été arrêté en 2003 et condamné à 30 ans de prison.

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