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Un Drone de Photographe A Hendaye

07/08/2012
Antton ROUGET
Les esprits de Félix “Nadar” et de Yann Arthus-Bertrand règnent désormais sur la côte basque. Le premier, pionnier de la photographie aérienne dès 1858, et le second, célèbre réalisateur de La Terre vue du ciel, qui a largement contribué à la diffusion de ce genre photographique, ont en effet fait un émule sur les plages hendayaises. A 26 ans, le jeune créateur Yohann Darmayan souhaite ainsi développer son entreprise de photographies et de vidéos aériennes à l’aide d’un drone.
TuVeMaFoTo.com : un pari innovant et ambitieux pour ce jeune entrepreneur. Un moyen de se différencier du grand public à l’heure où la révolution numérique a mis dans les mains du moindre photographe amateur un appareil haute définition.
“Cela rajoute une troisième dimension à la photo, c’est vraiment d’enfer pour communiquer.” Y. Darmayan ne tarit pas d’éloges sa “nouvelle monture”. “En un seul plan, je peux montrer un site dans son environnement proche, mais aussi dans son cadre global. Quelque chose de complètement bluffant.” A près de 100 mètres du sol, le drone balade en effet, sur une nacelle, appareils photos et caméras vidéos à travers les paysages pour des clichés souvent impressionnants.
Stagiaire et maître de stage
Loin de l’image du jeune Steve Jobs qui passe des heures à bricoler dans son garage, la rencontre entre Y. Darmayan, ce jeune amateur de nouvelles technologies, des “choses qui font le buzz”, et la photographie aérienne est le fruit d’une série d’opportunités.
C’est en effet en 2009, au cours d’un voyage entre amis en Indonésie et en Australie, que ce passionné de surf tombe dans la photographie. “A Bali, il y a un photographe dans chaque vague. Mes copains m’ont dit : ‘Fais ça à Hendaye !’” Y. Darmayan a 23 ans. Pas du style à perdre son temps, il rentre de son séjour en mai et se lance dès juin : “Je faisais les photos pour quatre écoles de surf de Hendaye le matin et je les vendais l’après-midi.”
En montant sa propre entreprise, il reprend, en septembre, à Bayonne, son master pro management et ingénierie du sport qu’il avait laissé de côté au bout de la première année pour voyager. En “M2 par alternance”, Y. Darmayan est, dans son entreprise, à la fois stagiaire et maître de stage.
A l’aide de son mémoire permettant de mesurer “la rentabilité de la photographie sociale”, la société se développe. Aux photos des écoles de surf s’ajoutent les clichés de bateaux – le père de Y. Darmayan étant gérant d’une société de vente de bateaux, le jeune homme connaît bien le milieu – : l’entreprise s’agrandit (deux salariés), mais pour Y. Darmayan, elle “manque d’outils de différenciation” face à la concurrence.
“Ebahi devant cette machine”
Une première opportunité se présente en février 2011. L’office de tourisme de Hendaye, avec qui Y. Darmayan a de “bons contacts”, cherche à réaliser une visite virtuelle du château Abbadia à travers plusieurs photos panoramiques. Le jeune entrepreneur n’a jamais fait cela, mais il saute sur l’occasion. “Je suis comme ça, j’aime bien les défis.” Pas du genre à tourner en rond, Y. Darmayan part dès la semaine suivante en formation. Une semaine aux côtés d’Arnaud Frich, un grand panoramiste français, le “recordman du monde de la plus grande photographie panoramique : Paris 26 gigapixels”.
Et puis le jeune entrepreneur élabore le projet. Même s’il “met trois semaines au lieu d’une normalement” pour réaliser ces photos qu’il “sous-vend”, cette première est une réussite ; ça y est, le jeune créateur est lancé. En avril 2012, à la faveur d’une nouvelle législation qui réglemente l’utilisation des drones (cf. encadré) et à la suite de plusieurs mois d’étude de marché, il fait le grand saut en proposant des prises de vue aériennes à l’aide d’un drone.
“Tout le monde était ébahi devant cette machine” : depuis 2009 et le Salon nautique international de Paris auquel il a participé aux côtés de son père, l’idée d’utiliser un drone pour prendre des photos hante ses esprits. Photos panoramiques à 360°, vidéos présentant, en une unique séquence, plans serrés et larges : si piloter ce “grand insecte” est un “pur rêve pour un grand enfant”, le drone permet surtout des prises de vue modernes.
“On me dit souvent : ‘Yohann, ton métier, c’est un grand jeu’”, mais pour le jeune entrepreneur, pas question de perdre son sérieux : “C’est un métier très pointu, la moindre erreur ne pardonne pas.” A la moindre négligence, le risque de blesser quelqu’un, mais aussi, à 10 000 euros le modèle, de casser sa tirelire.
Si l’investissement de base est “un gouffre” – autofinancement de deux drones, d’un dispositif pour les photographies panoramiques, etc. – et l’activité “pas ultra-rentable au départ”, Y. Darmayan fait confiance au “potentiel énorme” de la prise de vue aérienne. Tourisme, événementiel, mais aussi télévision et cinéma : pour le jeune Hendayais, si la prestation représente “un certain prix”, le résultat est, lui, sans appel. Partenaires publics (offices de tourisme, Communautés de communes), golfs, campings, et, récemment, un contrat avec l’opticien Krys : “Nous avons pas mal de contrats”, explique fièrement Y. Darmayan.
Dans un secteur en pleine croissance, TuVeMaFoTo.com espère maintenant profiter de la vague. “Il faut être professionnel, devenir le meilleur et garantir une bonne qualité” : ne reste plus pour la jeune entreprise – deux salariés à plein-temps, un stagiaire et cinq à dix “freelance” – qu’à se montrer à la hauteur.
Un pilote professionnel et une attestation de la DGAC
Face au développement de l’activité civile, la réglementation autour de l’exploitation des drones se met progressivement en place.
Ainsi, l’arrêté du 11 avril 2012 relatif à la conception des aéronefs civils qui circulent sans aucune personne à bord pose pour la première fois en droit français la définition juridique du drone.
Ainsi, pour effectuer les prises de vue aériennes, c’est Didier Famery, pilote d’expérience de Saint-Paul-lès-Dax (dix ans en aéro-club), qui est aux commandes des deux drones de TuVeMaFoTo.com. Les capacités du pilote ont été contrôlées à trois reprises par des organismes différents (la gendarmerie de l’air et deux instances de l’aviation civile).
La jeune entreprise hendayaise est également l’une des premières de l’Hexagone à avoir déposé un dossier auprès de la Direction générale de l’aviation civile (la DGAC) pour “l’emploi d’aéronefs civils télépilotés.”
Si l’attestation de dépôt (datée du 1er août dernier) permet pendant une durée limitée à l’entreprise d’utiliser les drones, TuVeMaFoTo.com devrait recevoir l’attestation définitive demain, soit le mercredi 8 août 2012. Celle-ci réglemente la formation des pilotes et définit les responsabilités de l’exploitant.
“Aussi bien que circuler en voiture sans assurance me paraît inconcevable, j’ai attendu qu’une législation se mette en place pour les drones.” Yohann Darmayan, fondateur de TuVeMaFoTo.com a dû patienter plusieurs mois avant de se lancer.
Visites virtuelles et reportages videos
L’utilisation d’un drone permet à l’entreprise TuVeMaFoTo.com de proposer plusieurs prestations à partir d’images aériennes.
Ainsi, la visite virtuelle, largement prisée par les professionnels du tourisme, permet à l’internaute de “se balader” dans un site photographié, à partir de photographies panoramiques à 360°, sous tous ces angles.
Le reportage vidéo à partir d’un drone présente, lui, l’avantage de combiner plans larges et plans serrés, en une séquence continue (sans montage). “En une machine, nous pouvons faire le travail d’un rail et d’une grue pour la télévision et le cinéma”, explique Yohann Darmayan, fondateur de la jeune entreprise hendayaise.







