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Pays Basque

En Pays Basque Nord, la perception de l’euskara ne vit pas ses plus beaux jours

18/07/2012

Carole SUHAS

Pas de bonds prodigieux pour la langue basque. Malgré le fait que le président de l’OPLB, Frantxoa Maitia, se félicite de la jeunesse bascophone en Pays Basque Nord, les résultats sont là : son utilisation quotidienne stagne. C’est la 5e étude menée sur les territoires de la Communauté autonome basque (CAB), de la Navarre et du Pays Basque Nord, depuis 1991, par l’Office public de la langue basque (OPLB) et le gouvernement de la CAB. Une fréquence qui permet de dresser un panorama sur les 20 dernières années, recouvrant quatre terrains de recherche : la compétence linguistique des habitants, la transmission, l’utilisation du basque dans différents domaines ainsi que l’attitude envers la langue basque.

Et sur ce dernier point, le moins que l’on puisse dire, c’est que la langue basque ne fait pas l’unanimité. En 1996, en Pays Basque Nord, ils étaient 42,3 % à être favorables à la promotion de l’euskara, quand en 2011 ils ne sont plus que 38 %. A contrario, le pourcentage de personnes opposées à cette promotion a, lui, progressé, passant de 12,7 % à 21,3 % en 15 ans. Il n’y a qu’en Pays Basque Nord que ce chiffre progresse : la Navarre est, elle, passée de 51,8 % d’habitants contre à 34,5 en 2011.

Promotion ou législation ?

Des chiffres préoccupants qui font dire à Frantxoa Maitia qu’il “faut poursuivre le travail de promotion pour faire comprendre l’intérêt de la langue basque, de son apprentissage et de son usage”. Pour Ikas-Bi, association de parents d’élèves de l’enseignement public bilingue, qui a immédiatement réagi, ces chiffres-là sont “le véritable échec de la politique linguistique menée par les pouvoirs publics qui, non seulement n’arrivent pas à développer l’adhésion à la langue, mais au contraire suscitent l’effet inverse”.

Lurdes Auzmendi, vice-ministre de la Politique linguistique du gouvernement de la CAB, s’avance davantage et évoque, elle, la nécessité d’un cadre juridique. “Il faut bien sûr un soutien à la connaissance et à l’usage de la langue, mais il faut aussi développer des moyens plus adéquats pour avancer vers la normalisation de la langue.”

Cette étude met d’autres faits notables en lumière. En Pays Basque Nord, la proportion des non-bascophones a augmenté, tandis qu’elle baisse dans la CAB et en Navarre. Parallèlement à cela, on observe aussi une recrudescence de la connaissance et de la pratique de la langue chez les plus jeunes (- de 16 ans). “Une source d’espoir” pour Frantxoa Maitia, qui voit dans cette nouvelle génération d’euskaldun un gonflement des pourcentages pour la prochaine étude, dans cinq ans.

Enseignement vs pratique

Moins d’enthousiasme du côté d’Ikas-Bi. “Sans nul doute, il y a là l’effet du développement de la scolarisation en euskara depuis plus de 30 ans, qui présage même une augmentation des locuteurs à l’avenir, au regard de la population des bilingues de 16 à 24 ans représentant 17,6 % de bilingues actifs. Toutefois, le pourcentage de cette tranche d’âge, qui était de 16,1 % en 2006, représente une progression très modérée de 1,5 %. On constate ici un certain tassement de la progression chez les plus jeunes.” Une réalité qui met aussi en avant un fait : si l’enseignement de l’euskara semble porter ses fruits, il atteint ses limites avec l’âge. Et une fois le cycle scolaire terminé, il se heurte à une diminution de la pratique quotidienne et courante.

Hors cadres scolaires, cependant, l’étude met également en avant l’augmentation du pourcentage de nouveaux bascophones, notamment chez des personnes installées depuis peu en Pays Basque. Un constat qui contrebalance légèrement la mauvaise perception de la langue basque sur le territoire du Pays Basque Nord.

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