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Sujet à la une

Les Euskarians à la relance

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28/07/2012

Marc DUFRECHE

Ne pensez pas y voir des Imanol Harinordoquy, Arnaud Héguy ou encore des Aretz Iguiniz sur le terrain. Le rugby professionnel est aujourd’hui à des années lumières du monde des Euskarians. “Les pros, on n’y compte plus”, dit sans détour Gérard Murillo, celui par qui est née cette équipe au début des années 1980.

Les pros ont leur monde, leurs invitations, leur droit à jouer des matchs à l’autre bout du monde. “On veut donner à des jeunes d’ici, bons au rugby, la perspective de jouer des matchs uniques, de pouvoir s’exprimer librement en dehors du club”, poursuit Gilles Chaudière, l’un des hommes par qui revit le projet Euskarians depuis 2011.

Nostalgiques ou visionnaires ?

Ce dernier explique la démarche : “On n’a pas de stade, on joue avec les chaussettes du club, il y a de la générosité dans le jeu, une certaine idée du beau rugby, du risque offensif. La victoire n’est pas une finalité.” Tout cela sent le “C’était mieux avant”. A moins que ce ne soit l’inverse et que les Euskarians soient en avance sur leur temps comme le développe celui qui joua comme arrière à l’Aviron, Cognac et Hendaye : “Nous ne sommes pas des nostalgiques du rugby d’avant. On veut juste proposer autre chose. On a des valeurs et on propose un rugby différent. Le rugby basque a existé… Existe-t-il toujours ? Il est de plus en plus difficile de le rencontrer. La plupart des ses caractères sont laissés loin derrière, par les contraintes de l’adaptation au jeu moderne et par la fascination de l’argent. La mondialisation ne vaut pas que pour l’économie, la finance et l’art. Elle a aussi touché le rugby. L’originalité s’est diluée, l’identité s’efface et la culture se perd. Pourquoi les concepts de développement durable de responsabilité sociétale ne trouveraient-ils pas leur place dans le rugby ? J’ai parfois rêvé d’un club professionnel de rugby qui au lieu d’un stage commando dans une caserne irait refaire un chemin de montagne, un projet physique qui ait du sens. Est-il complètement utopique de penser que le rugby moderne, y compris au plus haut niveau, pourrait tirer profit d’une identité, d’une éthique, d’un projet de jeu promis à l’imagination, sensible à la création, à un jeu ou tout n’est pas écrit d’avance. Nous avons conscience de notre marginalité, mais nous sommes peut-être des précurseurs. C’est un projet alternatif. Pour l’instant nous sommes condamnés à faire des matchs pendant l’été comme celui pour les fêtes de Bayonne.”

Histoire

Cela n’a pas toujours été le cas car les Euskarians ont une belle histoire. Gérard Murillo déroule ce passé de 30 ans : “Officiellement, les Euskarians ont été créés en 1994, mais bien avant, l’idée avait vu le jour. Il y avait eu ce premier match en 1980 au profit des ikastola contre l’Irlande avec comme capitaine un certain Peio Dospital. Avec la sélection Côte basque, en 1989, j’avais intégré six joueurs du Sud dont Díaz, Puertas, pour aller jouer l’Ulster à Belfast. En 1990, à San Mames, il y eut un Euskadi contre Catalogne. Blanco était avec nous et il y avait beaucoup de joueurs de Perpignan en face. En 1993, nous avons joué contre le Leinster à Biarritz. L’année suivante, j’ai emmené une équipe constituée pour moitié de joueurs du sud et pour l’autre moitié de joueurs du Nord. On a été à Tahiti et on y a joué un match contre les îles Cook. Tout le monde s’était payé le voyage. Et puis en 1998, il y a eu ce fameux match à Saint-Sébastien, le premier match de rugby à Anoeta entre les Euskarians et la province irlandaise de l’Ulster. Ça avait été formidable.”

“Les Euskarians ont un passé glorieux et on essaye de les relancer”, poursuit Gilles Chaudière. La relance, l’une des plus belles initiatives du jeu de rugby. Une philosophie, non sans risque, mais les Euskarians ne sont pas nés pour calculer des endroits idéaux pour admirer le spectacle.

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