Pays Basque
Quand la mémoire s’invite au cœur de la fête

04/08/2012
Béatrice MOLLE
Jeudi, en pleines fêtes de Romo, Félix Arnaiz a reçu un hommage de la part du comité des fêtes et d’Ahaztuak, association des victimes du régime franquiste.
Retour 43 ans en arrière : 2 août 1969, fêtes de Romo quartier de Getxo en Bizkaia. Il est deux heures du matin. Félix Arnaiz, 20 ans, meurt d’une balle en plein cœur tirée par la garde municipale. Son “crime” : celui d’avoir avec sa bande de copains chanté dans la rue. Ce qui, en plein franquisme, avait indisposé l’adjoint au maire qui appela la police municipale pour faire taire les trublions. Une bande de jeunes chantant devant le bar Vega et qui, face à l’agressivité des gardes, se rendra dans un autre endroit, où les gardes les suivront. Un garde sortira son pistolet et visera l’un des jeunes gens qui instinctivement lui prit la main et put ainsi faire dévier la trajectoire des balles. Il sera arrêté et amené dans une voiture de police. Félix Arnaiz, resté à l’extérieur, essuiera un tir en plein cœur et mourra des suites de ses blessures.
Version officielle : un accident
La version officielle parlera d’un “accident fortuit”, résultat d’un affrontement avec une personne qui voulut enlever son arme au garde municipal. Il n’y eut ni enquête ni jugement et les témoins de l’époque furent priés de ne pas faire de vagues.
A l’époque, la famille voulut porter plainte et la mairie de Getxo, alors désignée par le pouvoir franquiste en place, proposa une somme d’argent pour éviter les poursuites judiciaires. Le tout accompagné de pressions sur la famille et sur leurs activités professionnelles. Menaces, peur et silence, le cocktail détonnant de toutes les dictatures.
Quelque 43 ans plus tard, l’association Ahaztuak réclame justice pour Félix, “victime de l’impunité d’un régime dictatorial soutenu par la répression et la violence”, regrettant que la loi sur la mémoire historique du gouvernement espagnol n’accorde pas à Félix le statut de victime du franquisme. Quelque 43 ans plus tard, à l’endroit même où le jeune homme a été assassiné, un aurresku a été dansé en son honneur, en présence de sa mère et de ses frères.
“Vérité, réparation et justice”
L’association Ahaztuak 1936-1977, créée en 2005, a comme objectif de faire connaître les crimes franquistes perpétrés plus particulièrement en Pays Basque.
Faire connaître et perpétuer la mémoire de celles et ceux qui ont combattu le fascisme. “Vérité, réparation et justice” sont les mots clés de cette association qui recherche les témoignages et tente de défricher une mémoire longtemps occultée.
Ce samedi, à 12 heures, à Busturia (Bizkaia) aura lieu pour la cinquième année consécutive un hommage aux gudari, miliciens et victimes du franquisme.
Dans cette ville, le 5 août 1937, sept personnes dont deux conseillers municipaux seront fusillés au cimetière de Derio : 75 ans après, l’hommage organisé conjointement par la mairie de Busturia et Ahaztuak aura lieu devant le monolithe érigé dans le quartier d’Axpe.
Busturia a payé un lourd tribut au franquisme : pas moins de 19 morts et disparus au combat, cinq personnes condamnées à de longues peines de prison, dont deux à perpétuité, un mort dans le bombardement de Gernika situé à quelques encablures et trois qui perdront la vie à la suite d’explosions. Tel est le sinistre bilan du coup d’Etat franquiste et de la lutte antifasciste qui s’ensuivit.







