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Sujet à la une

“Justes” du Pays Basque : Marguerite Schwab, Marie Uthurriague, Dominique Elichiry

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21/07/2012

Béatrice MOLLE

Etincelle d’humanité. Ils sont trois en Pays Basque à avoir reçu le titre de “Juste.” Justes qui au péril de leurs vies ont recueilli et protégé des juifs pendant l’occupation nazie, dont des milliers d’enfants. Ces trois-là ont reçu le titre, “mais beaucoup d’habitants au Pays Basque ont aidé de nombreuses familles juives et pouvaient être nommés Justes, mais eux-mêmes ou leurs descendants n’ont tout simplement pas fait les démarches pour obtenir ce titre”, remarque Georges Dalmeyda, membre de la communauté juive de Bayonne. C’est en 1953 que la Knesset (Parlement israélien) vote une loi permettant la création du mémorial Yad Vashem à Jérusalem en hommage aux victimes de la Shoah et afin de décerner le titre de Justes des nations aux non-juifs qui “ont risqué leur vie pour venir en aide à des juifs” pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce dimanche est célébrée la “Journée nationale à la mémoire des victimes de crimes racistes et antisémites de l’Etat français et d’hommage aux Justes de France”, journée qui correspond à la date anniversaire des rafles des 16 et 17 juillet 1942. Deux jours où près de 13 000 personnes ont été arrêtées dans Paris et sa banlieue, puis regroupées au vélodrome d’Hiver (Vél’ d’Hiv) avant d’être déportées vers les camps d’extermination. Une cérémonie aura lieu ce dimanche à Bayonne à 11 heures au monument aux morts.

Trois Justes en Pays Basque

Marguerite Schwab : entre 1940 et 1944, Marguerite Schwab est assistante sociale au préventorium d’Arbonne. Celle qui durant la guerre de 1914-1918 sera infirmière pour la Croix-Rouge et faite prisonnière par les Allemands accueillera pendant l’Occupation plus de 200 enfants, dont de nombreux enfants juifs qu’il fallait cacher après l’arrestation et la déportation de leurs parents. Elle sera aidée dans sa tâche par Mme Rospide et Jean Lhérété.

Marie Uthurriague : c’est une religieuse qui porte le nom de sœur Saint-Jean. Dans les années 1940, elle est directrice de l’orphelinat de Jatxou. A quelques kilomètres de là, après avoir été dénoncée par le maire d’Urt en 1943, la famille Lévy est arrêtée et transférée au camp de Drancy. Marguerite Lévy et ses deux fils, René et Lucien, parviennent à sortir du camp. Henri, le père de famille, sera déporté. Marguerite et ses enfants prendront le train pour Bayonne. Marguerite demandera de l’aide à ses parents qui la lui refuseront, ne lui pardonnant pas d’avoir épousé un juif. Après maintes péripéties, Marguerite restera cachée à Bayonne et ses enfants seront transférés à l’orphelinat de Jatxou en novembre 1944. Sœur Saint-Jean les cachera parmi les autres enfants. René et Lucien, préalablement baptisés, fréquenteront l’école du village comme leurs autres petits camarades. René est même enfant de chœur et sert la messe le dimanche. En 1945, Henri, le père, rentre des camps et retrouve ses fils et sa femme. La famille est à nouveau unie grâce au courage de sœur Saint-Jean.

Dominique Elichiry : la ligne de démarcation séparant le Nord de l’Etat français, occupé, du Sud contrôlé par Vichy, traverse les terres de la ferme de Dominique Elichiry à Ostabat. Le fermier reçoit des Allemands une autorisation spéciale lui permettant de passer d’une zone à l’autre pour travailler dans ses champs. Il se servira de cette autorisation pour faire passer la famille Hayem et leurs trois enfants en zone libre. Les Hayem vivaient à Vincennes et avaient fait la connaissance de Marguerite Elichiry, la fille de Dominique, qui travaillait à alors Vincennes. En 1941, les Hayem veulent gagner la zone libre. Marguerite leur conseille de se rendre à Ostabat, chez ses parents qui les aideront. Février 1941, le domaine des Elichiry est bondé de soldats allemands qui effectuent des manœuvres. En dépit du danger, Dominique cachera la famille juive pendant deux jours puis les embarquera dissimulés sous des branchages sur une charrette tirée par un cheval, afin de les faire passer en zone libre. Les Hayem seront sains et saufs et échapperont aux camps de la mort. Etincelle d’humanité, de celles et ceux qui ont risqué leurs vies pour que d’autres la gardent.

 

“Je vais obéir à ma conscience”

Aristides de Sousa Mendes était consul du Portugal à Bordeaux. Il délivrera entre le 17 juin et le 25 juin 1940 plus de 30 000 visas à des réfugiés voulant gagner Lisbonne, dont 10 000 juifs. “A partir d’aujourd’hui, je vais obéir à ma conscience. Je déclare qu’à partir de cet instant, je donnerai gratuitement un visa à quiconque me le demandera contre les ordres iniques et injustes de mon gouvernement. Ce sont des êtres humains et leur position sociale, leur origine, leur religion ou leur couleur de peau, me sont totalement indifférentes. Ils ont besoin de moi, je peux leur sauver la vie.” Ainsi s’exprimait le consul du Portugal à Bordeaux qui durant neuf jours, à Bordeaux, à Bayonne, au 8, rue du Pilori, et à Hendaye, du 22 au 25 juin 1940, signera des visas à la chaîne sur les passeports et tout autre document que lui tendaient les réfugiés, aidé dans sa tâche par son épouse et ses enfants. Destitué de ses fonctions, il vivra pauvrement et mourra en 1954, mais en accord avec sa conscience. C’est en 1966 qu’il sera déclaré “Juste parmi les nations” et réhabilité par les autorités portugaises dans les années 1980. De nombreux livres et films retracent son parcours.

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