Culture
«La photographie est une bonne école, c’est se faire une vision du monde et l’envisager»

28/07/2012
Cécile VIGNAU
Séverine Dabadie est un électron libre. passionnée de photo depuis toujours, cette native de Socoa partage aujourd’hui sa vie entre l’Inde et le Pays Basque. Autodidacte, elle part en quête de ses deux pays, pour nous livrer des pans d’humanité, toujours avec la complicité de Christine Etchezaharreta pour l’écriture des textes. Après deux premiers ouvrages sur l’Inde, Un Jour à Kashi et Kushti in Banaras, elle publie plus récemment Laxoa, aux racines de la pelote basque, aux éditions La Cheminante (Ciboure). Séverine Dabadie dédicacera ses trois ouvrages à la librairie de la Plage à Hendaye le 10 août prochain à partir de 17 heures. En attendant, son travail est visible sur le site www.severinedabadie.com.
Peux-tu revenir sur ton parcours ? Comment as-tu fait de la photographie ton métier ?
Au lycée, j’étais en A (actuelle section littéraire), les deux heures de cours hebdomadaires de chimie ne m’intéressaient pas. Le professeur nous a envoyés, à quatre ou cinq, au labo photo et nous a expliqué comment ça marchait. Dès la première photo, j’ai trouvé ça miraculeux. Il nous fallait des négatifs pour alimenter ça, j’ai commencé petit à petit à bosser pendant les vacances pour me payer mon propre matériel. C’est vite devenu une passion très envahissante et coûteuse. Après le bac, on m’a expliqué que la photo n’était pas un métier, je me suis donc dirigée vers une fac de lettres modernes, pour devenir institutrice. Mais j’ai toujours gardé la photo. De là j’ai rencontré Jacques Sinsou, alors propriétaire de la boutique de Ciboure. Très intelligemment, il m’a mis l’arrière-boutique à disposition. J’ai passé des années à y être constamment fourrée, à prendre toutes les informations que je pouvais. Son but était de me faire comprendre et analyser les photos. Tout un aspect technique inculqué avec passion et sans aucun intérêt, et tout un côté artistique, une sorte de bouillonnement enthousiaste. Depuis trois ans, j’ai complètement arrêté l’enseignement et ne vis que de la photo.
Tu as toujours voyagé ? Pourquoi l’Inde ?
Les voyages m’incitaient à faire des photos, et les photos à partir en voyage : une sorte de cercle vicieux infernal. Je voulais voir le monde entier. A l’âge de 15 ans, j’ai vu un documentaire sur Bénarès, la ville sainte de l’hindouisme, avec le Gange, des cérémonies de dévotion 24h/24. Ça m’a fascinée. Quand je suis arrivée à Bénarès, à 38 ans, j’en suis tombée dingue. C’est une mine à photos extraordinaire. Depuis huit ans, j’y passe la moitié de l’année.
Le troisième livre est consacré au laxoa : pourquoi avoir choisi de mettre en avant cette pratique ?
Je suis passionnée par l’Inde et j’en ai fait mes deux premiers livres. Mais je suis d’ici. Alors quand je suis au Pays Basque, je fais des photos basques. Le laxoa, première des modalités de la pelote basque, est largement oublié et ne survit que grâce à quelques passionnés qui ont décidé de le faire vivre. Il existe un seul tournoi, très vivant, dans la vallée du Baztan, excepté une seule partie annuelle à Ciboure en août. Il y a 50 joueurs à travers le monde, j’ai voulu rendre hommage à ce pan de l’histoire de la pelote et donc de l’histoire du Pays Basque. L’authenticité, le désintérêt qu’il peut y avoir par rapport au courant actuel de la pelote, l’esthétique du jeu, tout cela est magnifique. Le geste du laxoa est large, et donc l’amplitude du mouvement est une chorégraphie. Pour un photographe, c’est intéressant et esthétique.
Tu vois à travers la photo un moyen de transmission ?
C’est un moyen de transmission, et ça a à voir avec la mémoire et la nostalgie. Il y a une part de témoignage importante. J’essaie de ne pas être une photographe qui se regarde le nombril, mais plutôt qui essaie de témoigner des autres. Le sujet doit être mis à l’honneur, je n’aime pas le côté narcissique que peuvent avoir certains artistes. Sans le sujet, le photographe n’est rien. Ne me plaisent que les aventures humaines. Une phrase importante de Cartier Bresson dit que faire de la photographie, c’est mettre dans la même ligne de mire l’œil, la tête et le cœur. Sans l’humanité, le sentiment, une sorte de souffle, ça ne vaut rien.
On voit dans tes trois livres que tu retraces des aventures humaines.
Le côté mouton de Panurge fait que tout le monde va dans le même sens à regarder les mêmes choses. Souvent, on oublie de regarder des petits trésors. Par ce côté, j’ai toujours cherché à être indépendante dans mon travail. La photo est un prétexte à tout ce que l’on veut, aux rencontres. Et l’humanité est partout, les humains sont tous pareils, on pleure et on rit pour les mêmes choses, nous avons le même destin.
Il y a d’ailleurs dans ton travail une majorité de portraits, de gens.
Ce sont les gens qui m’intéressent. Un pays n’est rien sans les gens, ce sont eux qui font son âme. J’aime montrer leur visage, les traces du temps et la rudesse de la vie, j’aime voir leurs mains, car elles parlent. Je pense qu’il y a deux manières de faire de la photo. D’abord une manière illustrative qui peut être intéressante, et de la photo plus intimiste, dans les détails. Quand on fait un livre, il faut qu’il y ait un peu des deux. Là, je suis sur un projet de livre sur Bénarès, c’est une vision intimiste de la ville, qui va essayer de montrer Bénarès d’une manière un peu atypique. C’est une vision personnelle, un peu psychédélique parfois, qui va montrer ce que les autres n’ont pas forcément envie de voir ni les Indiens envie de montrer.
Où en es-tu de tes projets ?
J’ai des projets indiens. En novembre, une exposition de mes travaux est prévue dans une galerie de Bénarès, du 1er décembre au 15 janvier. Elle devrait ensuite aller se promener dans toute l’Inde. C’était l’un de mes rêves, c’est ma première exposition en Inde, faite par un Indien.







