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Culture

«J’essaie de montrer que la musique classique peut être moderne, fraîche»

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04/08/2012

Entretien avec Thibault CAUVIN / Guitariste

A28 ans, Thibault Cauvin est un virtuose de la guitare. Parcourant le monde pour transmettre et partager sa passion, le jeune Bordelais est considéré comme “l’ambassadeur du renouveau de la guitare classique”. A l’occasion du Festival international de piano classique, qui se tient jusqu’au 7 août prochain, l’artiste débarque à Biarritz pour une confrontation “cordes pincées versus cordes frappées”. Aux côtés des trois pianistes de renom que sont Judith Jáuregui, Gabriel Urgell Reyes, et Vestard Shimkus, Thibault Cauvin promet de nous embarquer dans un voyage aux accents ibériques, avec une soirée entièrement consacrée aux compositeurs de l’Etat espagnol et d’Amérique latine. Le tout à l’espace Bellevue de Biarritz ce samedi à 21 heures.


Comment as-tu intégré l’univers de la guitare classique ?

J’ai eu la chance de naître dans une famille de musiciens, mon père étant lui-même guitariste. J’ai été bercé par ses notes depuis toujours. Je me suis mis à travailler techniquement à l’âge de cinq, six ans, dès que j’ai eu les doigts suffisamment longs pour toucher la guitare. J’ai commencé les premières années avec mon père, avant d’intégrer le conservatoire de Bordeaux, et très rapidement le conservatoire supérieur de Paris. Adolescent, j’ai passé beaucoup de concours internationaux. J’ai eu la chance de remporter 13 premiers prix avant l’âge de 20 ans ; ma carrière a explosé à ce moment-là. Aujourd’hui, ça fait huit ans que je me consacre aux tournées.


Tu es souvent considéré comme l’“ambassadeur du renouveau de la guitare classique” : ces qualificatifs te correspondent-ils ?

J’ai grandi dans deux univers musicaux très différents. Celui de la musique classique, que je revendique aujourd’hui de par mes études au conservatoire, les master classes, avec un rapport très intellectuel à la musique. En parallèle à cette formation classique très poussée, j’ai grandi dans un univers de musiques plus actuelles. Mon père est lui-même au départ musicien de rock et de jazz. Naturellement, aujourd’hui, je fais un peu le lien entre ces deux univers : techniquement, je reste un guitariste classique, mais je joue différents styles et compositeurs actuels.

Je vois la musique classique comme quelque chose d’actuel, de jeune, de nouveau, de frais, et j’ai vraiment envie de revendiquer ce côté-là, de prouver au plus grand nombre que cette musique n’est pas réservée à une élite intellectuelle. Ayant assisté à de nombreux concerts étant enfant, j’ai pris beaucoup d’influences. J’essaie de développer le rapport avec le public, la communication, de montrer que la musique classique peut être moderne, jazz, fraîche, voire même branchée.


Penses-tu que cela puisse contribuer à une démocratisation de la musique classique ?

Il est très important pour moi de garder le respect de mes pairs, une qualité très élevée, et ce public de spécialistes, de mélomanes ; c’est aussi l’une de mes priorités. Mon souhait serait d’additionner à ce public-là un nouveau public. Pour que la musique classique se renouvelle et évolue, il est important d’apporter modestement sa pierre à l’édifice.


Tu affectionnes les villes, leurs sonorités…

Exactement, c’est d’ailleurs le concept de mon dernier disque qui sort dans quelques mois. J’ai la chance de parcourir le monde depuis l’âge de 14 ans avec ma guitare. Lors de ces nombreux voyages, j’ai traversé des villes qui m’ont touché. Depuis quelques mois, je prends plaisir à les mettre en musique au travers de mes doigts et de ma vision.  Lors de mes concerts actuels, je propose chaque soir une destination. Je n’ai pas non plus la prétention, lorsque je décris des villes comme Séville par exemple, de jouer du flamenco, mais j’essaie de prendre les couleurs et les ambiances de ces villes, et de les revisiter. A ma manière, avec mon regard et mes doigts.


Le concert de samedi renvoie également à un voyage aux accents ibériques. Qui plus est, tu vas être confronté à trois pianistes. Comment penses-tu aborder ce concert ?

En effet, la quasi-intégralité de mes concerts est en solo. C’est une expérience inhabituelle. J’ai cette “mission” de défendre la guitare à l’occasion du Festival de piano classique que je vais essayer de remplir. Montrer que la guitare est un instrument passionnant et tenter de séduire un public qui vient a priori du piano. Ça va être un rendez-vous intéressant, aux côtés de pianistes brillants.


Tu es un interprète reconnu. L’univers de la composition t’attire-t-il ?

Je ne compose pas directement, j’exerce cette identité de musicien classique. Mais j’ai la chance de collaborer avec de nombreux compositeurs qui me font l’honneur de m’écrire des pièces. Depuis quelque temps, je fais de plus  en plus d’arrangements, notamment pour ce projet des villes. Je prends toujours soin de choisir des pièces avec une large part d’interprétation, pour pouvoir m’exprimer pleinement.

Etudiant, ça a pu me poser des problèmes : j’avais toujours ce désir de mettre une grosse partie de moi dans mes interprétations, donnant des pièces trop personnelles aux yeux de certains. J’ai gardé cette personnalité qui pour moi est importante. Ça me comble et je suis très épanoui comme ça. Je ne ressens pas ce besoin ou cette envie de composer. Peut-être plus tard, mais pas aujourd’hui. Je suis satisfait de m’exprimer pleinement dans mes interprétations.


Cécile VIGNAU

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