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Sujet à la une

Au cirque A. Fratellini, le clown du spectacle est portugais

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09/08/2012

Pierre MAILHARIN

Il fallait sans doute s’y attendre : le pitre aux grandes chaussures noires, dans ses petits souliers, a la déconnante un peu moins facile. “Je suis quelqu’un de normal. Je m’amuse, je pleure, j’ai des problèmes avec la famille. Tout ce qui fait partie de la vie”, assume-t-il. En coulisse, le farceur professionnel n’est pas non plus triste. Juste humain, en fait.

Arys, de son vrai nom Aires Ribeiro, 44 ans, réserve ses excentricités à la piste du cirque A. Fratellini. Faire le clown le transcende : “Quand je suis malade, ou que j’ai des problèmes familiaux, je m’habille, je mets le maquillage et j’oublie tout”.

Avec une certaine réussite, puisque la compagnie n’hésite pas à mettre en avant ce virtuose portugais. Dans son spectacle, où l’amuseur d’enfants intervient à cinq reprises. Et auprès des médias, pour lesquels il est présenté comme l’attraction “phare”. “Chez lui, le clown est naturel. Les gens ne ressentent pas que c’est fait par obligation”, loue William Fratellini. Surjouer n’est pas jouer, c’est bien connu. “Je fais le clown parce que j’aime faire ça”, confirme Arys. “Même si c’est aussi pour gagner ma vie, je le fais de manière naturelle.” Une fois le costume enfilé, s’entend.

“Le clown naît avec la personne”

Sans la fibre, point de carrière : “On n’apprend pas à faire le clown. Il y a beaucoup d’écoles de cirque, tu apprends à faire du trapèze. Mais je ne connais pas un clown qui soit passé par une école. Etre clown, c’est quelque chose qui naît avec la personne. Si tu ne l’as pas, tu n’arriveras jamais à faire grand-chose.”

L’inné primerait donc sur l’acquis. Avoir le talent, cependant, ne suffit pas. Arys lui-même s’est formé, à l’âge de six ans, aux côtés de son père, clown du grand cirque portugais Victor Hugo Cardinali – le grand-père manipulait les marionnettes de Guignol. Après un intermède entre dix à 15 ans au football, il s’est remis à la piste, où il a progressivement gagné en expérience et en notoriété. Au point d’obtenir, en 2001-2002, le deuxième prix du concours national des clowns portugais. Derrière un concurrent étranger.

Sous les ordres de M. Mordon depuis huit ans, associé des Fratellini, il vient seulement de démarrer la tournée avec le cirque installé à Anglet : “Cela fait juste un mois et ça se passe bien”, raconte-t-il. “Des gens du cirque m’appellent, Sophie Edelstein de Pinder, les Medrano. Mais je préfère ici, car on fonctionne en famille. Là-bas, les artistes sont regardés comme des objets.”

Un cirque de clowns

En mettant en lumière le numéro d’Arys, le cirque A. Fratellini, lui, ne s’y trompe pas : il valorise son artiste en même temps qu’il renoue, symboliquement, avec l’histoire de la compagnie. Trois frères clowns (François, Albert et Paul), qui se produisaient au début du XXe siècle, ont forgé sa renommée. Annie Fratellini, l’une de leurs descendants, l’a prolongée en devenant la première femme clown, après-guerre.

La performance d’Arys présente la particularité d’être très musicale. “Les clowns jouent beaucoup avec la musique au Portugal. Mon père m’a appris. Je joue de la trompette, du saxo, de l’accordéon, du trombone, de la flûte, de l’harmonica. La seule chose dont je ne joue pas, c’est du violon.” Arys aime faire venir sur la piste des enfants du public, il s’adapte à l’affluence et propose des gags destinés tantôt aux petits, tantôt aux parents.

Le clown portugais officie en duo, jusqu’à il y a peu avec l’une de ses filles, Daisy, récemment partie vers d’autres spécialités du cirque. Désormais avec Jasmine, sept ans. Elle a manifesté l’envie d’imiter son père, car “c’est trop rigolo de faire rire les enfants”. Son nom de scène : Mouskit. “J’ai tous les habits, il ne me manque plus que les chaussures”, s’enthousiasme-t-elle. La tradition familiale a encore de beaux jours devant elle.

 

Des spectacles tous les soirs à 21 heures jusqu’au 19 août

Pour s’y retrouver dans l’arbre généalogique des Fratellini, quel cirque ! Une chose est sûre : depuis le 20 juillet et jusqu’au 19 août, les adeptes d’Alain, descendant parmi les descendants du célèbre trio de clowns des années 1910-1940 (François, Albert et Paul), ont posé chapiteau et chameaux à Anglet, du côté de la chambre d’Amour.

“Cela faisait une vingtaine d’années que nous n’étions pas venus dans la région”, affirme William Fratellini, monsieur Loyal du spectacle et “arrière-petit-fils de Paul”.

La particularité de la troupe en présence ? “Nous sommes avant tout une école de cirque de la région parisienne, créée en 1997 par Alain Fratellini”, dévoile le jeune présentateur de 18 ans.

Le cirque A. Fratellini revendique l’utilisation d’artistes formés par ses soins à Saint-Denis, bien sûr, mais aussi dans les antennes de Bordeaux, Lyon ou encore Lisbonne. “Toute l’année, on tourne sur les routes françaises avec les artistes qui ont fini leurs études”, certifie W. Fratellini.

Des virtuoses étrangers complètent le dispositif, notamment Arys, clown portugais très apprécié. Un fakir, des jongleurs, des trapézistes “et tout ce qui fait la vie d’un cirque habituel” sont avec lui au menu tous les soirs, à 21 heures (10 euros enfants, 15 euros adultes ; renseignements au 06 64 23 46 04).

Sans oublier le lot obligatoire d’animaux : lions, chameaux, dromadaires, lamas, alpagas, watusis d’Afrique et autres buffles d’Ecosse.

 

“Les gens se changent les idées”

La crise économique n’épargne personne. Le cirque, dont la bonne santé dépend en partie du pouvoir d’achat des gens, est forcément touché. “C’est plus difficile”, reconnaît William Fratellini. Pour autant, il dit constater chez le public “un besoin de joie de vivre, d’amusement”, qui permet “au cirque de marcher encore” dans le contexte actuel. “On parle avec les gens à l’entracte, ils nous disent qu’ils ont envie de se changer les idées, d’oublier les soucis”, complète le monsieur Loyal du spectacle.

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