RSS
Hasiera > Paperezkoa > Sujet à la une

Sujet à la une

Borroka, la lutte qui se bat pour exister

p004_79443.jpg

27/07/2012

Pierre MAILHARIN

Corps contre corps, les deux mains agrippées à la ceinture de l’adversaire. Dans son dos. Les lutteurs basques sont prêts. Ils n’ont pas dix ans, et se toisent déjà du regard. Duel fille-garçon. Un colosse en habit d’arbitre explique brièvement les règles. Au coup de sifflet, on y va. C’est parti !

Les borrokistes en herbe – et sur herbe – s’affrontent au milieu d’un rectangle tracé à la craie, d’1,20 mètre de large sur dix de long. Objectif, simple : propulser l’autre dans son camp et en dehors des limites. Ou l’amener au sol à deux reprises.

Mademoiselle souffre d’un léger déficit de puissance. Mais ne manque pas de roublardise. Acculée sur sa ligne, elle lâche la zinta. Faute, intervention du “referee”, retour au centre du terrain. Reprise. Par deux fois, monsieur se retrouve au tapis (vert). Défaite. Et léger grognement de dépit.

Une discipline “païenne”

Mercredi, sur la pelouse de la Poudrière – entre le pont du Génie et l’antenne du Conseil général –, plusieurs dizaines de vaillants de tous âges se sont essayées à la borroka, pratique de lutte basque ancestrale, remise au goût du jour et codifiée ces dernières années par l’association Borroka 64.

Résumé historique avec son président, Bernard Cabos : “La lutte basque est très ancienne. Elle était païenne au départ, elle date donc d’avant Jésus-Christ. Il s’agissait de vénérer la Terre Mari. Le but était de soulever l’autre, de telle façon qu’il n’ait plus de contact avec la terre et perde ainsi sa force, sa puissance. Cette lutte s’est toujours déroulée au moment des fêtes.”

Aux XVe et XVIe siècles, l’Inquisition porte tort à la discipline : “L’Eglise a interdit toute forme de pratique violente et païenne. Il y a eu un passage à vide de la lutte basque. Une théorie est que les Basques se seraient alors mis plus intensément à la danse. On retrouve cet aspect martial dans la danse basque : beaucoup de sauts, de lancers de pieds, de défis et d’affrontement”, révèle Bernard Cabos.

A Bidache, il y a 100 ans

Les traces de borroka, elles, ont été identifiées sur des statues d’églises navarraises, datant des XVe et XVIe siècles. A Bidache et Bardos, il semble qu’on luttait encore il y a une petite centaine d’années. A Hélette, c’était en montagne que cela se passait, car les curés s’opposaient aux affrontements à l’intérieur du village.

Les vestiges de ces pratiques ont permis à Borroka 64, en partenariat avec l’université de Gasteiz, d’élaborer un règlement unifié de la lutte basque. Celui-là même qui a été utilisé mercredi après-midi à la Poudrière.

La présentation de la borroka en préludes des fêtes, pour la deuxième année consécutive, a été réalisée en collaboration avec la section lutte de l’Aviron Bayonnais. Elle se voulait avant tout ludique : “La borroka n’est pas un sport en tant que tel, il n’y a pas de championnite. Ce que l’on voulait, c’est faire participer les gens, pour qu’ils prennent du plaisir et se défoulent”, souligne Bernard Cabos.

inprimatu