Sujet à la une
L’appartement de Michèle Alliot-Marie n’est plus sous surveillance policière

31/07/2012
Pierre MAILHARIN (avec A.R.)
Vendredi 27 juillet, aux alentours de 18 heures, les deux fourgons de CRS et la voiture banalisée postés depuis dix ans devant l’appartement de Michèle Alliot-Marie à Ciboure ont levé le camp. Fin de mission. Un petit mois et demi après la destitution législative de l’ex-ministre de l’Intérieur, le symbole est fort. Au Pays Basque, le bouleversement du paysage politique vient manifestement de déboucher sur celui du quai Ravel.
Pour Gilles Reveillard, délégué CRS du syndicat de police Alliance, ce retrait était attendu : “Cela fait un moment que ce service était sur la sellette. Mme Alliot-Marie n’ayant plus de mandat électif, il n’y avait plus de raison qu’elle bénéficie de ce dispositif.” Le délai de 40 jours correspondrait au temps d’installation du nouveau gouvernement socialiste.
Depuis une dizaine d’années
Enclenchée au début des années 2000, à l’avènement de Michèle Alliot-Marie à de hautes fonctions ministérielles (Défense, Intérieur, Justice, Affaires étrangères), la surveillance de son domicile quai Ravel mobilisait au minimum deux CRS 24 heures sur 24. L’un, confiné dans un véhicule banalisé rue Pocalette, contrôlait l’accès à l’arrière du bâtiment. L’autre, installé dans une camionnette “Boxer” stationnée sur le parking au bord de l’eau, supervisait le passage quai Ravel. Un deuxième fourgon, garé une place à côté, servait semble-t-il uniquement pour les relais de garde.
Cette protection, financée par le contribuable, a commencé à être la cible de (quelques) critiques après le départ de MAM du gouvernement en février 2011. Se trouvait-elle encore justifiée ? Lors des législatives, l’argument a été brandi par les détracteurs de l’ex-ministre. Il n’est pas impossible qu’il ait fait mouche auprès d’une partie de l’électorat et participé à déboulonner l’indéboulonnable.
De fait, un rapide calcul permet d’évaluer le coût vertigineux que conservait le dispositif. A minima, il englobait huit emplois journaliers en comptant les quatre relais nécessaires – certaines sources, comme le syndicat Unité SGP Police FO, évoquent même 16 fonctionnaires. Selon l’annexe budgétaire au projet de loi de finances 2011, le coût moyen annuel d’un emploi de policier est de 55 756 euros. En hypothèse basse, on peut donc estimer, sur un an, le prix pour le contribuable français à quelque 446 048 euros. A l’échelle de la décennie écoulée, à près de 4,5 millions euros !
Gênes quotidiennes
L’installation dans le quartier des policiers n’était pas seulement un fardeau budgétaire pour la communauté. De nombreux témoignages font état de gênes quotidiennes, entre places de parking réquisitionnées – quatre en tout, il était interdit de se garer à côté des deux fourgons – et excès de zèle des CRS. “Un soir, je reçois un coup de fil à 23 heures”, raconte un ancien riverain. “On me prévient que le service de déminage va arriver. J’avais dans ma voiture une bombonne de gaz que je devais amener à ma borde. Les CRS m’ont dit qu’ils allaient défoncer la porte et jeter le véhicule dans l’eau si je ne venais pas. Heureusement, j’étais là…”
D’autres vont plus loin, et dénoncent certaines attitudes curieuses. “Quand des jolies filles passaient, ils les regardaient avec insistance”, affirme un voisin, qui se souvient aussi avoir vu “dormir la bouche grande ouverte” des officiers en service. Un deuxième relate une anecdote stupéfiante : “Un jour, je sors dans la rue et je vois le flic sortir de la voiture avec son arme. A un moment, il laisse son fusil contre une murette et s’en va chercher son paquet de clope tombé cinq mètres plus loin…”
“Perdu quelque chose du décor”
Pour tous ceux-là, le départ des CRS est vécu comme une délivrance. D’autres ne sont pas aussi catégoriques : “Ils étaient plutôt agréables. On perdait trois places de parkings, mais ça n’était pas très grave. Leur présence était normale : Mme Alliot-Marie est une personne de l’Etat. Lorsqu’il y a eu une alerte à la bombe, on a pu mesurer leur efficacité. On a l’impression d’avoir perdu quelque chose du décor.”
Par ailleurs, si elle ne constitue pas vraiment une surprise pour les CRS, la décision de quitter le quai Ravel a quand même suscité des inquiétudes. Le syndicat majoritaire Unité SGP Police FO s’est ému dans un tract, daté du mercredi 25 juillet, de l’avenir des “16 fonctionnaires de la CRS 42 Nantes”, en service à Ciboure. Selon le même document, le futur de ces derniers ne serait finalement pas menacé.







