RSS
Index > Edition papier > Pays Basque

Pays Basque

La coopérative Logicoop se saborde

p005_ph01_78300.jpg

04/08/2012

Pierre MAILHARIN

Voilà, c’est fini. Les pêcheurs d’hier auront sans doute quelques vagues à l’âme en apprenant la nouvelle : après plus de 50 ans d’existence*, la coopérative Logicoop s’apprête à quitter le port de Saint-Jean-de-Luz/Ciboure. Direction le cimetière marin. La dissolution de la structure, qui rassemblait encore une quinzaine de bateaux, a été décidée lors d’une AG extraordinaire mardi soir.

On se quitte rarement bons amis. Alors quand on meurt… Le naufrage de Logicoop laisse derrière lui deux camps quasi irréconciliables, en conflit depuis plusieurs mois sur les choix stratégiques de l’organisation. Et, au final, quant à sa survie ou non.

Les uns, emmenés par le président Dominique Dirassar, souhaitaient continuer l’aventure, en “rentabilisant” mieux les services proposés, en “les diversifiant” et “en supprimant le maximum de dépenses”. Les autres, fédérés par Ramuntxo Iturrioz, préféraient “arrêter avant d’être dans le rouge”. C’est cette ligne qui s’est donc imposée, par 16 voix à 6.

“Il a fait ça par vengeance”

L’addition est aussi salée que l’océan. Trop, au goût de M. Dirassar, qui souligne que “la majorité des pêcheurs actifs” était sur sa position, quand M. Iturrioz aurait “été cherché des pouvoirs de retraités”. “Ce n’est pas tout à fait exact”, rétorque l’intéressé, “sur les dix pouvoirs que nous avions, il y avait cinq navigants”.

Rien d’illégal, en tout cas. Mais le procédé fait dire à M. Dirassar que M. Iturrioz a voulu régler des comptes : “Il a fait ça par vengeance. Cela fait des années qu’il essaie d’avoir la présidence, qui lui a été refusée. C’est le seul moyen qu’il a trouvé pour exister.” Réponse du frondeur : “M. Dirassar, ça fait deux ans qu’il est à la coopérative. Avant, il vendait des vêtements chez Quiksilver. J’ai été l’un des fondateurs de Logicoop et son premier président. Je n’ai aucun compte à lui rendre.”

La glacière de la discorde

On s’en tiendra là pour les échanges d’amabilités entre les deux hommes, qui se cristallisent également autour de la famille Ubera, père et fille, rangée du côté de M. Dirassar. Au-delà de ces questions de personnes, de vraies divergences de fond se faisaient jour quant à la voix à suivre pour redresser la barre financière d’un navire Logicoop qui prenait l’eau. La querelle a atteint son pic lors de l’affaire de la glacière, vendue récemment au Conseil général, propriétaire du port.

M. Dirassar assure qu’elle faisait “perdre de l’argent” à Logicoop et qu’elle devait donc être “mise aux normes”. “On avait convenu avec le Conseil général de lui vendre puis d’en récupérer la gestion. La glacière est alors tombée en panne. On s’est aperçu qu’elle n’avait pas été entretenue comme elle aurait dû l’être. La CCI [Chambre de commerce et d’industrie, gestionnaire du port, sur délégation du Conseil général, ndlr] en a profité pour nous retirer l’AOT [autorisation d’occupation temporaire]. La glacière a été donnée en exploitation à la criée de Saint-Jean”, déroule-t-il.

Pour M. Iturrioz, cette vente constitue une grave erreur. “C’était la colonne vertébrale de Logicoop, elle rapportait en gros 100 000 euros par an, qui aidaient à payer le frigoriste, la directrice et la secrétaire.” La cession aurait été réalisée dans le dos des adhérents : “Ils ont pris une décision sans rien demander à personne. Ils se sont dits : on va se débarrasser de la glacière. Leur but ultime était de virer tout le personnel. Et il y a eu un accord entre M. Dirassar et la CCI pour qu’on nous enlève l’AOT.”

La version de Mme Aragon

Contactée, la CCI n’a pas souhaité réagir. Marie-Christine Aragon, conseillère générale PS déléguée à la pêche, nous a, elle, livré sa version des faits : “La coopérative n’avait pas les moyens de rénover la glacière. Les travaux étaient très importants. Elle nous a demandé des financements. Ce que l’on pouvait lui accorder n’était pas suffisant pour qu’elle s’autofinance. Il restait la solution de nous la vendre, qu’on la remette à neuf nous-mêmes et qu’on fasse ensuite un appel d’offres pour la gestion. C’est ce que nous avons fait, mais Logicoop n’a ensuite pas participé à l’appel d’offres. Pour ce qui est de l’AOT, il est renouvelé tous les trois ans.” Quoi qu’il en soit, cette bataille perdue aura été celle de trop aux yeux de M. Iturrioz, qui a estimé que les autres activités de Logicoop (colis de poisson, algue rouge, vente d’appâts) ne pourraient assurer sa pérennité.

Et maintenant ? La dissolution prononcée, le dernier emploi (secrétaire) va disparaître tandis que les actifs restants de Logicoop seront redistribués – M. Dirassar les évalue à “400 000 à 500 000 euros”. Mais à qui ? D’aucuns les voient gagner le quai rival de la coopérative La Basquaise. Une autre possibilité serait la cession à l’Etat via la caisse des dépôts et consignation. Les adhérents de Logicoop en décideront lors d’une ultime assemblée générale.


*Créé en 2000, Logicoop a fusionné en 2005 avec Hegokoa (1978-2005), qui était avant Itsasokoa (1953-1977).

 

La Basquaise “ne s’en réjouit pas”

“Personne ne se réjouit de l’arrêt d’activité d’une coopérative. Cela affaiblit l’organisation générale du port.” Robert Sansebastian, président de la coopérative rivale La Basquaise, a commenté vendredi sobrement la dissolution de Logicoop.

Il voit essentiellement deux raisons à cet échec : “D’une part, la perte de trois quarts de leurs adhérents ces dernières années. Mais aussi l’absence de diversification pour assurer la rentabilité.”

La Basquaise, elle, se trouve justement en phase de diversification, avec l’ouverture vers le 15 août, dans les locaux de l’ancienne criée de Saint-Jean-de-Luz, d’un point de vente à l’enseigne de sa filiale : Le Comptoir du pêcheur. On y trouvera des produits de la mer transformés et des produits régionaux (cidre, txakoli, piment d’Espelette).

Les produits de la mer proviendront dans un premier temps de ports de Gipuzkoa et de Cantabrie (Santona). “Mais d’ici la fin de l’année, notre projet est d’acheter des poissons à la criée, de les faire transformer par un industriel de la région et d’avoir au final des conserves de poisson locales, vendues sous une marque que nous avons déposée, Kaskarot.”

inprimatu